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<channel><title><![CDATA[MONCARNETDELECTURE.COM - Essais et r&eacute;flexions]]></title><link><![CDATA[https://www.moncarnetdelecture.com/essais-et-reacuteflexions]]></link><description><![CDATA[Essais et r&eacute;flexions]]></description><pubDate>Fri, 30 Jan 2026 09:24:12 -0800</pubDate><generator>Weebly</generator><item><title><![CDATA[La Bêtise s'améliore, Belinda Cannone]]></title><link><![CDATA[https://www.moncarnetdelecture.com/essais-et-reacuteflexions/la-betise-sameliore-belinda-cannone]]></link><comments><![CDATA[https://www.moncarnetdelecture.com/essais-et-reacuteflexions/la-betise-sameliore-belinda-cannone#comments]]></comments><pubDate>Fri, 30 Jan 2026 14:07:29 GMT</pubDate><category><![CDATA[Belinda Cannone]]></category><category><![CDATA[Cannone]]></category><category><![CDATA[La B&ecirc;tise s'am&eacute;liore]]></category><guid isPermaLink="false">https://www.moncarnetdelecture.com/essais-et-reacuteflexions/la-betise-sameliore-belinda-cannone</guid><description><![CDATA[       Selon de grands critiques d'art, m'a r&eacute;pondu le gar&ccedil;on &eacute;veill&eacute; qui accompagnait cette fille intelligente, le meilleur crit&egrave;re de jugement, c'est l'intensit&eacute; visuelle. Dans l'&eacute;normit&eacute; de ce que propose MacCarty, dans l'horreur et la d&eacute;gradation colossale de ses &oelig;uvres, il y a cette intensit&eacute;, qui n'est d'ailleurs que le reflet de l'horreur actuelle. Quand un enfant saute sur une mine antipersonnel, il y a dans le m [...] ]]></description><content:encoded><![CDATA[<div><div class="wsite-image wsite-image-border-none " style="padding-top:10px;padding-bottom:10px;margin-left:0px;margin-right:0px;text-align:center"> <a href='https://www.moncarnetdelecture.com/uploads/3/0/7/8/30784827/0e408b50e15bde9e40710229b8f2e0f7_orig.jpg' rel='lightbox' onclick='if (!lightboxLoaded) return false'> <img src="https://www.moncarnetdelecture.com/uploads/3/0/7/8/30784827/0e408b50e15bde9e40710229b8f2e0f7_orig.jpg" alt="Image" style="width:auto;max-width:100%" /> </a> <div style="display:block;font-size:90%"></div> </div></div>  <div class="paragraph">Selon de grands critiques d'art, m'a r&eacute;pondu le gar&ccedil;on &eacute;veill&eacute; qui accompagnait cette fille intelligente, le meilleur crit&egrave;re de jugement, c'est l'intensit&eacute; visuelle. Dans l'&eacute;normit&eacute; de ce que propose MacCarty, dans l'horreur et la d&eacute;gradation colossale de ses &oelig;uvres, il y a cette intensit&eacute;, qui n'est d'ailleurs que le reflet de l'horreur actuelle. Quand un enfant saute sur une mine antipersonnel, il y a dans le moignon qui lui reste quelque chose de l'horreur d&eacute;nonc&eacute;e par MacCarty. Comme dans le b&oelig;uf &eacute;corch&eacute; de Rembrandt, l'horreur prend la place de la beaut&eacute; et j'aime le bouleversement &eacute;motionnel que cela induit en moi. Je suis alors d&eacute;rang&eacute;. Or je crois pr&eacute;cis&eacute;ment que c'est l&agrave; la vocation de l'art : l'art doit d&eacute;ranger, mettre en contradiction avec soi-m&ecirc;me, d&eacute;plaire. Mac Carty est un immense artiste car il d&eacute;pla&icirc;t de fa&ccedil;on violente, il agresse le regard.<br />- Amen.<br />- Pardon ?<br />- Moi, je veux bien &ecirc;tre surpris, ai-je dit, voir quelque chose d'inattendu, qui d&eacute;passe ma r&eacute;flexion, mes attentes, ma posture, ma sensibilit&eacute; et qui, en ce sens, vient proposer du nouveau, je dirais m&ecirc;me de l'inesp&eacute;r&eacute;. En revanche, quand je suis d&eacute;rang&eacute; par la photo d'un homme en train de se mutiler, ce n'est pas parce qu'elle est inattendue mais parce qu'elle heurte ma vision du monde et ma conception de l'humain, du corps, de l'int&eacute;grit&eacute;. Cette photo ne d&eacute;place pas ma conception : elle la contrarie radicalement et n'a donc aucune chance de la modifier. Elle correspond &agrave; une vision de l'homme qui me d&eacute;range en effet, mais comme me d&eacute;rangent le nazisme, l'antis&eacute;mitisme etc. Il y a des tas de choses qui me d&eacute;rangent et qui ne sont pas de l'art pour autant. Le d&eacute;rangement n'est pas un crit&egrave;re. J'attends de l'art qu'il m'ouvre des possibilit&eacute;s de vision du monde nouvelles, mais quand je suis d&eacute;rang&eacute; parce que cela me d&eacute;go&ucirc;te ou va contre ma conception de l'&ecirc;tre humain, je ne vois pas le vertu de ce d&eacute;rangement.<br />- Est-ce qu'on peut avancer que l'&oelig;uvre de MacCarty<span>&nbsp;s'inscrit dans la continuit&eacute; de la n&eacute;cessaire op&eacute;ration de la catharsis, exhibant la violence pour mieux nous en d&eacute;barrasser ? L'art ici nous permet d'&eacute;jecter de nous-m&ecirc;mes cette pulsion violente en proposant des objets qui d&eacute;passent toute limite. "<br />La fille avait du biscuit. Mais Gulliver aussi.<br />&#8203;- Dans les temps plus anciens, on allait place de Gr&egrave;ve pour assister aux ex&eacute;cutions. D'une part, je ne suis pas certain que cette fascination pour l'horreur emp&ecirc;chait la violence quotidienne, d'autre part elle n'avait rien &agrave; voir avec un quelconque sentiment esth&eacute;tique. Elle peut y &ecirc;tre li&eacute;e, mais il ne suffit pas qu'il y ait expression de la violence pour faire une &oelig;uvre. Je suis d'accord avec le crit&egrave;re d'intensit&eacute; : l'&oelig;uvre doit pr&eacute;senter de l'intensit&eacute;, par sa richesse, sa diversit&eacute;, la concentration de ses effets etc. Mais l'intensit&eacute; de l'&eacute;motion qu'elle suscite peut ne pas relever du tout d'un sentiment esth&eacute;tique. Quand ce ne sont pas des &oelig;uvres d&eacute;go&ucirc;tantes, MacCarty nous pr&eacute;sente des &oelig;uvres essentiellement fond&eacute;es sur la d&eacute;rision - d&eacute;rision des personnages, d&eacute;rision des situations, d&eacute;rision du m&eacute;dium. Permettez, mais j'ai du mal &agrave; croire que tant de d&eacute;rision accumul&eacute;e puisse provoquer de l'intensit&eacute; ou une quelconque catharsis.<br />Une assembl&eacute;e de sept ou huit personnes avait commenc&eacute; &agrave; nous entourer, le catalogue circulait de main en main, les gens se&nbsp; montraient des pages, commentaient &agrave; voix basse et suivaient notre joute. Une dame minuscule a pris la parole et a dit d'une voix douce : "J'ai bien conscience qu'on touche &agrave; un point de vue qui ne vaut que peut-&ecirc;tre que pour moi - et pour monsieur, si je le suis bien - mais les &oelig;uvres de MacCarty t&eacute;moignent surtout d'une vision de l'homme que je ne partage pas et m&ecirc;me d&eacute;teste, vision o&ugrave; le corps est s&eacute;par&eacute; de l'esprit et avili. Inf&eacute;riorit&eacute; de la mati&egrave;re, d&eacute;gradation de la chair : j'ex&egrave;cre le fait d'exalter, par la pr&eacute;tention &agrave; faire &oelig;uvre, l'avilissement&nbsp; du corps. Voil&agrave; v&eacute;ritablement o&ugrave; se niche la d&eacute;rision&nbsp;condamnable de cet artiste"<br />Un barbu qu'on n'avait pas encore remarqu&eacute; et qui portait un dr&ocirc;le de petit chapeau d'o&ugrave; pendaient de chaque c&ocirc;t&eacute; un fil et deux pinces &agrave; linge a demand&eacute; courtoisement : "Et Dada alors ?", en tanguant un peu sur ses jambes comme s'il s'excusait d'exister. La dame ne s'est pas d&eacute;mont&eacute;e : "Quand Dada consid&eacute;rait l'univers entier avec d&eacute;rision, rien n'&eacute;chappait &agrave; sa moquerie virulente, ni l'art ni le reste. C'est pourquoi Dada n'entrait &eacute;videmment pas au mus&eacute;e, cat il crachait aussi et surtout sur le mus&eacute;e et faisait non seulement table rase de toutes les formes d'&oelig;uvres mais aussi de toutes les formes d'institutions artistiques. Mais quand on installe la d&eacute;rision dans les mus&eacute;es, que reste-t-il de la d&eacute;rision ? Ou, du moins, que reste-t-il de la force critique potentiellement contenue dans certaines formes de d&eacute;rision ? Au contraire, apr&egrave;s Dada, c'est la terre br&ucirc;l&eacute;e, et c'est d'ailleurs pourquoi les surr&eacute;alistes s'en sont finalement d&eacute;marqu&eacute;s : ils voulaient quand m&ecirc;me faire &oelig;uvre - &agrave; certaines conditions, mais ils croyaient aux &oelig;uvres."</span></div>]]></content:encoded></item><item><title><![CDATA[L'Homme du commun à l'ouvrage, Jean Dubuffet (2)]]></title><link><![CDATA[https://www.moncarnetdelecture.com/essais-et-reacuteflexions/lhomme-du-commun-a-louvrage-jean-dubuffet-2]]></link><comments><![CDATA[https://www.moncarnetdelecture.com/essais-et-reacuteflexions/lhomme-du-commun-a-louvrage-jean-dubuffet-2#comments]]></comments><pubDate>Thu, 03 Jul 2025 13:46:34 GMT</pubDate><category><![CDATA[Dubuffet]]></category><category><![CDATA[Jean Dubuffet]]></category><category><![CDATA[L'Homme du commun &agrave; l'ouvrage]]></category><guid isPermaLink="false">https://www.moncarnetdelecture.com/essais-et-reacuteflexions/lhomme-du-commun-a-louvrage-jean-dubuffet-2</guid><description><![CDATA[       A mon sens l'art consiste essentiellement dans cette ext&eacute;riorisation des mouvements d'humeur les plus intimes, les plus profond&eacute;ment int&eacute;rieurs de l'artiste. Et comme ces mouvements internes nous les avons tous aussi en nous les m&ecirc;mes, alors c'est pour nous tr&egrave;s &eacute;mouvant de nous trouver face &agrave; face avec leur projection. Nous y voyons en effet, concr&eacute;tis&eacute;s devant nos yeux, des faits psychiques que nous poss&eacute;dons en nous-m [...] ]]></description><content:encoded><![CDATA[<div><div class="wsite-image wsite-image-border-none " style="padding-top:10px;padding-bottom:10px;margin-left:0px;margin-right:0px;text-align:center"> <a href='https://www.moncarnetdelecture.com/uploads/3/0/7/8/30784827/edited/f94943e077ad111a23b1767aa97997e3.jpg' rel='lightbox' onclick='if (!lightboxLoaded) return false'> <img src="https://www.moncarnetdelecture.com/uploads/3/0/7/8/30784827/published/f94943e077ad111a23b1767aa97997e3.jpg?1751553784" alt="Image" style="width:462;max-width:100%" /> </a> <div style="display:block;font-size:90%"></div> </div></div>  <div class="paragraph">A mon sens l'art consiste essentiellement dans cette ext&eacute;riorisation des mouvements d'humeur les plus intimes, les plus profond&eacute;ment int&eacute;rieurs de l'artiste. Et comme ces mouvements internes nous les avons tous aussi en nous les m&ecirc;mes, alors c'est pour nous tr&egrave;s &eacute;mouvant de nous trouver face &agrave; face avec leur projection. Nous y voyons en effet, concr&eacute;tis&eacute;s devant nos yeux, des faits psychiques que nous poss&eacute;dons en nous-m&ecirc;mes, qui existent exactement en nous-m&ecirc;mes comme ils existent chez l'artiste, sous-jacents, obscurs, profond&eacute;ment enfouis sous nos &eacute;corces successives; et c'est justement ce face &agrave; face avec nos plus profonds m&eacute;canismes qui nous appara&icirc;t comme une r&eacute;v&eacute;lation passionnante, et qui jette une lumi&egrave;re sur notre propre &ecirc;tre et sur le monde<span>, qui nous procure de voir les choses qui nous entourent avec d'autres yeux que nos yeux habituels. Avec des yeux (en nombre infini) que nous poss&eacute;dons tous en nous, profond&eacute;ment enfouis, mais qui ne fonctionnent pas d'ordinaire, et dont le surgissement de cette &oelig;uvre d'art d&eacute;clenche subitement le fonctionnement.