Le Grand Jeu.
L'homme-de-poésie s'appelle aussi S'en-fout-la-mort.
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L'homme-de-poésie rejoue sans relâche toutes les gestes du monde. Les mille et un classiques du cœur-esprit. Un corps repeuplé d'éclats, de pépites, d'irisations. Ce n'est pas une mince affaire, mas que de naissances euphoriques pour fuser là où on ne vous attend plus, tout près, là-bas, à l'orient de la perception. Rien en ligne droite, tout en spirale ou en zébrures. La plus extrême détente intérieure pour tout faire danser ensemble. Il guette sans désemparer un rebond, un écho, une résonance. Surtout, surtout ne pas passer à côté de sa propre vie - mais creuser en rythme l'art de l'instant, en vitesse vive, comme Charlie Parker ou Charly Gaul, en pédalée souple et transparente. Sans jamais perdre le fil du jeu.
Le Grand Jeu. L'homme-de-poésie s'appelle aussi S'en-fout-la-mort.
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Vie profonde, (sur des portraits de Nicolas Rozier), Le Désespoir n'existe pas, Zéno Bianu6/22/2025 Tout parle tout s'anime
Mille souffles bruissent C'est l'âme des énergies Je la reconnais bien Elle n'avance pas du bout des lèvres Je la reconnais Avec toutes ces lames bourdonnantes Et ces pitiés confuses Deuils du cœur Grandes gifles du doute Rosées inapaisables Et cette perpétuelle mise au tombeau Pour écouter au plus juste Le cœur du monde Tout ce qui cisèle la passion d'être Et tout à coup le visage apparaît Il apparaît vif et vivace A la fois lustral et brouillé de nuit Dans une volupté désolée Il dit Une façon de se donner sans réserve Une manière de rompre les digues De reprendre haleine Au milieu des battues d'éclairs Il dit Une exigence hantée des corbeaux Il dit Descendre encore et toujours Vers où ça vit encore plus Descendre vers des hauteurs insoupçonnées Alors l'air ondule Il ondule en vie profonde Et l'on mesure tout à coup Son cœur somnambule au soleil "Je commencerai par être", Rituel d'amplification du monde, Le Désespoir n'existe pas, Zéno Bianu6/22/2025 Je commencerai par être un verbe sans limites un langage où rien ne serait dit mais tout pressenti dans le monde visible et nulle part ailleurs un grain de sable qui dialogue avec les dieux une élévation dans l'affection et le bruit neufs un miracle inouï sous le soleil de la conscience je commencerai par être en devenant ce que je suis. Tout est là. Tout commence avec la Nuit étoilée. Ce que tu cherches au plus obscur, ce que tu cherches sans chercher. Ce qui te traverse. Un abandon au monde. Tout est là. La nébuleuse spirale, les onze étoiles centrifuges et le croissant de soleil-lune, vestige d'éclipse, bouche de blessure-joie. tout est là. Avec cette formidable force de réenchantement. Ecoute. C'est la vie même, qui veut la nuit comme le jour. C'est la vie comme une naissance continue. Combien de naissances dans une vie ? Van Gogh n'arrête pas de poser des questions, des questions pour répondre à d'autres questions. Voilà, dit Van Gogh, si tu veux connaître le goût de la peinture, il faut que tu la boives. Que tu consentes à cette onde qui te lave les yeux. Que tu t'enfouisses, en apnée, dans la connexion des atomes. C'est Dieu plus l'énigme. Voilà, ta vie est une question, et tous les matins, le sphinx te la pose. La même question. C'est quoi, dis-moi, la question de la vie ? Et Van Gogh répond, c'est pas si mal, je suis vivant, je descends à pic dans l'infini. Une question tous les matins, une réponse par jour. Un jour, une vie. Trouver ce qui sauve une journée, et ce qui, à la longue, sauve une vie. Mais si tu t'attardes à une seule réponse, tu meurs. Van Gogh n'a pas de réponse, mais il aime. Un point, c'est tout. C'est-à-dire qu'il signe sa folie, qu'il la signe vraiment. Il sait lire le hasard. Et les plus profonds des êtres humains sont toujours des lecteurs de hasard. Van Gogh entre dans la nuit, Van Gogh entre dans le ciel. Dans le ciel comme pensée de Dieu. Je parle d'une entrée dans le cœur du monde. De quelque chose qui engage l'être tout entier.
