à son épouse Scheiné-Scheindl à Kassrilevké
A ma chère, vertueuse et sage épouse Scheiné-Scheindl, puisse-t-elle vivre longtemps!
Primo, je t'informe que je suis, grâce à Dieu, en bonne santé, et plaise à Dieu que nous recevions l'un de l'autre toujours de bonnes, joyeuses et réconfortantes nouvelles, amen.
Secundo, sache qu'avec l'aide de Dieu tout ira bien. On m'a déjà publié dans un journal, à l'instar de tous les autres écrivains, et je me sens maintenant un tout autre homme. Dès l'instant où j'ai vu mon nom imprimé dans le journal : Menahem-Mendl..., j'ai été ému jusqu'aux larmes, et sais-tu pourquoi ? Parce que j'ai vu qu'il existe de braves et bonnes gens dans le monde. Je parle évidemment de la rédaction. En y réfléchissant, je sais bien que je ne suis pas son unique écrivain. Il y en a assez sans moi. Néanmoins, elle a fait l'effort de s'attaquer à la lecture de mon récit de A à Z à ce qu'il paraît, et m'a répondu dans le journal même, sous la rubrique "Correspondance", en disant premièrement que mon récit lui a plu, mais qu'il est un peu trop long. Et deuxièmement, qu'elle me demande de ne pas inventer des histoires dans ma tête, mais seulement d'exposer ( c'est ce mot-là qu'elle a employé) la vie dans la ville de Yéhoupets et que je décrive tous les types. Elle veut sans doute savoir ce qui se passe chez nous à Yéhoupets car, sinon, que signifierait le mot "types" ? N'est-ce pas délicat de sa part ? On ne peut avoir l'impolitesse de remettre cela au lendemain. Aussi, j'ai tout de suite quitté la lévite, et me suis assis pour écrire. Voilà maintenant le troisième jour que j'écris, que j'écris sans pouvoir m'arrêter. Et étant donné que je suis très occupé par mon travail, et que je n'ai pas le temps, je te décris tout cela brièvement. Si Dieu veut, je te raconterai tout plus longuement dans une autre lettre. En attendant, que Dieu ous donne santé et réussite. Salue les enfants, beau-papa et belle-maman et tout le monde amicalement.
De moi, ton époux Menahem-Medl
PS: Je te demande de m'écrire si tu as reçu quelque argent de la rédaction, car je lui ai demandé de tenvoyer, en attendant, un acompte de quelques roubles. Peu importe, un rouble de plus ou du moins, nous ferons les comptes avec elle.
Le même
Scheiné-Scheindl de Kassrilevké
à son époux Menahem-Mendl à Yéhoupets
A mon cher époux, le riche, renommé et sage Menahem-Mendl, que sa lumière brille !
Primo, je t'informe que nous sommes tous, grâce de Dieu, en bonne santé; plaise à Dieu que nous recevions de semblables nouvelles de toi, et puissent-elles être toujours aussi bonnes !
Secundo, je t'écris pour te dire que j'en suis au point de cracher le sang à cause de tes charmantes petites lettres. Quelle est donc cette beauté pour qui tu as quitté la lévite et à qui tu fais tant de mamours ? Puisse-t-elle se consumer dans les flammes, elle et son argent. Qu'elle aille au diable! Comme dit maman: "Je ne veux ni de ton miel, ni de ton dard." Non, je n'ai nul besoin de l'argent de ta chère rédaction. Puisse-t-elle le dépenser en médicaments! Je suis lasse des gentilles lettres que tu m'écris. Et s'il est dit que mon mari doive être écrivain, je ne comprends toujours pas pourquoi il doit rester à Yéhoupets. N'y-a-t-il pas d'encre à Kassrilevké ? Il doit bien y avoir anguille sous roche, une fredaine quelconque. Comme dit maman : "Mords dans la pomme, tu y trouveras le ver."En conséquence, mon cher époux, ramasse tes écrits, et rentre à la maison sans aucune nouvelle excuse, car je ne peux plus supporter de voir les enfants malheureux. Ils demandent sans cesse: "Quand papa reviendra-t-il ? J'essaie de gagner du temps, de Pâque à Souccoth et de Souccoth à Pâque. Sans parler de Moché-Herchélé qui est si intelligent, sûrement plus que son père, comme te le souhaite avec beaucoup de bonheur aujourd'hui et toujours ta très fidèle épouse,
Scheiné-Scheindl
Que dis-tu de ma Braïndl ? La voilà qui divorce de son second époux, et personne ne sait pourquoi. Mais en secret, il m'a montré son bras couvert de bleus. Il lui fait cadeau de la dot et des bijoux pour se débarrasser au plus tôt de cette mégère. Comme dit maman:"Il vaut mieux avoir une once de chance qu'une livre d'or". C'est le sort de toute notre famille de ne pas avoir de chance avec les hommes.
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