<br />C'est la raison d'&ecirc;tre de l'art d'&ecirc;tre la voie d'expression des couches sous-jacentes, des plans de la profondeur. Ce que nous attendons d'une &oelig;uvre d'art, c'est que son auteur y ait d&eacute;couvert, y ait invent&eacute; des moyens de faire &eacute;clater ses couches de surface, et de livrer passage aux voix de ses couches sous-jacentes - et par l&agrave; m&ecirc;me aussi du m&ecirc;me coup des n&ocirc;tres d&egrave;s que cette &oelig;uvre est devant nos yeux.</span></div>]]></content:encoded></item><item><title><![CDATA[L'homme du commun à l'ouvrage, Jean Dubuffet]]></title><link><![CDATA[https://www.moncarnetdelecture.com/essais-et-reacuteflexions/lhomme-du-commun-a-louvrage-jean-dubuffet]]></link><comments><![CDATA[https://www.moncarnetdelecture.com/essais-et-reacuteflexions/lhomme-du-commun-a-louvrage-jean-dubuffet#comments]]></comments><pubDate>Thu, 03 Jul 2025 12:37:02 GMT</pubDate><category><![CDATA[Dubuffet]]></category><category><![CDATA[Jean Dubuffet]]></category><category><![CDATA[L'Homme du commun &agrave; l'ouvrage]]></category><guid isPermaLink="false">https://www.moncarnetdelecture.com/essais-et-reacuteflexions/lhomme-du-commun-a-louvrage-jean-dubuffet</guid><description><![CDATA[ Ce qu'on attend de l'art est qu'il nous d&eacute;payse, qu'il sorte les portes de leurs gonds. Qu'il nous r&eacute;v&egrave;le des choses - et de notre propre &ecirc;tre et de nos positions - des aspects tr&egrave;s fortement inattendus, tr&egrave;s fortement inhabituels. La fonction de l'artiste est capitalement celle d'un inventeur.Des inventeurs, il y en a plus qu'on ne croit. Mais le caract&egrave;re propre d'un art invent&eacute; est de ne pas ressembler &agrave; l'art en usage et par cons [...] ]]></description><content:encoded><![CDATA[<span class='imgPusher' style='float:right;height:0px'></span><span style='display: table;width:735px;position:relative;float:center;max-width:100%;;clear:right;margin-top:0px;*margin-top:0px'><a href='https://www.moncarnetdelecture.com/uploads/3/0/7/8/30784827/edited/48b45be2f55e31a8eaaf6f396a1c1306.jpg' rel='lightbox' onclick='if (!lightboxLoaded) return false'><img src="https://www.moncarnetdelecture.com/uploads/3/0/7/8/30784827/published/48b45be2f55e31a8eaaf6f396a1c1306.jpg?1751546423" style="margin-top: 10px; margin-bottom: 10px; margin-left: 0px; margin-right: 10px; border-width:0; max-width:100%" alt="Image" class="galleryImageBorder wsite-image" /></a><span style="display: table-caption; caption-side: bottom; font-size: 90%; margin-top: -10px; margin-bottom: 10px; text-align: center;" class="wsite-caption"></span></span> <div class="paragraph" style="display:block;">Ce qu'on attend de l'art est qu'il nous d&eacute;payse, qu'il sorte les portes de leurs gonds. Qu'il nous r&eacute;v&egrave;le des choses - et de notre propre &ecirc;tre et de nos positions - des aspects tr&egrave;s fortement inattendus, tr&egrave;s fortement inhabituels. La fonction de l'artiste est capitalement celle d'un inventeur.<br />Des inventeurs, il y en a plus qu'on ne croit. Mais le caract&egrave;re propre d'un art invent&eacute; est de ne pas ressembler &agrave; l'art en usage et par cons&eacute;quent - et cela d'autant plus qu'il est plus invent&eacute; - de ne pas sembler &ecirc;tre de l'art.. D'appara&icirc;tre seulement production oiseuse, absurde, inutilisable. Il faut bien un usager &agrave; une production d'art, comme au vin un buveur, sans quoi pas de vin.. Je ne dis pas forc&eacute;ment des usagers en grand nombre - le nombre n'y fait rien - mais tout de m&ecirc;me un ou deux. A vous de jouer messieurs les usagers ! La part qui vous revient est tr&egrave;s importante, elle l'est presque autant que celle de l'inventeur. Portez vos yeux attentivement non plus sur ce qui a l'air d'&ecirc;tre de l'art mais sur ce qui n'en a pas l'air du tout et pourtant est pr&ecirc;t &agrave; le devenir si vous savez le faire fonctionner : devenez inventeurs des inventions ! Il en surgit de tous c&ocirc;t&eacute;s, grosses de potentialit&eacute;s merveilleuses et dont personne ne fait usage : elles disparaissent sans laisser trace ni souvenir pendant que bat son plein la foire aux &oelig;uvres creuses . Il y en aurait bien plus encore si cette foire aux &oelig;uvres creuses ne menait si grand tapage, qui d&eacute;courage le novateur. Mais peut-&ecirc;tre est-ce &agrave; quoi on vise ? Les novations sont toujours suspectes, proc&eacute;dant de l'indiscipline et de la turbulence, et ce n'est pas pour rien que le Proph&egrave;te chassait de son royaume musiciens et po&egrave;tes. On a trouv&eacute; mieux maintenant; c'est de c&eacute;l&eacute;brer en pompe un faux semblant d'art pour &eacute;touffer le vrai. C'est de quoi sont charg&eacute;s dans les nations bien gouvern&eacute;es les corps constitu&eacute;s de la Culture. O&ugrave; viennent s'installer les estrades pompeuses de la Culture et pleuvoir les prix et lauriers sauvez-vous bien vite : l'art a peu de chance d'&ecirc;tre de ce c&ocirc;t&eacute;. Du moins n'y est-il plus s'il y avait peut-&ecirc;tre &eacute;t&eacute;, il s'est press&eacute; de changer d'air. Il est allergique &agrave; l'air des approbations collectives. Bien s&ucirc;r que l'art est par essence r&eacute;pr&eacute;hensible ! et inutile ! et antisocial, subversif, dangereux ! Et quand il n'est pas cela il n'est que fausse monnaie, il est mannequin vide, sac &agrave; patates.</div> <hr style="width:100%;clear:both;visibility:hidden;"></hr>]]></content:encoded></item><item><title><![CDATA[Proust à la conquête du faubourg Saint-Germain, Il faut laisser maisons et jardins, Marcel Schneider]]></title><link><![CDATA[https://www.moncarnetdelecture.com/essais-et-reacuteflexions/proust-a-la-conquete-du-faubourg-saint-germain-il-faut-laisser-maisons-et-jardins-marcel-schneider]]></link><comments><![CDATA[https://www.moncarnetdelecture.com/essais-et-reacuteflexions/proust-a-la-conquete-du-faubourg-saint-germain-il-faut-laisser-maisons-et-jardins-marcel-schneider#comments]]></comments><pubDate>Wed, 18 Jun 2025 09:00:35 GMT</pubDate><category><![CDATA[Il faut laisser maisons et jardins]]></category><category><![CDATA[Marcel Schneider]]></category><category><![CDATA[Proust &agrave; la conqu&ecirc;te du faubourg Saint-Germain]]></category><category><![CDATA[Schneider]]></category><guid isPermaLink="false">https://www.moncarnetdelecture.com/essais-et-reacuteflexions/proust-a-la-conquete-du-faubourg-saint-germain-il-faut-laisser-maisons-et-jardins-marcel-schneider</guid><description><![CDATA[       La condamnation de l'aristocratie ne vient pas du fait que Proust l'a d'abord surestim&eacute;e pour d&eacute;celer ensuite son insuffisance, mais du fait que la noblesse &eacute;tant pour lui un mythe, une id&eacute;e po&eacute;tique, quelque chose d'aboli que seule la m&eacute;moire divinisante peut arracher &agrave; l'oubli, l'aristocratie de son temps ne peut que m&eacute;riter sa d&eacute;rision et son m&eacute;pris. Sa sant&eacute; d&eacute;labr&eacute;e, sa sensibilit&eacute; de vi [...] ]]></description><content:encoded><![CDATA[<div><div class="wsite-image wsite-image-border-none " style="padding-top:10px;padding-bottom:10px;margin-left:0px;margin-right:0px;text-align:center"> <a href='https://www.moncarnetdelecture.com/uploads/3/0/7/8/30784827/edited/5e98eb7d368bf0f299e1504e91f13b6d.jpg' rel='lightbox' onclick='if (!lightboxLoaded) return false'> <img src="https://www.moncarnetdelecture.com/uploads/3/0/7/8/30784827/published/5e98eb7d368bf0f299e1504e91f13b6d.jpg?1750239022" alt="Image" style="width:502;max-width:100%" /> </a> <div style="display:block;font-size:90%"></div> </div></div>  <div class="paragraph">La condamnation de l'aristocratie ne vient pas du fait que Proust l'a d'abord surestim&eacute;e pour d&eacute;celer ensuite son insuffisance, mais du fait que la noblesse &eacute;tant pour lui un mythe, une id&eacute;e po&eacute;tique, quelque chose d'aboli que seule la m&eacute;moire divinisante peut arracher &agrave; l'oubli, l'aristocratie de son temps ne peut que m&eacute;riter sa d&eacute;rision et son m&eacute;pris. Sa sant&eacute; d&eacute;labr&eacute;e, sa sensibilit&eacute; de vieil enfant tyrannique et destructeur ont excit&eacute; en lui un attrait pervers pour le n&eacute;ant. Tout devait dispara&icirc;tre avec lui, tout devait d'effondrer dans la ruine et l'abjection. Les diff&eacute;rentes formes de la soci&eacute;t&eacute;, et m&ecirc;me toute la cr&eacute;ation visible, lui ont paru mauvaises. L'&eacute;clat de la noblesse l&eacute;gendaire se ternit, le r&ecirc;ve de la Renaissance italienne et de Versailles se d&eacute;sagr&egrave;ge et la hideur du monde cr&eacute;&eacute; et de l'humanit&eacute; corrompue s'impose &agrave; lui. Le sang juif se r&eacute;veille en lui, il se sent &agrave; la fois Isa&iuml;e et Pascal. P&egrave;re de l'Eglise, proph&egrave;te de l'Ancienne Loi, il lapide et voue &agrave; l'ex&eacute;cration. Rien ne l'attire d&eacute;sormais que l'&eacute;ternit&eacute; profonde. Pour justifier sa vie, il en appelle &agrave; l'&oelig;uvre d'art. Comme Baudelaire, il a vu dans la cr&eacute;ation artistique la seule forme de salut. "L'artiste doit &eacute;couter son instinct, ce qui fait de l'art ce qu'il y a de plus r&eacute;el, la plus aust&egrave;re &eacute;cole de la vie, et le vrai Jugement dernier." L'&oelig;uvre cr&eacute;&eacute;e, qui contient en soi projet et accomplissement, fait notre Enfer et notre Paradis : le tribunal ne se tient pas &agrave; la fin des temps, il se tient d&egrave;s cette existence que nous vivons et cela gr&acirc;ce &agrave; l'incessant combat que se livrent les forces r&eacute;unies de notre nonchalance et de notre frivolit&eacute; et notre volont&eacute; de cr&eacute;er. L'&oelig;uvre d'art est une victoire sur nous-m&ecirc;mes.