La mer quand elle a fait son lit sous la lune et les étoiles
et qu’elle veut sombrer tout à fait dans le sommeil ou dans l’extase la mer quand les poissons ont trouvé une autre route pour tirer la soie du cocon et gagner leur temps de paresse la mer quand plus rien ne la retient d’en faire à sa tête le contrat des Compagnies maritimes ni le traité des Eaux territoriales ni le cours du baril ni celui du dollar la mer enfin quand elle peut se ranger pour de bon et voyager incognito ne descend pas à l’hôtel comme on pourrait s’attendre de la part d’une personne de son importance, non car elle n’a rien à voir avec les chambres de hasard et peu lui importe que des princes y soient descendus la mer comme tout ce qui cherche mesure à sa soif ne descend pas, elle monte elle monte dans les trains à petite vitesse les derniers survivants de l’ère vagabonde à pratiquer le précepte bouddhique du voyage et qui vont de gare en gare abandonnées dans la bruyère pour le plaisir de quelques vaches elle monte dans les collines pour voir les toits d’ardoise et les tuiles et la lumière sur eux qui pêche à la ligne et le mouvement de la terre alertée elle monte aussi dans les chambres pour saluer les femmes qui savent aimer et dont le corps garde longtemps la chaleur des étreintes et là, s’arrête enfin et ses vagues l’une après l’autre se couchent dans leurs yeux alors les femmes se lèvent car il est l’heure du café dans la cuisine l’heure à nouveau d’affronter la houle des enfants et ces pensées en grand tumulte. qui vont viennent se brisent en éclats de verre et toujours ressuscitent comme cet oiseau inlassable au fond du noyer qui répète la même question — deux ou trois mots seulement — et le cœur est au large... — Mère, que disais-tu déjà ? (J’ai vu bouger tes lèvres) et ces yeux, qui te les a changés? Attends encore que je vienne
Fendre le froid qui nous retient. Nuage, en ta vie aussi menacée que la mienne. (Il y avait un précipice dans notre maison. C'est pourquoi nous sommes partis et nous sommes établis ici.) I
Couchés en terre de douleur, Mordus des grillons, des enfants, Tombés de soleils vieillissants, Doux fruits de la Brémonde. Dans un bel arbre sans essaim, Vous languissez de communion, Vous éclatez de division, Jeunesse, voyante nuée. Ton naufrage n'a rien laissé Qu'un gouvernail pour notre cour, Un rocher creux pour notre peur, O Buoux, barque maltraitée! Tels des mélèzes grandissants, Au-dessus des conjurations, Vous êtes le calque du vent, Mes jours, muraille d'incendie. * C'était près. En pays heureux. Élevant sa plainte au délice, Je frottai le trait de ses hanches Contre les ergots de tes branches, Romarin, lande butinée. * De mon logis, pierre après pierre, J'endure la démolition. Seul sut l'exacte dimension Le dévot, d'un soir, de la mort. L'hiver se plaisait en Provence Sous le regard gris des Vaudois; Le bûcher a fondu la neige, L'eau glissa bouillante au torrent. Avec un astre de misère, Le sang à sécher est trop lent. Massif de mes deuils, tu gouvernes : Je n'ai jamais rêvé de toi. II Traversée Sur la route qui plonge au loin Ne s'élève plus un cheval. La ravinée dépite un couple; Puis l'herbe, d'une basse branche, Se donne un toit, et le lui tend. Sous la fleur rose des bruyères Ne sanglote pas le chagrin. Buses, milans, martres, ratiers, Et les funèbres farandoles, Se tiennent aux endroits sauvages. Le seigle trace la frontière Entre la fougère et l'appel. Lâcher un passé négligeable. Que faut-il, La barre du printemps au front, Pour que le nuage s'endorme Sans rouler au bord de nos yeux? Que manque-t-il, Bonheur d'être et galop éteint, Hache enfoncée entre les deux? Bats-toi, souffrant! Va-t'en, captif! La transpiration des bouchers Hypnotise encore Mérindol.
