- Pardon ? m'a demandé Gulliver avec un froncement de sourcils.
- Les bons sentiments avant le raisonnement.
- Oui, et il faut ajouter qu'ainsi il se dédouane. En donnant de l'argent quand il y a un tsunami et en soutenant les mômes sans papiers, il se dispense de prendre part plus souvent aux combats nécessaires et à long terme, et même d'y penser la plupart du temps.
- Oui, je suis d'accord. Ca me rappelle une citation redoutable de Philippe Muray (j'ai sorti mon Clarafontaine) : toute calamité collective est totalitaire, recrutante, racoleuse et embrigadante. Les belles âmes adorent se faire mobiliser, enrégimenter, lever comme des troupes, comme des troupeaux, faire don de leurs précieuses, de leurs charitables, de leurs vertueuses et humanitaires personnes aux causes les plus poignantes. Ainsi existent-elles. Peut-être même n'existent-elles qu'ainsi, nourries au cordon ombilical de la misère des autres, par ces souffrances collectives où elles abolissent du même coup leur individualité. Il appelle cela le militantisme compassionnel.

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