&nbsp;<br />C'est pourquoi Proust fait mourir Bergotte au moment o&ugrave; il contemple encore une fois la Vue de Delft de Vermeer : "Dans une c&eacute;leste balance lui apparaissait, chargeant l'un des plateaux, sa propre vie, tandis que l'autre contenait le petit pan de mur si bien peint en jaune." Vermeer et Bergotte, en l'occasion Marcel Proust lui-m&ecirc;me, &eacute;changent leurs secrets. Ils savent qu'ils poss&egrave;dent une &eacute;gale grandeur, une grandeur v&eacute;ritable, sup&eacute;rieure &agrave; celle de la race dor&eacute;e des ducs et des princes. Ce sont eux qui dans l'univers humain figurent les vraies &eacute;toiles : aller d'un artiste &agrave; l'autre, n'est-ce pas changer d'astre et de plan&egrave;te, aller d'une &eacute;toile &agrave; une autre &eacute;toile ?<br /><br /></div>]]></content:encoded></item><item><title><![CDATA[Le Rivage des Syrtes Ou La Géopoétique d'une aventure intérieure, Etienne Crosnier (extrait 2)]]></title><link><![CDATA[https://www.moncarnetdelecture.com/essais-et-reacuteflexions/le-rivage-des-syrtes-ou-la-geopoetique-dune-aventure-interieure-etienne-crosnier-extrait-2]]></link><comments><![CDATA[https://www.moncarnetdelecture.com/essais-et-reacuteflexions/le-rivage-des-syrtes-ou-la-geopoetique-dune-aventure-interieure-etienne-crosnier-extrait-2#comments]]></comments><pubDate>Tue, 17 Jun 2025 12:32:09 GMT</pubDate><category><![CDATA[Crosnier]]></category><category><![CDATA[Etienne Crosnier]]></category><category><![CDATA[G&eacute;opo&eacute;tique d'une aventure int&eacute;rieure]]></category><category><![CDATA[Julien Gracq]]></category><category><![CDATA[Le Rivage des Syrtes]]></category><guid isPermaLink="false">https://www.moncarnetdelecture.com/essais-et-reacuteflexions/le-rivage-des-syrtes-ou-la-geopoetique-dune-aventure-interieure-etienne-crosnier-extrait-2</guid><description><![CDATA[       La force et la richesse du Rivage des Syrtes, alternant isotopies, s&eacute;ries adjectivales et analogies, marquent la transmutation de l'imaginaire d'Aldo d'une pierre informe, model&eacute;e par les usages de la capitale, en une pierre rare, dissimul&eacute;e entre les lignes de la chambre des cartes. Celle-ci rassemble tous les espaces n&eacute;cessaires &agrave; sa m&eacute;tamorphose : salle de classe pour l'&eacute;tude, clo&icirc;tre pour le recueillement, salle de tribunal sans a [...] ]]></description><content:encoded><![CDATA[<div><div class="wsite-image wsite-image-border-none " style="padding-top:10px;padding-bottom:10px;margin-left:0px;margin-right:0px;text-align:center"> <a href='https://www.moncarnetdelecture.com/uploads/3/0/7/8/30784827/edited/a0fe8a45ca7390a3d73acf0c023a265e.jpg' rel='lightbox' onclick='if (!lightboxLoaded) return false'> <img src="https://www.moncarnetdelecture.com/uploads/3/0/7/8/30784827/published/a0fe8a45ca7390a3d73acf0c023a265e.jpg?1750165034" alt="Image" style="width:auto;max-width:100%" /> </a> <div style="display:block;font-size:90%"></div> </div></div>  <div class="paragraph">La force et la richesse du <em>Rivage des Syrtes,</em> alternant isotopies, s&eacute;ries adjectivales et analogies, marquent la transmutation de l'imaginaire d'Aldo d'une pierre informe, model&eacute;e par les usages de la capitale, en une pierre rare, dissimul&eacute;e entre les lignes de la chambre des cartes. Celle-ci rassemble tous les espaces n&eacute;cessaires &agrave; sa m&eacute;tamorphose : salle de classe pour l'&eacute;tude, clo&icirc;tre pour le recueillement, salle de tribunal sans auditoire pour un possible jugement dernier, cabine pour a pr&eacute;paration au grand voyage. Les cartes, elles, lui sont r&eacute;v&eacute;l&eacute;es comme la marque de l'&eacute;preuve ultime qui fera de lui le h&eacute;ros mythique au c&oelig;ur de son paysage-histoire. Le sacr&eacute; r&eacute;side justement dans le processus stylistique par lequel Aldo, plein de ces aspirations qu'il ne sait pas nommer, se laisse envahir d'une force nouvelle : au c&eacute;r&eacute;monial "de propret&eacute; et d'ordre" dans lequel l'&ecirc;tre agi se set pris au pi&egrave;ge se substitue, par la magie des cartes, la "r&eacute;alit&eacute; bizarre" de l'apparence d'une transgression. Le mythe de Dionysos, miroir du cheminement du h&eacute;ros, repose &eacute;galement sur la dialectique entre identit&eacute; et alt&eacute;rit&eacute;, autochtonie et ouverture vers l'inconnu : Dionysos est le dieu qui vient du dehors, toujours per&ccedil;u comme &eacute;tranger &agrave; la cit&eacute; et mettant en danger sa stabilit&eacute;. Arrivant &agrave; Orsenna, Aldo est lui aussi cet &eacute;tranger qui d&eacute;couvre l'instabilit&eacute; de son destin &agrave; travers les cartes. Tel un nouveau-n&eacute;, il se sert de celles-ci pour apprendre &agrave; se guider dans les "eaux profondes" de l'existence.<br />La r&eacute;conciliation de l'Esprit et de la Nature, omnipr&eacute;sente dans le parcours d'Aldo, rappelle les auteurs allemands chers &agrave; Julien Gracq, H&ouml;lderlin, Novalis et Schelling. L'auteur du <em>Rivage des Syrtes</em> d&eacute;veloppe une g&eacute;opo&eacute;tique d&eacute;j&agrave; pr&eacute;sente dans ses r&eacute;cits pr&eacute;c&eacute;dents, <em>Au Ch&acirc;teau d'Argol</em> et <em>Un beau t&eacute;n&eacute;breux</em>, o&ugrave; l'homme, cr&eacute;ateur de son propre mythe, ne doit pas laisser passer l'opportunit&eacute; de redonner &agrave; sa vie un souffle nouveau. Doyen des gouverneurs d'Orsenna, Danielo le rappelle au jeune homme :<br />"Il ne s'agit pas d'&ecirc;tre jug&eacute;. Il e s'agissait pas de bonne ou de mauvaise politique. Il s'agissait de r&eacute;pondre &agrave; une question - intimidante - &agrave; une question que personne encore au monde n'a jamais pu laisser sans r&eacute;ponse, jusqu'&agrave; son dernier souffle (...) Qui vive ?" (ch. XII, p.321)<br />La synesth&eacute;sie naturelle d'Aldo en est la r&eacute;ponse : " La nuit &eacute;tait claire et sonore quand je sortis du palais d&eacute;sert." Comme dans notre extrait de la chambre des cartes, il n'y a personne et il y a quelqu'un. M&ecirc;me si le vieux Danielo tire les ficelles de son exp&eacute;dition &agrave; l'Amiraut&eacute;, cette qu&ecirc;te d'un Graal int&eacute;rieur, provoqu&eacute;e par un environnement en pleine d&eacute;composition, n'appartient qu'au h&eacute;ros seul et tel qu'en lui-m&ecirc;me. Comme la ligne rouge des cartes, la chambre o&ugrave; p&eacute;n&egrave;tre Aldo est la lisi&egrave;re, le rivage (zone g&eacute;ographique limite entre la terre ferme et une &eacute;tendue d'eau sal&eacute;e), entre une r&eacute;alit&eacute; oppressante et st&eacute;rile et l'espace f&eacute;cond d'un r&ecirc;ve personnel visant &agrave; ranimer l'Histoire. Au-del&agrave; de Marino, symbole du cr&eacute;puscule d'un &eacute;tat moribond, se profile la vision d'une vie nouvelle o&ugrave;, pour Aldo, il sera enfin loisible de "poss&eacute;der la v&eacute;rit&eacute; dans une &acirc;me et un corps" "Arthur Rimbaud, <em>Une Saison en enfer,</em> "Adieu", 1873).<br /></div>]]></content:encoded></item><item><title><![CDATA[Le Rivage des Syrtes de Julien Gracq, Ou La Géopoétique d’une aventure intérieure, Etienne Crosnier]]></title><link><![CDATA[https://www.moncarnetdelecture.com/essais-et-reacuteflexions/le-rivage-des-syrtes-de-julien-gracq-ou-la-geopoetique-dune-aventure-interieure-etienne-crosnier]]></link><comments><![CDATA[https://www.moncarnetdelecture.com/essais-et-reacuteflexions/le-rivage-des-syrtes-de-julien-gracq-ou-la-geopoetique-dune-aventure-interieure-etienne-crosnier#comments]]></comments><pubDate>Tue, 17 Jun 2025 12:03:10 GMT</pubDate><category><![CDATA[Crosnier]]></category><category><![CDATA[Etienne Crosnier]]></category><category><![CDATA[G&eacute;opo&eacute;tique d'une aventure int&eacute;rieure]]></category><category><![CDATA[Le Rivage des Syrtes]]></category><category><![CDATA[Le Rivage des syrtes de Julien Gracq]]></category><category><![CDATA[Ou la g&eacute;opo&eacute;tique d&rsquo;une aventure int&eacute;rieure]]></category><guid isPermaLink="false">https://www.moncarnetdelecture.com/essais-et-reacuteflexions/le-rivage-des-syrtes-de-julien-gracq-ou-la-geopoetique-dune-aventure-interieure-etienne-crosnier</guid><description><![CDATA[       Louis Poirier (pour l&rsquo;&eacute;tat civil) obtient une agr&eacute;gation d&rsquo;histoire et de g&eacute;ographie &agrave; l&rsquo;&acirc;ge de vingt-quatre ans. Fait qui n&rsquo;est pas anodin, car le parcours universitaire du futur romancier est &eacute;maill&eacute; des lectures pr&eacute;coces de Stendhal, Balzac, Jules Verne, Nerval, Lautr&eacute;amont, Alain, Apollinaire, Hugo&nbsp;; des romanciers gothiques du XVIII &egrave; si&egrave;cle (Walpole, Radcliffe)&nbsp;; des romanti [...] ]]></description><content:encoded><![CDATA[<div><div class="wsite-image wsite-image-border-none " style="padding-top:10px;padding-bottom:10px;margin-left:0px;margin-right:0px;text-align:center"> <a href='https://www.moncarnetdelecture.com/uploads/3/0/7/8/30784827/edited/d3a85f27-9329-4f02-ab71-7f26d66d35b5.jpg' rel='lightbox' onclick='if (!lightboxLoaded) return false'> <img src="https://www.moncarnetdelecture.com/uploads/3/0/7/8/30784827/published/d3a85f27-9329-4f02-ab71-7f26d66d35b5.jpg?1750162068" alt="Image" style="width:auto;max-width:100%" /> </a> <div style="display:block;font-size:90%"></div> </div></div>  <div class="paragraph">Louis Poirier (pour l&rsquo;&eacute;tat civil) obtient une agr&eacute;gation d&rsquo;histoire et de g&eacute;ographie &agrave; l&rsquo;&acirc;ge de vingt-quatre ans. Fait qui n&rsquo;est pas anodin, car le parcours universitaire du futur romancier est &eacute;maill&eacute; des lectures pr&eacute;coces de Stendhal, Balzac, Jules Verne, Nerval, Lautr&eacute;amont, Alain, Apollinaire, Hugo&nbsp;; des romanciers gothiques du XVIII &egrave; si&egrave;cle (Walpole, Radcliffe)&nbsp;; des romantiques allemands (Fichte, Hegel, Hoffmann, H&ouml;lderlin, Kleist, Richter)&nbsp;; de Byron, Edgar Poe, Shakespeare et des premiers surr&eacute;alistes, Andr&eacute; Breton en t&ecirc;te. Et, traduit en 1942 et proche de lui, Sur les falaises de marbre d&rsquo;Ernst J&uuml;nger. Lectures qui sous-tendent la trame de toute sa cr&eacute;ation romanesque&nbsp;: de1938 (<em>Au Ch&acirc;teau d&rsquo;Argol</em>) &agrave; 1970 (<em>La Presqu&rsquo;&icirc;le</em>), en passant par <em>Le Rivage des Syrtes</em> (1951), Julien Gracq met un soin particulier &agrave; lier &eacute;troitement la place de l&rsquo;homme dans la grande Histoire &agrave; sa passion de la g&eacute;ographie, qui l&rsquo;occupe d&egrave;s sa jeunesse. &laquo;&nbsp;Je me demande parfois ce qu&rsquo;est le monde pour les gens qui n&rsquo;ont pas de formation g&eacute;ographique. Le voyage doit &ecirc;tre pour eux une esp&egrave;ce de fantasmagorie mal li&eacute;e, une juxtaposition heurt&eacute;e de formes &eacute;tranges o&ugrave; rien ne s&rsquo;encha&icirc;ne&nbsp;&raquo;, confiera-t-il d&rsquo;ailleurs &agrave; Jean-Louis Tissier, lors d&rsquo;un entretien en 1978. &laquo;&nbsp;Fantasmagorie mal li&eacute;e&nbsp;&raquo;, &laquo;&nbsp;formes &eacute;tranges o&ugrave; rien ne s&rsquo;encha&icirc;ne&nbsp;&raquo;, autant de frustrations latentes dans l&rsquo;esprit du h&eacute;ros lorsqu&rsquo;il p&eacute;n&egrave;tre dans la chambre des cartes.