- Island
- Waouh. Ca sonne presque comme Aiseland.
- Ouais. Tout à fait.
- Mais c'est pas vrai. Vous autres Aiselandais n'avez jamais l'air à l'aise.
- Tu peux le dire, réplique Gunnhildur. On est très impatients. Par exemple, on ne sait pas attendre dans une file. On attend toujours en triangle.
- Pourquoi ?
- Je crois que c'est parce qu'on est si peu nombreux. On ne sait pas attendre parce que ce n'est pas nécessaire.
- Mais je ne comprends pas pourquoi vous êtes si impatients. Je ne me suis jamais trouvé dans un pays aussi relax et calme.
-C'est aussi parce qu'on est si peu nombreux. Chacun agit comme s'il était trois personnes différentes. On fait notre possible pour que Reykjavik ressemble à New-York.
- Eh ben...Il y a encore du boulot.
- Je fais ce que je peux. Le matin je suis serveuse, l'après-midi je suis au bureau, et le soir je prends des cours de massage.
- Toi ? Des cours de massage ?
- Oui. J'ai commencé la semaine dernière.
Je suis à deux doigts de lui demander sa main. On parle de massage pendant un moment. Elle m'explique la différence entre techniques suédoise et shiatsu, et je lui explique la différence entre un massage normal et un massage intégral. Puis nous restons silencieux quelque temps, jusqu'à ce que je reprenne la parole :
-Ouais, je pense pas que j'aimerais être tueur à gages en Islande.
- Pourquoi pas ?
- Parce que vous êtes si peu nombreux. Je ne crois pas que j'aurais le cœur à tirer.
Elle rit de son rire rauque de fumeuse qui évolue en une petite quinte de toux, le genre qui réclame une cigarette.
- Mais comment se fait-il que vous soyez si peu nombreux ? Vous n'avez jamais eu de guerres pourtant.
- Non, mais certains disent que le climat est notre guerre. La glace peut être aussi mortelle que le feu.
La petitesse de la nation islandaise s'explique par son passé, me dit-elle tandis qu'elle inonde la pièce de fumée de Gun. Des éruptions volcaniques, des pestes et des hivers glaciaux ont presque réussi à débarrasser le pays de sa population. Les Aiselandais n'ont commencé à se multiplier qu'à l'apparition de l'électricité et du chauffage central. Les cinquante dernières années, leur nombre d'habitants a augmenté de cent cinquante mille. C'est autant de gens qui se sont fait tuer durant notre guerre. On aurait pu régler le problème en les envoyant tous en Islande, une terre qui pourrait facilement porter une population de dix ou vingt millions. Mais on ne les aurait jamais tous autorisés sur l'île, rétorque Gunnhildur. Le tueur à gages s'incline face à ses congénères, qui préfèrent voir des gens mourir plutôt que de les autoriser à camper dans leur jardin.
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