Emportez-moi dans une caravelle
Dans une vieille et douce caravelle, Dans l'étrave, ou si l'on veut, dans l'écume, Et perdez-moi au loin, au loin. Dans l'attelage d'un autre âge. Dans le velours trompeur de la neige. Dans l'haleine de quelques chiens réunis. Dans la troupe exténuée de feuilles mortes. Emportez-moi sans me briser, dans les baisers, Dans les poitrines qui se soulèvent et respirent, Sur les tapis des paumes et leur sourire, Dans les corridors des os longs, et des articulations. Emportez-moi, ou plutôt enfouissez-moi. Je suis l'un des rouages les plus délicats de l'amour terrestre
Et l'amour terrestre cache les autres amours A la façon des signes qui me cachent l'esprit Un coup de couteau perdu siffle à l'oreille du promeneur J'ai défait le ciel comme un lit merveilleux
J'ai vu de mes propres yeux
Le vent s'égarer Dans le rire des épis J'ai entendu de mes propres oreilles La terre chanter jaune Dans la sueur du midi J'ai caressé de mes propres mains Les doigts tendrement levés En bras de chemise J'ai senti dans mon propre sang Tanguer jusqu'aux yeux Le tapis roulant du blé mur Les arbres se reflètent dans mes yeux. Une fine buée de larmes les recouvre. La vapeur grise de mon souffle monte lentement vers mes cheveux.C'est le calme immobile du lac, le soir. Le cauchemar quotidien s'est couché à mes pieds, en chien de fusil. Je n'attends de nouvelles de personne. Sans hier, sans lendemain, je me laisse envahir par mon corps somnolent. Et subitement, des coups, frappés dans mon crâne, rompent mon apesanteur. MÉMOIRE ! Je me recroqueville autour de mon squelette, mon suprême abri.
Quand vous dites
Qu’il faut marcher avec ceux qui construisent le printemps Pour les aider à ne pas être seuls Et pour ne pas être seul soi-même Dans sa tour de pierre Dévoré de lierre Je vous donne raison Et quand vous dites Qu’on n’a de raison d’être Que pour les autres êtres Vous avez raison vous avez raison Et quand vous dites Qu’il faut chanter le monde pour le transformer Et pour l’expliquer et pour le sauver Et pour vivre non seulement dans sa bulle de savon Mais dans la haine de l’injustice Et pour un but incarné comme un champ de blé Vous avez raison vous avez raison Mais je sais Qu’une étreinte fraternelle sans patrie ni parti Est plus forte que toutes les doctrines des docteurs Mais je sais Que pour libérer l’homme des haltères de misère Il ne suffit pas de briser les idoles Pour en mettre d’autres à leur place publique Mais qu’il faut piocher et piocher sans fin jusqu’au fond de l’abcès Et boire ce calice jusqu’à la lie On ne libère pas l’homme de son rein flottant Par une gaine élastique aux arêtes barbelées On ne libère pas l’homme de son corset de fer En le plongeant dans un vivier de baleines On ne libère pas l’homme de ses maudits États En le condamnant à vie par un modèle d’État La vérité n’est pas un marteau que l’on serre dans sa main Fût-ce une main de géant plein de bonne volonté Mais la vérité c’est ce par quoi nous sommes façonnés Mais vérité c’est par quoi nous sommes éclairés Quand par les nuits sans suite les mots jaillissent de nos lèvres Pour apaiser les hommes suspendus à leur vide Tenga sonoridad de bronce mi canto;
grito de piedra virgen al golpe del cincel, y recorra mis venas un frío de espanto con un vértigo de cuádrigas en tropel. Para decir su nombre no hay verbo ni armonía, pues ni el Apocalipsis traducirá su gloria; más allá de la exaltación de la poesía está el clarín de su victoria. Tormenta que cruzó sobre el abismo y que rompió el granito del valladar potente con el ígneo zig-zag del heroísmo en el prodigio del Continente. Numen en combustión, fecunda hoguera de cinco soles que enmarcó un destino y que siglo tras siglo reverbera en el más alto cumbredal andino. Yo, arrebatado, en espiral subía para quemar mis ansias en su lumbre, y vi rotas mis alas, y vi que no podía ni vislumbrar siquiera la poderosa cumbre. Y desciendo a los vórtices humanos en mi desolación y mi tristeza exprimiendo el asombro entre las manos ante su majestad y su grandeza. ¿Mi tierra?