<br />D&egrave;s 1934, Poirier publie dans les <em>Annales de g&eacute;ographie</em> &laquo;&nbsp;Bocage et plaine dans le sud de l&rsquo;Anjou&nbsp;&raquo; puis, un an plus tard, &laquo;&nbsp;Essai sur la morphologie de l&rsquo;Anjou m&eacute;ridional&nbsp;&raquo; (Mauges et Saumurois)&nbsp;&raquo;. Mais en 1937, il ne peut d&eacute;velopper son projet de th&egrave;se sur &laquo;&nbsp;Crim&eacute;e, &eacute;tude g&eacute;omorphologique&nbsp;&raquo;&nbsp;: cette p&eacute;ninsule, situ&eacute;e au sud de l&rsquo;Ukraine, se trouve en effet dans le giron de l&rsquo;URSS, qui distribue ses visas au compte-gouttes. Priv&eacute; d&rsquo;une exploration en <em>terra incognita</em> comme il les aime, le futur Julien Gracq s&rsquo;engouffre r&eacute;solument dans une troisi&egrave;me voie, celle de la litt&eacute;rature comme pure fiction, o&ugrave; le lieu va prendre une importance consid&eacute;rable, tant sur le plan descriptif que symbolique. Treize ans apr&egrave;s <em>Au Ch&acirc;teau d&rsquo;Argol</em> qui pr&eacute;c&egrave;de de peu la &laquo;&nbsp;dr&ocirc;le de guerre&nbsp;&raquo; dans l&rsquo;Histoire, <em>Le Rivage des Syrtes</em> appara&icirc;t en pleine guerre froide comme une tentative de d&eacute;marquer des chapelles litt&eacute;raires par la qu&ecirc;te d&rsquo;un Graal int&eacute;rieur. Les h&eacute;ros des deux romans sont ancr&eacute;s dans une histoire personnelle sans solution, dont l&rsquo;Histoire se joue. Albert dans sa tour, Aldo dans la chambre, cherchent autour d&rsquo;eux les significations que celle-ci leur dissimule. Ils apparaissent comme des alchimistes qui d&eacute;couvrent, dans la chute de l&rsquo;Homme, le retentissement universel de la connaissance sur la spiritualit&eacute;, qui sauve le monde. Face aux murs opaques du fatalisme intellectuel, <em>Le Rivage des Syrtes</em> pose les fondements d&rsquo;une r&eacute;volte personnelle, o&ugrave; une chronologie sociale et militaire, aussi mur&eacute;e soit-elle dans son attente morbide, ne peut rester indiff&eacute;rente au cri po&eacute;tique d&rsquo;une transgression individuelle et s&rsquo;embrase &agrave; son &eacute;cho. &laquo;&nbsp;Ce que j&rsquo;ai cherch&eacute; &agrave; faire, entre autres choses, dans <em>Le Rivages des Syrtes</em>, plut&ocirc;t qu&rsquo;&agrave; raconter une histoire intemporelle, c&rsquo;est &agrave; lib&eacute;rer par distillation un &eacute;l&eacute;ment volatil &laquo;&nbsp;l&rsquo;esprit-de-l&rsquo;Histoire&nbsp;&raquo;, au sens o&ugrave; on parle d&rsquo;esprit-devin (ou esprit-de-vin des alchimistes&nbsp;? Note de l&rsquo;auteur), et le raffiner suffisamment pour qu&rsquo;il p&ucirc;t s&rsquo;enflammer au contact de l&rsquo;imagination&nbsp;&raquo;, pr&eacute;cise l&rsquo;auteur dans <em>En lisant en &eacute;crivant</em> (ibid, 1980, Jos&eacute; Corti), p.216). Ici, le mythe moderne, aussi proche de la fable m&eacute;di&eacute;vale que de la l&eacute;gende antique, se construit sur la d&eacute;composition avanc&eacute;e d&rsquo;un pouvoir s&eacute;culaire o&ugrave; fermente la renaissance d&rsquo;un jeune h&eacute;ros. La chambre des cartes illustre le Styx avant l&rsquo;enfer de l&rsquo;humanit&eacute; &ndash; la guerre- auquel le h&eacute;ros peut cependant &eacute;chapper, gr&acirc;ce &agrave; un &laquo;&nbsp;coup de d&eacute;s&nbsp;&raquo; mallarm&eacute;en, au nom du principe sacr&eacute; de libre-arbitre et d&rsquo;incertitude.<br />En suivant le cours de l&rsquo;aventure int&eacute;rieure de son h&eacute;ros, Gracq entreprend une g&eacute;opo&eacute;tique novatrice tr&egrave;s personnelle, avec une approche transdisciplinaire o&ugrave; se c&ocirc;toient histoire, g&eacute;ographie, litt&eacute;rature et mythologie. Le style de l&rsquo;&eacute;crivain donne &agrave; celle-ci une &acirc;me, en tissant le fil de cette &laquo;&nbsp;r&eacute;alit&eacute; bizarre&nbsp;&raquo; qui saisit le h&eacute;ros, de son d&eacute;part d&rsquo;Orsenna jusqu&rsquo;&agrave; la r&eacute;v&eacute;lation dans la chambre des cartes. A l&rsquo;&eacute;nigme d&rsquo;un espace clos, le h&eacute;ros r&eacute;pond par la n&eacute;cessit&eacute; d&rsquo;un monde ouvert, anim&eacute; par une soif inextinguible de conqu&ecirc;te et une <em>aspiration</em> (<em>Sehnsucht</em>) teint&eacute;e d&rsquo;individualisme, qui le feront entrer de plain-pied dans l&rsquo;Histoire.<br />&nbsp;<br /><br /></div>]]></content:encoded></item><item><title><![CDATA[Un Prince de la bohème, Marcel Schneider]]></title><link><![CDATA[https://www.moncarnetdelecture.com/essais-et-reacuteflexions/un-prince-de-la-boheme-marcel-schneider]]></link><comments><![CDATA[https://www.moncarnetdelecture.com/essais-et-reacuteflexions/un-prince-de-la-boheme-marcel-schneider#comments]]></comments><pubDate>Wed, 21 May 2025 14:24:14 GMT</pubDate><category><![CDATA[Marcel Schneider]]></category><category><![CDATA[Schneider]]></category><category><![CDATA[Un Prince de la boh&egrave;me]]></category><guid isPermaLink="false">https://www.moncarnetdelecture.com/essais-et-reacuteflexions/un-prince-de-la-boheme-marcel-schneider</guid><description><![CDATA[       L'image de lui qu'il donnait &agrave; ses contemporains ne s'accordait pas avec celle que ceux-ci se faisaient du g&eacute;nie. De 1815 &agrave; 1830 il fallait &ecirc;tre beau t&eacute;n&eacute;breux, byronien maudit, fr&eacute;n&eacute;tique buvant du champagne dans un cr&acirc;ne, l'image que s'effor&ccedil;aient de reproduire en Angleterre les &eacute;pigones de Beckford, de Lewis et de Maturin, et chez nous les Jeunes France et les Bousingos, ces extr&eacute;mistes r&eacute;volutionn [...] ]]></description><content:encoded><![CDATA[<div><div class="wsite-image wsite-image-border-none " style="padding-top:10px;padding-bottom:10px;margin-left:0;margin-right:0;text-align:center"> <a> <img src="https://www.moncarnetdelecture.com/uploads/3/0/7/8/30784827/published/aff1bcac6d02cdb348997e5883c97f20.jpg?1747839385" alt="Image" style="width:576;max-width:100%" /> </a> <div style="display:block;font-size:90%"></div> </div></div>  <div class="paragraph">L'image de lui qu'il donnait &agrave; ses contemporains ne s'accordait pas avec celle que ceux-ci se faisaient du g&eacute;nie. De 1815 &agrave; 1830 il fallait &ecirc;tre beau t&eacute;n&eacute;breux, byronien maudit, fr&eacute;n&eacute;tique buvant du champagne dans un cr&acirc;ne, l'image que s'effor&ccedil;aient de reproduire en Angleterre les &eacute;pigones de Beckford, de Lewis et de Maturin, et chez nous les Jeunes France et les Bousingos, ces extr&eacute;mistes r&eacute;volutionnaires portant un suro&icirc;t de p&ecirc;cheur et un chapeau de cuir bouilli.<br />Mais si humble qu'il f&ucirc;t quant &agrave; sa personne priv&eacute;e, Schubert savait ce qu'il incarnait de nouveau, d'original dans l'ordre de la musique et il &eacute;tait d'une intransigeante fiert&eacute; pour tout ce qui repr&eacute;sentait ce Moi cr&eacute;ateur. Il lui a tout sacrifi&eacute;. Il &eacute;tait le musicien-po&egrave;te par excellence, un po&egrave;te dont la langue maternelle &eacute;tait la musique. Il estimait qu'un artiste cr&eacute;ateur tel que lui n'aurait jamais d&ucirc; exercer de m&eacute;tier, non qu'une profession d&eacute;roge, mais elle fait perdre du temps. A d&eacute;faut des riches m&eacute;c&egrave;nes princiers qui ont soutenu Beethoven, il estimait que l'Etat aurait d&ucirc; lui permettre d'inventer en toute libert&eacute;.<br />Pour nous, la boh&egrave;me c'est le roman de Murger, c'est aussi <em>La Boh&egrave;me galante</em> o&ugrave; Nerval &eacute;voque les deux ann&eacute;es pass&eacute;es &agrave; l'H&ocirc;tel du Doyenn&eacute; avec Th&eacute;ophile Gautier, Ars&egrave;ne Houssaye et Camille Rogier dans une intimit&eacute; charmante. Il venait d'h&eacute;riter de son grand-p&egrave;re, ce fut la boh&egrave;me dor&eacute;e, mais le plus souvent les boh&eacute;miens tirent le diable par la queue, vivent d'amour et d'eau fra&icirc;che sous les combles. Ce sont de jeunes artistes fauch&eacute;s, avides de s'exprimer et de cr&eacute;er une &oelig;uvre,&nbsp; &agrave; qui l'amour donne l'enthousiasme, le courage de mener une existence al&eacute;atoire mais ind&eacute;pendante. Ils savent que cette p&eacute;riode enivrante mais dangereuse n'aura qu'un temps : il faudra r&eacute;ussir &agrave; tout prix ou sombrer dans la grisaille prol&eacute;tarienne ! Boh&egrave;me signifie jeunesse, folie, farces d'&eacute;tudiants, licence sexuelle, mais aussi pauvret&eacute;, ins&eacute;curit&eacute;, froid, mort. Ces contrastes se retrouvent dans le caract&egrave;re et la vie de Schubert qui pouvait &agrave; la fois composer le <em>Voyage d'hiver</em> et jouer des valses toute la soir&eacute;e pour faire danser ses camarades.<br />Jamais il ne souffrit du froid ni de la faim, les amis chez lesquels il habitait veillaient sur lui. Que la chambre f&ucirc;t pourvue d'un piano, et il &eacute;tait aux anges. Il composait de six heures &agrave; midi dans un &eacute;tat de transe, puis il allait au caf&eacute;, &agrave; l'auberge, et passait le reste de la journ&eacute;e avec ses amis, allait beaucoup au th&eacute;&acirc;tre, &agrave; l'Op&eacute;ra, organisait des soir&eacute;es o&ugrave; l'on jouait des sayn&egrave;tes, des charades, des divertissements dont il &eacute;tait l'inspirateur et l'&acirc;me toute-puissante. Ce sont les <em>Schubertiades</em> auxquelles il a donn&eacute; son nom, son &eacute;nergie chaleureuse et sa gentillesse.