Un monde dont nous ne soupçonnons pas l'existence, aveuglés que nous sommes par notre algorithme intérieur, cette force paresseuse qui nous pousse devant un buffet de mille et une victuailles à sans cesse nous diriger vers les mêmes plats.
Un monde où surgissent sans crier gare des désirs neufs par d'heureux accidents et de charmants quiproquos.
Un monde où la lecture, loin d'être passive, constitue un acte de création à part entière.
Un monde où il n'y a pas de hasard, que des coïncidences.
Un monde où se perdre est la meilleure façon de se trouver.
Un monde où lire permet de réinventer sa vie grâce à une pratique magique tellement plus efficace et ludique que les « big data prédictifs » : la bibliomancie.
Un monde non-euclidien où les désirs qui ne devaient jamais se rencontrer se fécondent.
Un monde auquel on peut accéder par hasard en poussant la porte d'une librairie.
Un monde qui n'est pas un continent perdu, ni même lointain puisqu'il est en chacun de nous.
Un monde où même un certain Donald Rumsfeld peut accéder au statut de « grand sage, de prophète, de messager », comme l'affirme Forsyth, et dispenser un cours magistral d'épistémologie sur nos façons d'accéder à la connaissance.
Bien mystérieux tout cela, vous direz-vous ? Eh bien c'est parfaitement normal puisque ce monde en réalité vous est non seulement inconnu mais doublement inconnu : c'est une terra incognita incognita.
Bienvenue en terre inconnue inconnue.
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