Mi tierra eres tú. ¿Mi gente? Mi gente eres tú. El destierro y la muerte para mi están adonde no estés tú. ¿Y mi vida? Dime, mi vida, ¿qué es, si no eres tú? Hommes de l'avenir. Tout ce que je dis dans ce livre sera-t-il un jour
Comme ces légendes que l'on écoute sans y croire ? C'était pourtant l'époque où j'ai vécu, La gloire était pour quelques-uns seulement : et ils parlaient de surproduction et de chômage et de statistiques, Qu'ils faisaient fabriquer à leur gré en se moquant des chiffres Comme des hommes. Et ces sentences de mort et de faim Ces diagrammes, ces graphiques, ces index numbers Ils les faisaient établir par des pauvres qui signaient ainsi leur propre arrêt de misère. Comment auraient-ils pu, ceux de mon temps, penser à vous hommes de l'avenir ? Dénués de tout : agenouillés devant des gardiens implacables Comment auraient-ils pu penser encore ? Et pourtant s'ils avaient regardé dans les champs Ils auraient vu qu'il n'y a jamais trop de fleurs, si belles dans leur simplicité. Et les abeilles ? S'il il y a trop de miel en sont-elles malheureuses ? Et les rossignols : s'ils chantent trop en résulte-t-il du chômage ? Vous ne saurez rien de tout cela, hommes de l'avenir Vous pourrez voir, entendre, penser en toute liberté. C'est ainsi que le soir je m'éloignais des habitants de la ville, Qu'auraient-ils pu me faire, leur orgueil, leurs disputes ? "Cet honneur, cette place sont à moi " -disaient-ils - je sais. Mais les champs Un espoir, comme une herbe fraîche, après la pluie, reprenait vie. La forêt n'était pas loin. On pouvait l'apercevoir Comme une mer bienheureuse, aux arbres pareils à des navires. Entourés de l'écume des nuages. Ils se tenaient là immobiles, ces arbres, et cependant Ils voyageaient à travers les saisons et les orages innombrables. Une vie âpre étaient en eux ; délivrés des sens Qui ne sont qu'une conséquence de la marche : vue, odorat, ouïe, Non les arbres avaient mieux que cela : ils étaient mêlés à l'argile Et au ciel : comme un sens plus vaste comprenant tous les sens. C'est là près de ces arbres que je voyais venir Vers moi une autre forêt : celle des foules heureuses de l'avenir, Quand ce temps sombre aura disparu. Et tous les hommes Et leurs pensées, leurs joies, seront comme des vases communicants. Je suis là, mais ma pensée est ailleurs. J’attends
Devant cette porte cadenassée, mais c’est un autre qui se tient là à ma place. Loin, très loin, les chalands amarrés, les navires prêts à partir, Et cette armoire quelque part où le linge a une odeur de coings et d’automne. Il fait bon, oui, il fait bon rester ainsi aux fenêtres Et voir le jour qui monte comme une plante neuve de la terre. Il y a les oiseaux qui essaient le vol comme une forme plus pure. Et cette course joyeuse de l’homme qui s’avance vers son destin. Ô !, Ne me demandez pas : A quoi bon tout cela ? Il y a encore des terrains vastes, il y a encore des maisons à bâtir, Et des hommes qui n’ont jamais mangé à leur faim Et la vie et le soleil qu’on soupçonne parmi eux. Ce sont des paroles simples à la portée de tout le monde, Pas même la peine de les chercher dans un dictionnaire : Le droit au repos ; le droit au travail. Se promener Dans un beau parc lumineux. Ouvrir une terrasse au grand air, un poème. Faut-il briser le cœur de l’homme comme la surface D’une rivière glacée pour trouver une onde claire ? Je dis cela ou