<br />Ces amis s'appellent le chevalier von Spaun, l'irr&eacute;sistible Schober, Mayrhofer, Bauernfeld, Lachner, Kupelweiser, Moritz von Schwind, le chanteur Vogel, le c&eacute;l&egrave;bre Grillparzer et les s&oelig;urs Fr&ouml;hlich. Il &eacute;tait le seul musicien du groupe, il mettait en musique les po&egrave;mes du c&eacute;nacle :" A travers Schubert, nous devenons tous amis" a &eacute;crit Spaun. Il servait d'aimant, de pierre de touche, d'&eacute;tincelle de g&eacute;nie.<br />Comme l'avaient fait en 1796 les romantiques d'I&eacute;na, c'est-&agrave;-dire Novalis, les fr&egrave;res Schlegel, Fichte et Schelling, ces artistes mettaient tout en commun, les ardeurs cr&eacute;atrices de chacun se trouvant d&eacute;cupl&eacute;es par l'effervescence g&eacute;n&eacute;rale. Fr&eacute;d&eacute;ric Schlegel a invent&eacute; un mot pour d&eacute;finir ce ph&eacute;nom&egrave;ne : c'est la <em>sympo&eacute;sie</em>.<br />&#8203;Parfois l'un ne poss&egrave;de que l'id&eacute;e, la conceptualisation et l'autre seulement l'expression, la mise en po&egrave;me. Une cr&eacute;ation collective risque de produire des &oelig;uvres excellentes. Schubert pour inventer sa musique n'avait besoin d'aucune aide, mais il avait besoin d'un certain climat d'amiti&eacute;, de confiance, de spontan&eacute;it&eacute;. C'est &agrave; ce milieu survolt&eacute; o&ugrave; les id&eacute;es nouvelles et le romantisme &eacute;taient &agrave; l'ordre du jour que Schubert dut sa formation intellectuelle et esth&eacute;tique. Loin d'ignorer les plus r&eacute;centes productions de la po&eacute;sie et de la peinture ainsi que les agitations de la politique, il discutait de tout avec ses amis et confrontait ses id&eacute;es, ses projets, ses espoirs avec les leurs. Ils l'ont aid&eacute; &agrave; trouver son identit&eacute; et &agrave; former ce style musical qui parut en son temps tout &agrave; fait neuf, choquant les uns, subjuguant les autres, insolite en tout cas et qui, encore aujourd'hui, apr&egrave;s deux si&egrave;cles bient&ocirc;t, nous appara&icirc;t inimitable, unique, pr&eacute;figure de ce que sera Debussy, un po&egrave;te qui s'est servi de la musique comme langage. Aussi celui-ci a-t-il d&eacute;clar&eacute; :"N'&eacute;coutez les conseils de personne sinon du vent qui passe et nous raconte l'histoire du monde !"<br />Le style musical de Schubert, cr&eacute;ation nourrie par le r&ecirc;ve, l'inconscient et les effusions de la sensibilit&eacute;, porte la marque d'une cr&eacute;ation collective o&ugrave; tous ses amis qui avaient son &acirc;ge, moins de trente ans, ses habitudes et ses go&ucirc;ts, ont leur part. Et particuli&egrave;rement les peintres Schwind et Kupelwieser auxquels Franz doit beaucoup. Ce jeu d'ombres et de lumi&egrave;res dans ses sonates pour piano, l'arabesque des lignes m&eacute;lodiques dans ses lieder doivent bien plus &agrave; la peinture romantique qu'aux subtilit&eacute;s du contrepoint et aux enseignements tir&eacute;s de Mozart et de Beethoven. "Qui peut encore faire quelque chose apr&egrave;s Beethoven ?", se demandait avec angoisse le pauvre Franz qui n'osa jamais soumettre aucune de ses &oelig;uvres au ma&icirc;tre. Schumann r&eacute;pondit &agrave; sa place quand parurent certaines sonates de Schubert en 1835 : "Voil&agrave; ce qui a paru de plus beau depuis Beethoven !"<br />De plus beau, parce que tout &agrave; fait diff&eacute;rent dans la d&eacute;marche, dans l'association des id&eacute;es et dans les sautes d'id&eacute;es apparemment illogiques et contraires aux r&egrave;gles alors en vigueur.<br />H&eacute;las ! On ne pourra jamais d&eacute;truire la l&eacute;gende de Schubert ignorant de lui-m&ecirc;me, produisant ses lieder comme un pommier ses fruits, m&eacute;pris&eacute; des femmes et du public, binoclard, ridicule, mourant dans la solitude et la mis&egrave;re. Les l&eacute;gendes ont la vie dure. A partir du romantisme, l'artiste de g&eacute;nie doit se situer en marge de la soci&eacute;t&eacute;, rejet&eacute; par elle. On a invent&eacute; de toutes pi&egrave;ces la l&eacute;gende de Mozart, de Schubert, de Rimbaud, de Van Gogh, de Kafka. Verlaine y aura beaucoup contribu&eacute; avec ses <em>Po&egrave;tes maudits</em>. D&eacute;sormais les seuls artistes v&eacute;ritables sont ceux qui portent en eux une mal&eacute;diction inn&eacute;e, un guignon perp&eacute;tuel, une mis&egrave;re &agrave; vie...La r&eacute;ussite et les honneurs vous disqualifient. Dans cette optique, que deviennent l'ambassadeur Rubens, Titien, V&eacute;ron&egrave;se, Velasquez, Rapha&euml;l, Hugo et le richissime Picasso ?<br />Schubert ne gagna jamais beaucoup d'argent, l'argent ne l'int&eacute;ressait pas, mais il ne manqua jamais du n&eacute;cessaire, ses amis y pourvoyaient. Il fut recueilli et soign&eacute; par son fr&egrave;re Ferdinand qui lui fit un beau service fun&egrave;bre. Une souscription fut ouverte pour qu'il e&ucirc;t un tombeau d&eacute;cent. Grillparzer en composa l'&eacute;pitaphe : "La musique enterra ici un riche tr&eacute;sor et des esp&eacute;rances plus belles encore. Franz Schubert repose ici, mort le 19 novembre 1828, &agrave; l'&acirc;ge de trente et un ans."<br /></div>]]></content:encoded></item><item><title><![CDATA[Louis Poirier et Julien Gracq, Marcel Schneider]]></title><link><![CDATA[https://www.moncarnetdelecture.com/essais-et-reacuteflexions/louis-poirier-et-julien-gracq-marcel-schneider]]></link><comments><![CDATA[https://www.moncarnetdelecture.com/essais-et-reacuteflexions/louis-poirier-et-julien-gracq-marcel-schneider#comments]]></comments><pubDate>Wed, 21 May 2025 13:58:23 GMT</pubDate><category><![CDATA[Marcel Schneider]]></category><category><![CDATA[Schneider]]></category><guid isPermaLink="false">https://www.moncarnetdelecture.com/essais-et-reacuteflexions/louis-poirier-et-julien-gracq-marcel-schneider</guid><description><![CDATA[       Le principal probl&egrave;me de Louis Poirier et surtout de Julien Gracq a &eacute;t&eacute; celui de la communication avec autrui. Gracq ne croyait pas que l'on p&ucirc;t communiquer avec ses semblables par l'&eacute;change des id&eacute;es, par la conversation. Il pensait que chacun &eacute;tait mur&eacute; dans sa solitude, dans sa propre subjectivit&eacute; et que tenter de sortir de cette ge&ocirc;le par l'amour, par l'adh&eacute;sion &agrave; un syst&egrave;me religieux, politique o [...] ]]></description><content:encoded><![CDATA[<div><div class="wsite-image wsite-image-border-none " style="padding-top:10px;padding-bottom:10px;margin-left:0px;margin-right:0px;text-align:center"> <a href='https://www.moncarnetdelecture.com/uploads/3/0/7/8/30784827/edited/1700427777e2961f427d9ea119b2e2d7.jpg' rel='lightbox' onclick='if (!lightboxLoaded) return false'> <img src="https://www.moncarnetdelecture.com/uploads/3/0/7/8/30784827/published/1700427777e2961f427d9ea119b2e2d7.jpg?1747837157" alt="Image" style="width:auto;max-width:100%" /> </a> <div style="display:block;font-size:90%"></div> </div></div>  <div class="paragraph">Le principal probl&egrave;me de Louis Poirier et surtout de Julien Gracq a &eacute;t&eacute; celui de la communication avec autrui. Gracq ne croyait pas que l'on p&ucirc;t communiquer avec ses semblables par l'&eacute;change des id&eacute;es, par la conversation. Il pensait que chacun &eacute;tait mur&eacute; dans sa solitude, dans sa propre subjectivit&eacute; et que tenter de sortir de cette ge&ocirc;le par l'amour, par l'adh&eacute;sion &agrave; un syst&egrave;me religieux, politique ou philosophique, &eacute;tait une tentative (et une tentation) vou&eacute;e &agrave; l'&eacute;chec. Gracq aurait pu se poser la question de savoir pourquoi l'homme n'est pas d'embl&eacute;e en &eacute;tat de communiquer avec autrui. Il ne s'est pas pos&eacute; cette question pourtant urgente parce qu'il &eacute;tait persuad&eacute; de l'axiome de la solitude essentielle de chaque homme.<br />Donc pas de conversation, mais communication par l'&eacute;criture. Gracq a beaucoup &eacute;crit, beaucoup publi&eacute;. Cela permet &agrave; chacun d'entre nous, si nous le souhaitons, de p&eacute;n&eacute;trer sa pens&eacute;e, d'entrer en communication avec lui. Il propose, il n'impose pas. A nous de montrer de la curiosit&eacute;, des dispositions favorables &agrave; l'accueil, &agrave; l'adh&eacute;sion. Il ne cherche pas &agrave; discuter, &agrave; s&eacute;duire, &agrave; nous de dire oui ou non &agrave; ce qu'il propose.<br />Il n'a rien d'un proph&egrave;te, d'un confesseur de la foi, d'un saint Paul ou d'un saint Augustin. Il dit ce qu'il pense, ce qu'il sait avec, bien s&ucirc;r, le d&eacute;sir de convaincre et de s&eacute;duire. Mais son besoin de communication n'a rien &agrave; voir avec la volont&eacute; de puissance que l'on trouve chez Nietzsche ou chez le grand pontife de la religion surr&eacute;aliste, Andr&eacute; Breton. Breton lan&ccedil;ait ses oukases &agrave; la mani&egrave;re des bulles pontificales, il &eacute;tait le seul &agrave; savoir pourquoi tel &eacute;crivain, tel peintre, tel objet ou telle fleur &eacute;tait surr&eacute;aliste ou&nbsp; non, donc le seul &agrave; donner l'investiture, &agrave; officier lors de l'adoubement.<br />Si Gracq n'avait rien du Grand Inquisiteur Andr&eacute; Breton, il ne ressemblait pas davantage &agrave; Paul Val&eacute;ry qui pla&ccedil;ait une cloison &eacute;tanche entre sa vie de po&egrave;te et sa vie priv&eacute;e. Qui s'amusait m&ecirc;me &agrave; surprendre ses auditeurs en tenant des propos provocants qu'on n'attendait pas de l'auteur du Cimeti&egrave;re marin.<br />Dans ses entretiens avec Jean d'Ormesson, Emmanuel Berl dit qu'un jour Val&eacute;ry l'a quitt&eacute; de la fa&ccedil;on suivante :" Bonsoir, mon cher ami, j'vas piquer un roupillon."<br />Julien Gracq, bien que mort, reste avec nous puisque son truchement &eacute;tait le livre, moyen de conversation id&eacute;al qui ne varie ni ne d&eacute;&ccedil;oit. Il est &agrave; port&eacute;e de main, au chevet du lit ou dans la biblioth&egrave;que, toujours pr&ecirc;t &agrave; r&eacute;pondre &agrave; notre curiosit&eacute;, notre angoisse ou notre plaisir.<br /></div>]]></content:encoded></item><item><title><![CDATA[Le Regard, Marcel Schneider]]></title><link><![CDATA[https://www.moncarnetdelecture.com/essais-et-reacuteflexions/le-regard-marcel-schneider]]></link><comments><![CDATA[https://www.moncarnetdelecture.com/essais-et-reacuteflexions/le-regard-marcel-schneider#comments]]></comments><pubDate>Wed, 21 May 2025 13:29:32 GMT</pubDate><category><![CDATA[Le Regard]]></category><category><![CDATA[Marcel Schneider]]></category><category><![CDATA[Schneider]]></category><guid isPermaLink="false">https://www.moncarnetdelecture.com/essais-et-reacuteflexions/le-regard-marcel-schneider</guid><description><![CDATA[       Les artistes des Provinces-Unies ont cultiv&eacute; la peinture de la vanit&eacute;, vari&eacute;t&eacute; d&eacute;vote d'un genre o&ugrave; ils excellaient, les guirlandes de fleurs. Louis XIV et son oncle Philippe III d'Espagne aimaient les tableaux o&ugrave; les ciels m&eacute;taphysiques &eacute;taient peupl&eacute;s d'anges et des images de la Sainte Trinit&eacute;. Les peintres hollandais en repr&eacute;sentant de la fa&ccedil;on la plus naturaliste possible un cr&acirc;ne entour&e [...] ]]></description><content:encoded><![CDATA[<div><div class="wsite-image wsite-image-border-none " style="padding-top:10px;padding-bottom:10px;margin-left:0;margin-right:0;text-align:center"> <a> <img src="https://www.moncarnetdelecture.com/uploads/3/0/7/8/30784827/1b800775653e54e358586eb7b08ae32e_orig.jpg" alt="Image" style="width:auto;max-width:100%" /> </a> <div style="display:block;font-size:90%"></div> </div></div>  <div class="paragraph">Les artistes des Provinces-Unies ont cultiv&eacute; la peinture de la vanit&eacute;, vari&eacute;t&eacute; d&eacute;vote d'un genre o&ugrave; ils excellaient, les guirlandes de fleurs. Louis XIV et son oncle Philippe III d'Espagne aimaient les tableaux o&ugrave; les ciels m&eacute;taphysiques &eacute;taient peupl&eacute;s d'anges et des images de la Sainte Trinit&eacute;. Les peintres hollandais en repr&eacute;sentant de la fa&ccedil;on la plus naturaliste possible un cr&acirc;ne entour&eacute; d'une bougie qui s'&eacute;teint, une montre arr&ecirc;t&eacute;e, un verre de vin entam&eacute;, ne pouvaient &ecirc;tre tax&eacute;s de papisme. Ils ne suivaient pas l'exemple du Greco, de Zurbar&aacute;n, de Rubens et de Poussin. Calvinistes convaincus, ces peintres de vanit&eacute; ne clament pas seulement la fragilit&eacute; des choses terrestres, mais aussi l'inutilit&eacute; des bonnes &oelig;uvres pour faire notre salut. Si la pr&eacute;destination et la gr&acirc;ce ne nous marquent pas de leur sceau terrible, la bonne nouvelle ne nous servira &agrave; rien. Nous pouvons jouer aux d&eacute;s, boire du vin de Champagne, go&ucirc;ter aux fruits les plus succulents et respirer les parfums des lilas et des roses, notre destin est fix&eacute; dans l'au-del&agrave; et le cr&acirc;ne qui sert de mesure &agrave; la vanit&eacute; de nos plaisirs peut briller d'un &eacute;clat surnaturel : lui seul sait ce que nous ne savons pas. Serons-nous jamais justifi&eacute;s ou bien au contraire &agrave; jamais damn&eacute;s ?<br />L'implacable climat de la th&eacute;ologie calviniste se manifeste dans les vanit&eacute;s hollandaises par le fait que la lumi&egrave;re ne vient ni d'en haut ni par en dessous, mais de tous c&ocirc;t&eacute;s &agrave; la fois comme sur une sc&egrave;ne de th&eacute;&acirc;tre, de sorte que tous les objets &eacute;clair&eacute;s sont plac&eacute;s dans un espace artificiel, dans un univers m&eacute;taphysique o&ugrave; r&egrave;gne le loi de Dieu.<br />Dans la vanit&eacute; tout est signe, le sablier qui se brise, le luth aux cordes rompues, le pain qui s'&eacute;miette et la bougie qui se consume. Point n'est besoin de faire surgir le squelette fantastique de la mort avec sa faux, des cercueils entrouverts avec cadavres pourrissants. N'importe quelle allusion, une fleur qui se fane, une horloge arr&ecirc;t&eacute;e par des toiles d'araign&eacute;es, une bouteille vide, nous tiennent le m&ecirc;me discours : Memento mori !<br />La peinture de vanit&eacute; est un masque destin&eacute; &agrave; rester toujours un masque, puisqu'on y dit ceci pour sugg&eacute;rer cela qui est hors de port&eacute;e de nos sens imparfaits et de notre raison limit&eacute;e. C'est de la po&eacute;sie figur&eacute;e, une sorte de r&eacute;bus qui veut nous forcer &agrave; contempler ce que nous nous refusons &agrave; regarder, ne f&ucirc;t-ce qu'un instant, ce cr&acirc;ne hideux, &agrave; la couleur ind&eacute;cise, qui fut celui de la t&ecirc;te bien-aim&eacute;e dont nous caressions les cheveux blonds et boucl&eacute;s, ou encore celui du pauvre Yorick, le bouffon dont Hamlet appr&eacute;ciait tant les malices et les jeux de mots.<br />&#8203;Le cr&acirc;ne des vanit&eacute;s est &agrave; la fois un rep&egrave;re, une enseigne (ici un homme a v&eacute;cu), un t&eacute;moignage. Il r&eacute;v&egrave;le la loi de ce monde, qu'il nous reste les yeux pour pleurer, les larmes pour compagnes et les regrets pour enjeux.<br /></div>]]></content:encoded></item><item><title><![CDATA[Souveraineté de Racine, Marcel Schneider]]></title><link><![CDATA[https://www.moncarnetdelecture.com/essais-et-reacuteflexions/souverainete-de-racine-marcel-schneider]]></link><comments><![CDATA[https://www.moncarnetdelecture.com/essais-et-reacuteflexions/souverainete-de-racine-marcel-schneider#comments]]></comments><pubDate>Wed, 21 May 2025 12:00:11 GMT</pubDate><category><![CDATA[Marcel Schneider]]></category><category><![CDATA[Schneider]]></category><category><![CDATA[Souverainet&eacute; de Racine]]></category><guid isPermaLink="false">https://www.moncarnetdelecture.com/essais-et-reacuteflexions/souverainete-de-racine-marcel-schneider</guid><description><![CDATA[       On le croit seulement le plus subtil analyste des passions d'amour, que n'a-t-on pas &eacute;crit sur le tendre et cruel Racine ? Il &eacute;tait l'un et l'autre, bien s&ucirc;r, mais aussi le ma&icirc;tre de toutes les autres passions. La haute politique avec le grand vizir Acomat, toutes les formes de l'ambition de l'astucieuse Agrippine &agrave; l'implacable Athalie, toutes les formes de la perversit&eacute; (Narcisse), de l'hyst&eacute;rie sadique (Roxane, N&eacute;ron), de la dissimu [...] ]]></description><content:encoded><![CDATA[<div><div class="wsite-image wsite-image-border-none " style="padding-top:10px;padding-bottom:10px;margin-left:0px;margin-right:0px;text-align:center"> <a href='https://www.moncarnetdelecture.com/uploads/3/0/7/8/30784827/e2c25ac5011bc3e5c73b50f164f4c09e_orig.jpg' rel='lightbox' onclick='if (!lightboxLoaded) return false'> <img src="https://www.moncarnetdelecture.com/uploads/3/0/7/8/30784827/published/e2c25ac5011bc3e5c73b50f164f4c09e.jpg?1747833197" alt="Image" style="width:603;max-width:100%" /> </a> <div style="display:block;font-size:90%"></div> </div></div>  <div class="paragraph">On le croit seulement le plus subtil analyste des passions d'amour, que n'a-t-on pas &eacute;crit sur le tendre et cruel Racine ? Il &eacute;tait l'un et l'autre, bien s&ucirc;r, mais aussi le ma&icirc;tre de toutes les autres passions. La haute politique avec le grand vizir Acomat, toutes les formes de l'ambition de l'astucieuse Agrippine &agrave; l'implacable Athalie, toutes les formes de la perversit&eacute; (Narcisse), de l'hyst&eacute;rie sadique (Roxane, N&eacute;ron), de la dissimulation (Mithridate) &agrave; l'innocence ang&eacute;lique (Aricie, Joad) et &agrave; la vertueuse chastet&eacute; (Andromaque, Monime).<br />Dans ce th&eacute;&acirc;tre d'une prodigieuse vari&eacute;t&eacute; nous trouvons un Oreste s'&eacute;criant au comble de la d&eacute;r&eacute;liction :<br />"Gr&acirc;ce aux dieux ! Mon malheur passe mon esp&eacute;rance !",<br />un Hippolyte :<br />"Le jour n'est pas plus pur que le fond de mon c&oelig;ur",<br />une B&eacute;r&eacute;nice:<br />"Dans un mois, dans un an, comment souffrirons-nous,<br />Seigneur, que tant de mers me s&eacute;parent de vous ?<br />Que le jour recommence et que le jour finisse<br />Sans que jamais Titus puisse voir B&eacute;r&eacute;nice,<br />Sans que de tout le jour je puisse voir Titus ?"<br />Il faudrait citer tous les vers que prononce Hermione, cette amoureuse qui au cours de la pi&egrave;ce voit celui qu'elle idol&acirc;tre changer trois fois de suite d'attitude et de d&eacute;cision, et surtout Ph&egrave;dre, criminelle malgr&eacute; elle, traqu&eacute;e par un destin qui ne lui laisse aucun espoir de salut, belle &acirc;me &agrave; laquelle la gr&acirc;ce a manqu&eacute;.<br /><span>La Renaissance avait eu de grands dramaturges : Jodelle, Garnier, mais leurs pi&egrave;ces tenaient plus de la d&eacute;ploration lyrique que de l'&eacute;tude des caract&egrave;res et des progr&egrave;s dans l'action. Ce sont Corneille et Racine qui ont compris que tout se r&eacute;sume au conflit de la passion, ou de la passion du devoir. Corneille opte pour la premi&egrave;re, Racine pour la seconde. Il arrive m&ecirc;me &agrave; rendre touchants certains de ses grands criminels, Ph&egrave;dre bien s&ucirc;r, mais aussi dans une certaine mesure Mithridate et Clytemnestre. Ils sont tent&eacute;s, mais ne succombent qu'une fois : leur "chute" (on dit en fran&ccedil;ais tomber dans le p&eacute;ch&eacute; ou le crime) ne se reproduit pas. Il est vrai que Ph&egrave;dre s'empoisonne et que Clytemnestre est tu&eacute;e par son fils.<br />Racine se servait de la fable, des mythes et de l'&oelig;uvre des trois grands tragiques grecs, d'Euripide plus souvent que de Sophocle ou d'Eschyle, afin de justifier son entreprise de d&eacute;nombrement de toutes les passions humaines.&nbsp; Il fait des peintures d'&acirc;mes l&agrave; o&ugrave; les tragiques grecs exposent des faits l&eacute;gendaires et la fatalit&eacute; voulue par les dieux. Mais chez les Grecs comme chez Corneille et Racine, ce qui importe surtout c'est l'inqui&eacute;tude morale et religieuse. Au XVII&egrave; si&egrave;cle elle opposa les Jans&eacute;nistes et les J&eacute;suites. A d'autres &eacute;poques elle se manifeste sous d'autres formes.