autre chose. J’attends Devant cette porte, mais c’est un autre qui attend à ma place. Mes mains, êtes-vous là? Et vous, mes genoux? Et vous mes yeux? Quel est ce pays que vous voyez? Et ces visages que les mots isolent comme des grilles ? "Non, Monsieur, les visites ne sont admises que le dimanche de deux à quatre heures." -"Ma femme a été opérée ce matin. Je veux la voir." Serrer les dents amie, épouse chère ! Non je n'ai pas le droit De dire cette douleur à moi, à nous tous deux. Il y a d'autres douleurs plus grandes ; ces prisons où meurent Des hommes jeunes. Mais je sens les doigts du chirurgien qui fouillent tes intestins. Dimanche ! que veut dire cela: Dimanche ! Et quel jour Sommes-nous au juste ? Et ces routes qui passent par ma tête Comme des herbes emmêlées sous le vent, où mènent-elles ? Et la pensée? Qu'en faites-vous? Elle est là à la porte de l'hôpital. Elle se moque de vos dimanches. Je te vois, merveilleuse, résignée entre ces lits semblables. Et les malades aussi : les plus purs, les plus pauvres. "Courage", me disais-tu. Et la rue était là à la sortie Comme une meule pour broyer dans la foule mon image. Est_il un monde meilleur quelque part ? Et un peuple jeune Qui s'avance en chantant, sans armes, avec des instruments de travail, vers un autre peuple ? "Non, pas de guerre, disent-ils. Nous sommes venus Pour construire ensemble des ponts et des ateliers clairs et des maisons de repos." A tout cela je pense aussi. Et je suis partout en même temps Comme une nouvelle heureuse. Et toute chose m'est chère Car ce n'est pas moi qui marche et qui pense dans ces rues, C'est toi aussi. Et puis des milliers et des miliers d'hommes comme nous. Nul parmi nous ne sait comment s'est accompli ce miracle,
Il y a un instant, nous étions des mendiants, des esclaves, Et nous voici soudain libres. Il y a un instant Nous nous traînions avec peine parmi des roues et des chaînes Et maintenant nous sommes des princes au visage rayonnant Ô ! Mon âme, tu te dresses fière devant moi, Et chacun voit son âme sous les traits d'un être noble, Qui s'approche et lui dit : "Voilà qui tu seras désormais" Et nous nous regardons avec un étonnement joyeux Car maintenant nous sommes des princes au visage rayonnant. Avez-vous vu comment crie et pleure l'enfant Lorsqu'il vient au monde? Nous, nous ne pleurons pas, Nous rions, nous sommes émerveillés en entrant dans ce monde Où la lumière nous couvre de somptueux habits Car maintenant nous sommes des princes au visage rayonnant. Une contrée heureuse s'étend de tous les côtés Nous sommes grands, affables, et les arbres comme des chevaux Se fient à nous et secouent leurs crinières de feuillages, Et les rivières luttent en jouant comme de jeunes athlètes Car maintenant nous sommes des princes au visage rayonnant. Ô ! Le sourd se réfugie dans la vision. Et l'aveugle Écoute intensément ce qu'il ne peut voir. Mais nous Nous étions plus sourds, plus aveugles encore. Car nous, Nous n'avions rien pressenti de ce monde Où maintenant nous sommes des princes au visage rayonnant. On a tort de mépriser les autres : on apprend un jour Qu'ils sont des princes. On a tort de se mépriser soi-même Un jour on apprend que l'on est prince et que tout Terre, feu, air et eau concourent à faire nos joies Car nous sommes des princes au visage rayonnant. "Quand vous aurez fini de me coiffer, j'aurai fini de vous haïr."