</span></div>]]></content:encoded></item><item><title><![CDATA[L'Affaire Jésus, Henri Guillemin]]></title><link><![CDATA[https://www.moncarnetdelecture.com/essais-et-reacuteflexions/laffaire-jesus-henri-guillemin]]></link><comments><![CDATA[https://www.moncarnetdelecture.com/essais-et-reacuteflexions/laffaire-jesus-henri-guillemin#comments]]></comments><pubDate>Wed, 19 Jun 2024 09:40:58 GMT</pubDate><category><![CDATA[Guillemin]]></category><category><![CDATA[Henri Guillemin]]></category><category><![CDATA[L'Affaire J&eacute;sus]]></category><guid isPermaLink="false">https://www.moncarnetdelecture.com/essais-et-reacuteflexions/laffaire-jesus-henri-guillemin</guid><description><![CDATA[       Quand comprendra-t-on que le christianisme n'est pas un clan o&ugrave; l'on entre en s'y inscrivant, avec cotisation, carte de membre, et badge au revers du veston. Ni une firme avec ses rabatteurs, ni un appareil avec ses fonctionnaires. Que veut dire, &eacute;tymologiquement, "&Eacute;glise catholique" ? Deux mots grecs, dont le premier signifie "r&eacute;union", "groupement" (ekklesia est un terme profane, sans coloration religieuse) et dont le second signifie "universel". L&rsquo;&Eac [...] ]]></description><content:encoded><![CDATA[<div><div class="wsite-image wsite-image-border-none " style="padding-top:10px;padding-bottom:10px;margin-left:0px;margin-right:0px;text-align:center"> <a href='https://www.moncarnetdelecture.com/uploads/3/0/7/8/30784827/edited/a2916f61e35d29c25b10f11506121a30.jpg' rel='lightbox' onclick='if (!lightboxLoaded) return false'> <img src="https://www.moncarnetdelecture.com/uploads/3/0/7/8/30784827/published/a2916f61e35d29c25b10f11506121a30.jpg?1718804998" alt="Image" style="width:535;max-width:100%" /> </a> <div style="display:block;font-size:90%"></div> </div></div>  <div class="paragraph">Quand comprendra-t-on que le christianisme n'est pas un clan o&ugrave; l'on entre en s'y inscrivant, avec cotisation, carte de membre, et badge au revers du veston. Ni une firme avec ses rabatteurs, ni un appareil avec ses fonctionnaires. Que veut dire, &eacute;tymologiquement, "&Eacute;glise catholique" ? Deux mots grecs, dont le premier signifie "r&eacute;union", "groupement" (<em>ekklesia</em> est un terme profane, sans coloration religieuse) et dont le second signifie "universel". L&rsquo;&Eacute;glise catholique, c'est la communaut&eacute; universelle des hommes de bonne volont&eacute;; de ceux qui, au moins un peu, au moins de temps en temps, ne pensent pas exclusivement au plaisir et &agrave; leur compte en banque, ceux qui, parfois au moins, songent &agrave; autrui, &agrave; la justice, &agrave; la bont&eacute;. "<em>Tout ce qui monte converge</em>", enseignait Teilhard de Chardin. A jamais vivant en moi le souvenir de cette promenade au bord de la Helwa, pr&egrave;s d'H&eacute;liopolis, au cours de laquelle Massignon me parlait, comme lui seul savait le faire, de la vie et du martyre d'Al Hallaj, le "saint" musulman. La sagesse hindoue, si lumineuse et si profonde, j'ai pu m'en approcher aussi, mieux qu'&agrave; travers des lectures, gr&acirc;ce &agrave; trois t&eacute;moignages, &agrave; divers moments de mon existence, et je sais maintenant qui &eacute;tait et ce qu'a &agrave; nous dire un Ramana Maharshi. Ce que Claudel entrevoyait de Lao-Tseu le touchait, le remuait. Se scandalisera qui voudra - pas moi- de ce que le patriarche Ath&eacute;nagoras a dit un jour &agrave; Olivier Cl&eacute;ment : "<em>Parfois je me sens de toutes les religions.</em>"Un vieux pr&ecirc;tre, jadis passionn&eacute; de th&eacute;ologie, en &eacute;tait venu, devant telle "p&eacute;nitente" d&eacute;vor&eacute;e de scrupules, &agrave; dire, express&eacute;ment et du fond de lui-m&ecirc;me : "<em>Laissez donc la religion tranquille. Contentez-vous de r&eacute;pondre &agrave; chaque instant, aux meilleures exigences qui sont en vous; c'est &ccedil;a servir Dieu</em>." Si vous le faites, d&egrave;s que vous le faites, vous &ecirc;tes "d<em>&eacute;j&agrave; dans le Royaume.</em>"<br />Dans son essai sur <em>L'Arm&eacute;e nouvelle</em>, Jaur&egrave;s, au chapitre X, ne craint pas, d&eacute;passant les probl&egrave;mes imm&eacute;diats, d'aborder la m&eacute;taphysique. Soucieux de ne point cabrer par une affirmation abrupte ceux qu'il voulait convaincre mais dont il connaissait et ne comprenait que trop les r&eacute;flexes hostiles, il pr&eacute;f&eacute;ra le demi-mot, l'indication sugg&eacute;r&eacute;e, et se borna aux mots que voici : " <em>J'ai sur ce monde si cruellement ambigu une arri&egrave;re-pens&eacute;e sans laquelle la vie de l'esprit me semblerait &agrave; peine tol&eacute;rable &agrave; la race humaine</em>." "<em>Ce monde si cruellement ambigu</em>", c'est devant lui, sous ses pas, l'&eacute;norme question du Mal et de Dieu et de leur d&eacute;routante coexistence.<br />Aucune &eacute;nigme quant au mal que les hommes se font &agrave; eux-m&ecirc;mes et dont ils sont responsables dans l'atrocit&eacute; des innocents, mais les enfants difformes, mais les microbes et les virus, mais les catastrophes naturelles ? " <em>Le ciel et la terre sont remplis de ta gloire</em>", dit &agrave; Dieu une oraison dominicale. Vraiment ? Surabondent les documents photographiques pour confirmer - n'est-ce pas ?- ce verset, qu'ils viennent des Antilles, du Sahel ou de l'Ouganda. Le tremblement de terre de Lisbonne, le jour de la Toussaint 1755, quand les &eacute;glises &eacute;taient pleines et que le massacre, en cons&eacute;quence, fut particuli&egrave;rement r&eacute;ussi, cet immense malheur collectif fit au moins un heureux : Voltaire, tant il apportait d'eau - de sang, veux-je dire- &agrave; son moulin grondant. "<em>La Providence en a dans le cul</em>", s'esbaudissait avec &eacute;l&eacute;gance le banquier genevois Du Pan, grand admirateur de l'homme des <em>D&eacute;lices</em>, en savourant son <em>D&eacute;sastre de Lisbonne</em>. Quittons ces altitudes pour redescendre &agrave; Hugo, Hugo le croyant, que telles sombres r&eacute;alit&eacute;s effarent. A cette m&egrave;re qui voit agoniser son enfant, Hugo pr&ecirc;te ce cri qu'elle jette, ravag&eacute;e, au visage du pr&ecirc;te venu l'assister. "<em>Qu'est-ce que votre Dieu fait pendant ce temps-l&agrave; ?</em>" Pench&eacute; lui-m&ecirc;me sur un berceau, le vieux po&egrave;te qui apprend "<em>l'art d'&ecirc;tre grand-p&egrave;re</em>", contemple&nbsp; ce tout-petit, repu apr&egrave;s la t&eacute;t&eacute;e, qui dort et qui "<em>rit aux anges</em>". "<em>Cette innocence souriant &agrave; l'infini (...). Si le malheur arrive, ce sera un abus de confiance</em>." Et il arrivera, c'est certain, le malheur; parce que "c'est la vie", parce que la vie est ainsi faite. De Hugo encore, ces lignes &eacute;crites &agrave; Guernesey dans une lettre; "I<em>l pleut; il pleut sur la mer. A quoi bon ? Le Sahara a soif et r&eacute;clame. Ce n'est, tout bonnement, que l'histoire universelle, plus vraie et plus courte que celle de Bossuet</em>." La Providence, &eacute;crit Marcel L&eacute;gaut, est un postulat qu'aucun regard sur le monde tel quel "<em>ne peut rendre m&ecirc;me vraisemblable</em>". Je me souviens du vieux Claudel sous les marronniers de Brangues. Je lui parlais du Mal; je l'interrogeais. Il regardait ailleurs, non pas en haut vers les feuilles et le ciel, mais du c&ocirc;t&eacute; des grands tilleuls le long de la prairie. Il ne me r&eacute;pondait rien. Puis il se d&eacute;cida, bref et rude : "l<em>e casse-t&ecirc;te...Je ne sais pas. Je dis Oui dans le noir</em>." L'abb&eacute; Pierre,dans son petit livre La Faim interpelle l&rsquo;&Eacute;glise, s'impatiente, &agrave; juste titre et en honn&ecirc;te homme, des explications qui n'expliquent rien - &agrave; la Maritain dissertant sur ce Mal qui n'est que manque, absence, vide; le Bien seul existe; le Mal est insubstantiel, une irr&eacute;alit&eacute;. Qu'il aille un peu tenir ces propos, d'une parfaite technicit&eacute; conceptuelle, &agrave; qui l'endure, dans sa chair, ce Mal, para&icirc;t-il priv&eacute; d'&ecirc;tre ! Un dieu cr&eacute;ateur, un Dieu P&egrave;re, un Dieu Amour, qui non seulement permet, mais organise ces abominations...Pas d'issue. Les branches de la pince referment sur nous leur prison herm&eacute;tique : ou Dieu n'est pas le Bon Dieu, ou il n'est pas le Tout-Puissant. D'o&ugrave; le verdict de Camus : "La seule excuse de Dieu,c'est qu'il n'existe pas."<br />Schweitzer g&eacute;missait : "<em>La nature est une tuerie (</em>les cr&eacute;atures s'entre-d&eacute;vorent, un meurtre permanent et universel)<em>. Comment comprendre que le m&ecirc;me Dieu a fait cette nature terrifiante et nous a mis dans le coeur cette bonne volont&eacute; et cet amour ?</em>" C'est poser comme il faut la question. Car les deux choses sont &eacute;galement vraies : un monde o&ugrave; r&egrave;gne la souffrance indue; et, non moins r&eacute;elle, la connaissance par contact d'une force attractive et bonne, d'un p&ocirc;le de tendresse et de g&eacute;n&eacute;rosit&eacute;, d'un aimant-aimant; l&agrave; se situe l'ambigu&iuml;t&eacute; fondamentale. Le Nazar&eacute;en n'a rien dit sur le Mal. Il s'est content&eacute; de s'y soumettre, allant droit au supplice en toute connaissance de cause; lorsqu'il monte &agrave; J&eacute;rusalem, il sait ce qui l'attend; il pouvait ne pas accomplir cette provocation qui aboutira pour lui &agrave; la croix. Mais il a pris d&eacute;lib&eacute;r&eacute;ment ce parti dont il conna&icirc;t d'avance la sanction. Tel est l'enchev&ecirc;trement du probl&egrave;me que quelqu'un m'a dit un jour; "<em>Et si ce que l'on nomme incarnation et r&eacute;demption &eacute;tait le repentir de Dieu, sa participation volontaire &agrave; notre drame, pour nous montrer que c'est ainsi, qu'il n'y peut rien, que lui-m&ecirc;me.</em>.." La vie, quoi qu'on en fasse, et quels qu'en soient les enchantements &eacute;ph&eacute;m&egrave;res, est toujours, au total, sinistre. Etiemble, un des &ecirc;tres les plus nobles que j'ai rencontr&eacute;s, Etiemble nagu&egrave;re si violemment ennemi de la "Superstition", a r&eacute;pondu, en 1978, &agrave; une enqu&ecirc;te sur le Christ en des termes o&ugrave; ne repara&icirc;t plus rien de son ancienne et furieuse aversion. Le crucifi&eacute;, dit-il, je vois en lui &agrave; pr&eacute;sent, "<em>l'image exemplaire de notre mis&eacute;rable esp&egrave;ce</em>". Au probl&egrave;me du Mal, &eacute;crivait Mauriac dans son <em>Bloc-Notes</em> le 25 d&eacute;cembre 1967, je n'ai jamais trouv&eacute; "<em>aucune r&eacute;ponse qui puisse satisfaire ma raison</em>"; mais, chr&eacute;tien en d&eacute;pit de tout, et pariant pour l'Esp&eacute;rance, je suis "<em>comme un homme dont les v&ecirc;tements sont en feu et qui se jetterait &agrave; la mer". </em>L'Esp&eacute;rance, dit Sulivan, c'est "<em>ce qui est au-del&agrave; de l'espoir</em>". Une fois de plus laissons la parole &agrave; Hugo: Dieu, "<em>c'est l'incompr&eacute;hensible incontestable</em>".