L'enfant veut qu'on le peigne sur le pas de la porte. "Ne tirez pas ainsi sur mes cheveux. C'est déjà assez qu'il faille qu'on me touche. Quand vous m'aurez coiffé, je vous aurai haïe." Cependant la sagesse du jour prend forme d'un bel arbre et l'arbre balancé qui perd une pincée d'oiseaux aux lagunes du ciel écaille un vert si beau qu'il n'y a de plus vert que la punaise d'eau. "Ne tirez pas si loin sur mes cheveux..." Dans ma poitrine il y a trois hommes-
un qui ne voudrait pas mourir maintenant mais plus tard plus loin plus avant un autre aventurier un fou qui voudrait qui voudrait bien qui voudrait tout de suite qui le désire en liberté si je l'écoute il n'attend que ça depuis toujours et il trouve que ça traîne que ça tarde il me conjure d'accélérer d'abréger d'asphyxier une bonne fois qu'on passe à autre chose enfin la fin s'exclamera-t-il en spécialiste meurtri de n'avoir pu vérifier ses talents plus tôt son heure viendra que veut-il d'autre à quelle vitesse croit-il se vouer le plus souvent je lui coupe la parole- dans ma poitrine un troisième veille à ne rien croire je ne sais au juste à quoi il sert son silence est inaltérable Je ne parlerai pas de ça. Je n'en lâcherai pas un mot, pas une bribe, pas une simple voyelle. Aucune ligne à ce sujet. Rien. Il me paraît nullement hors de portée de m'exclure de cette information capitale aux allures de trompe-l’œil et d'encyclopédie. Vous en êtes privée par la même occasion. J'en suis désolé. Je ne cherche pas d'excuses. Qu'elle m'absorbe ou non, votre indulgence est l'énergie du sans-pareil, un sentiment illimité à la mesure de nos mutismes. Depuis mille ans qu'on se croise, on sait tout de même à quoi s'en tenir, non ? C'est pour ça que les gens se perdent, c'est pour ça qu'ils se trouvent. Je sais que vous admettrez que je me taise, qu'aucune rigueur ne s'élèvera de vous vers moi. Nous aimons le silence. Une histoire de plus ou de moins ne fera jamais la loi. Je vous le redis: nulle précision ne viendra sous ma plume ni des poignards étincelants de l'horizon. Sous la contrainte même, qui m'en empêcherait de toute façon, je ne dévoilerai pas ce qui m'occupe ici, qui déjà me torture presque en dépit de la beauté, de la flagrante beauté. Il s'en faudrait de peu que l'univers ne prenne la parole pour tout dire à ma place. Du linge multicolore se balance aux persiennes. Pas un souvenir qui ne soit un indice. Mais en voilà trop halte-là stop la langue. Vous n'aurez pas l'albâtre et l'africaine.
Quand vous serez bien vieille, au soir, à la chandelle,
Assise aupres du feu, devidant et filant, Direz, chantant mes vers, en vous esmerveillant : Ronsard me celebroit du temps que j'estois belle. Lors, vous n'aurez servante oyant telle nouvelle, Desja sous le labeur à demy sommeillant, Qui au bruit de mon nom ne s'aille resveillant, Benissant vostre nom de louange immortelle. Je seray sous la terre et fantaume sans os : Par les ombres myrteux je prendray mon repos : Vous serez au fouyer une vieille accroupie, Regrettant mon amour et vostre fier desdain. Vivez, si m'en croyez, n'attendez à demain : Cueillez dés aujourd'huy les roses de la vie. |
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