<br /></div>]]></content:encoded></item><item><title><![CDATA[Introduction à la méthode de Léonard de Vinci, Paul Valéry]]></title><link><![CDATA[https://www.moncarnetdelecture.com/essais-et-reacuteflexions/introduction-a-la-methode-de-leonard-de-vinci-paul-valery]]></link><comments><![CDATA[https://www.moncarnetdelecture.com/essais-et-reacuteflexions/introduction-a-la-methode-de-leonard-de-vinci-paul-valery#comments]]></comments><pubDate>Tue, 18 Jun 2024 14:19:55 GMT</pubDate><category><![CDATA[Introduction &agrave; la m&eacute;thode de Leonard de Vinci]]></category><category><![CDATA[Paul Val&eacute;ry]]></category><category><![CDATA[Val&eacute;ry]]></category><guid isPermaLink="false">https://www.moncarnetdelecture.com/essais-et-reacuteflexions/introduction-a-la-methode-de-leonard-de-vinci-paul-valery</guid><description><![CDATA[       Le vrai &agrave; l&rsquo;&eacute;tat brut est plus faux que le faux. Les documents nous renseignent au hasard sur la r&egrave;gle et sur l&rsquo;exception. Un chroniqueur, m&ecirc;me, pr&eacute;f&egrave;re de nous conserver les singularit&eacute;s de son &eacute;poque. Mais tout ce qui est vrai d&rsquo;une &eacute;poque ou d&rsquo;un personnage ne sert pas toujours &agrave; les mieux conna&icirc;tre. Nul n&rsquo;est identique au total exact de ses apparences&nbsp;; et qui d&rsquo;entre no [...] ]]></description><content:encoded><![CDATA[<div><div class="wsite-image wsite-image-border-none " style="padding-top:10px;padding-bottom:10px;margin-left:0px;margin-right:0px;text-align:center"> <a href='https://www.moncarnetdelecture.com/uploads/3/0/7/8/30784827/edited/5919383c5e4eac5d879e141d3339620c.jpg' rel='lightbox' onclick='if (!lightboxLoaded) return false'> <img src="https://www.moncarnetdelecture.com/uploads/3/0/7/8/30784827/published/5919383c5e4eac5d879e141d3339620c.jpg?1718721620" alt="Image" style="width:711;max-width:100%" /> </a> <div style="display:block;font-size:90%"></div> </div></div>  <div class="paragraph">Le vrai &agrave; l&rsquo;&eacute;tat brut est plus faux que le faux. Les documents nous renseignent au hasard sur la r&egrave;gle et sur l&rsquo;exception. Un chroniqueur, m&ecirc;me, pr&eacute;f&egrave;re de nous conserver les singularit&eacute;s de son &eacute;poque. Mais tout ce qui est vrai d&rsquo;une &eacute;poque ou d&rsquo;un personnage ne sert pas toujours &agrave; les mieux conna&icirc;tre. Nul n&rsquo;est identique au total exact de ses apparences&nbsp;; et qui d&rsquo;entre nous n&rsquo;a pas dit, ou qui n&rsquo;a pas fait, quelque chose qui n&rsquo;est pas <em>sienne</em>&nbsp;? Tant&ocirc;t l&rsquo;imitation, tant&ocirc;t le lapsus, ou l&rsquo;occasion, ou la seule lassitude accumul&eacute;e d&rsquo;&ecirc;tre pr&eacute;cis&eacute;ment celui qu&rsquo;on est, alt&egrave;rent pour un moment celui-l&agrave; m&ecirc;me&nbsp;; on nous croque pendant un d&icirc;ner&nbsp;; ce feuillet passe &agrave; la post&eacute;rit&eacute;, tout habit&eacute;e d&rsquo;&eacute;rudits, et nous voil&agrave; jolis pour toute l&rsquo;&eacute;ternit&eacute; litt&eacute;raire. Un visage faisant la grimace, si on le photographie dans cet instant, c&rsquo;est un document irr&eacute;cusable. Mais montrez-le aux amis du saisi&nbsp;; ils n&rsquo;y reconnaissent personne.<br />J'avais bien d&rsquo;autres sophismes &agrave; la discr&eacute;tion de mes d&eacute;go&ucirc;ts, tant la r&eacute;pugnance &agrave; de longs labeurs est ing&eacute;nieuse. Toutefois, j&rsquo;aurais peut-&ecirc;tre affront&eacute; ces ennuis, s&rsquo;ils m&rsquo;avaient paru me conduire &agrave; la fin que j&rsquo;aimais. J&rsquo;aimais dans mes t&eacute;n&egrave;bres la loi intime de ce grand L&eacute;onard. Je ne voulais pas de son histoire, ni seulement des productions de sa pens&eacute;e. De ce front charg&eacute; de couronnes, je r&ecirc;vais seulement &agrave; l&rsquo;<em>amande</em>.&hellip;<br />Que faire, parmi tant de r&eacute;futations, n&rsquo;&eacute;tant riche que de d&eacute;sirs, tout ivre que l&rsquo;on soit de cupidit&eacute; et d&rsquo;orgueil intellectuels&nbsp;?<br />Se monter la t&ecirc;te&nbsp;? Se donner enfin quelque fi&egrave;vre litt&eacute;raire&nbsp;? En cultiver le d&eacute;lire&nbsp;?<br />Je br&ucirc;lais pour un beau sujet. Que c&rsquo;est peu devant le papier&nbsp;!<br />Une grande soif, sans doute, s&rsquo;illustre elle-m&ecirc;me de ruisselantes visions&nbsp;; elle agit sur je ne sais quelles substances secr&egrave;tes comme fait la lumi&egrave;re invisible sur le verre de Boh&ecirc;me tout p&eacute;n&eacute;tr&eacute; d&rsquo;urane&nbsp;; elle &eacute;claire ce qu&rsquo;elle attend, elle diamante des cruches, elle se peint l&rsquo;opalescence de carafes. Mais ces breuvages qu&rsquo;elle se frappe ne sont que sp&eacute;cieux; mais je trouvais indigne, et je le trouve encore, d&rsquo;&eacute;crire par le seul enthousiasme. L&rsquo;enthousiasme n&rsquo;est pas un &eacute;tat d&rsquo;&acirc;me d&rsquo;&eacute;crivain.<br />Quelle grande que soit la puissance du feu, elle ne devient utile et motrice que par les machines o&ugrave; l&rsquo;art l&rsquo;engage&nbsp;; il faut que des g&ecirc;nes bien plac&eacute;es fassent obstacle &agrave; sa dissipation totale, et qu&rsquo;un retard adroitement oppos&eacute; au retour invincible de l&rsquo;&eacute;quilibre permette de soustraire quelque chose &agrave; la chute infructueuse de l&rsquo;ardeur.<br />S&rsquo;agit-il du discours, l&rsquo;auteur qui le m&eacute;dite se sent &ecirc;tre tout ensemble <em>source</em>, <em>ing&eacute;nieur</em>, et <em>contraintes</em>&nbsp;: l&rsquo;un de lui est impulsion; l&rsquo;autre pr&eacute;voit, compose, mod&egrave;re, supprime; un troisi&egrave;me, logique et m&eacute;moire, maintient les donn&eacute;es, conserve les liaisons, assure quelque dur&eacute;e &agrave; l&rsquo;assemblage <em>voulu</em>.<br /><em>&Eacute;crire</em> devant &ecirc;tre, le plus solidement et le plus exactement qu&rsquo;on le puisse, de construire cette machine de langage ou la d&eacute;tente de l&rsquo;esprit excit&eacute; se d&eacute;pense &agrave; vaincre des r&eacute;sistances <em>r&eacute;elles</em>, il exige de l&rsquo;&eacute;crivain qu&rsquo;il se divise contre lui-m&ecirc;me. C&rsquo;est en quoi seulement et strictement l&rsquo;homme tout entier est <em>auteur</em>. Tout le reste n&rsquo;est pas de <em>lui</em>, mais d&rsquo;une partie de lui, &eacute;chapp&eacute;e. Entre l&rsquo;&eacute;motion ou l&rsquo;intention initiale, et ces aboutissements que sont l&rsquo;oubli, le d&eacute;sordre, le vague, issues fatales de la pens&eacute;e, son affaire est d&rsquo;introduire les contrari&eacute;t&eacute;s qu&rsquo;il a cr&eacute;&eacute;es, afin qu&rsquo;interpos&eacute;es, elles disputent &agrave; la nature purement transitive des ph&eacute;nom&egrave;nes int&eacute;rieurs, un peu d&rsquo;action renouvelable et d&rsquo;existence ind&eacute;pendante.<br />Peut-&ecirc;tre, je m&rsquo;exag&eacute;rais en ce temps-l&agrave;, le d&eacute;faut &eacute;vident de toute litt&eacute;rature, de ne satisfaire jamais l&rsquo;ensemble de l&rsquo;esprit, je n&rsquo;aimais pas qu&rsquo;on laiss&acirc;t des fonctions oisives pendant qu&rsquo;on exerce les autres. Je puis dire aussi, (c&rsquo;est dire la m&ecirc;me chose), que je ne mettais rien au-dessus de la <em>conscience</em>&nbsp;; j&rsquo;aurais donn&eacute; bien des chefs-d&rsquo;&oelig;uvre que je croyais irr&eacute;fl&eacute;chis pour une page visiblement gouvern&eacute;e.<br />Ces erreurs, qu&rsquo;il serait ais&eacute; de d&eacute;fendre, et que je ne trouve pas encore si inf&eacute;condes que je n&rsquo;y retourne quelquefois empoisonnaient mes tentatives. Tous mes pr&eacute;ceptes, trop pr&eacute;sents et trop d&eacute;finis, &eacute;taient aussi trop universels pour me servir dans aucune circonstance. Il faut tant d&rsquo;ann&eacute;es pour que les v&eacute;rit&eacute;s que l&rsquo;on s&rsquo;est faites deviennent notre chair m&ecirc;me&nbsp;!<br />Ainsi, au lieu de trouver en moi ces conditions, ces obstacles comparables &agrave; des forces ext&eacute;rieures, qui permettent que l&rsquo;on avance contre son premier mouvement, je m&rsquo;y heurtais &agrave; des chicanes mal dispos&eacute;es&nbsp;; et je me rendais &agrave; plaisir les choses plus difficiles qu&rsquo;il e&ucirc;t d&ucirc; sembler &agrave; de si jeunes regards qu&rsquo;elles le fussent. Et je ne voyais de l&rsquo;autre c&ocirc;t&eacute; que vell&eacute;it&eacute;s, possibilit&eacute;s, facilit&eacute; d&eacute;go&ucirc;tante&nbsp;: toute une richesse involontaire, vaine comme celle des r&ecirc;ves, remuant et m&ecirc;lant l&rsquo;infini des choses us&eacute;es.<br />Si je commen&ccedil;ais de jeter les d&eacute;s sur un papier, je n&rsquo;amenais que les mots t&eacute;moins de l&rsquo;impuissance de la pens&eacute;e&nbsp;: <em>g&eacute;nie</em>, <em>myst&egrave;re</em>, <em>profond</em>&hellip; attributs qui conviennent au n&eacute;ant, renseignent moins sur leur sujet que sur la personne qui parle. J&rsquo;avais beau chercher &agrave; me leurrer, cette politique mentale &eacute;tait courte&nbsp;: je r&eacute;pondais si promptement par mes sentences impitoyables &agrave; mes naissantes propositions, que la somme de mes &eacute;changes, dans chaque instant, &eacute;tait nulle.<br />Pour comble de malheur, j&rsquo;adorais confus&eacute;ment, mais passionn&eacute;ment, la pr&eacute;cision&nbsp;; je pr&eacute;tendais vaguement &agrave; la conduite de mes pens&eacute;es.<br />Je sentais, certes, qu&rsquo;il faut bien, et de toute n&eacute;cessit&eacute;, que notre esprit compte sur ses hasards&nbsp;: fait pour l&rsquo;impr&eacute;vu, il le donne, il le re&ccedil;oit&nbsp;; ses attentes expresses sont sans effets directs, et ses op&eacute;rations volontaires ou r&eacute;guli&egrave;res ne sont utiles qu&rsquo;<em>apr&egrave;s coup</em>, comme dans une seconde vie qu&rsquo;il donnerait au plus clair de lui-m&ecirc;me. Mais je ne croyais pas &agrave; la puissance propre du d&eacute;lire, &agrave; la n&eacute;cessit&eacute; de l&rsquo;ignorance, aux &eacute;clairs de l&rsquo;absurde, &agrave; l&rsquo;incoh&eacute;rence cr&eacute;atrice. Ce que nous tenons du hasard tient toujours un peu de son p&egrave;re&nbsp;! Nos r&eacute;v&eacute;lations, pensais-je, ne sont que des &eacute;v&eacute;nements d&rsquo;un certain ordre, et il faut encore interpr&eacute;ter ces <em>&eacute;v&eacute;nements connaissants</em>. Il le faut toujours. M&ecirc;me les plus heureuses de nos intuitions sont en quelque sorte des r&eacute;sultats inexacts <em>par exc&egrave;s</em>, &agrave; l&rsquo;&eacute;gard de notre clart&eacute; ordinaire; <em>par d&eacute;faut</em>, au regard de la complexit&eacute; infinie des moindres objets et des cas r&eacute;els qu&rsquo;elles pr&eacute;tendent nous soumettre. Notre m&eacute;rite personnel, apr&egrave;s lequel nous soupirons, ne consiste pas &agrave; les subir tant qu&rsquo;&agrave; les saisir, &agrave; les saisir tant qu&rsquo;&agrave; les discuter. Et notre riposte &agrave; notre &laquo;&nbsp;g&eacute;nie&nbsp;&raquo; vaut mieux parfois que son attaque.<br />Nous savons trop, d&rsquo;ailleurs, que la probabilit&eacute; est d&eacute;favorable &agrave; ce d&eacute;mon&nbsp;: l&rsquo;esprit nous souffle sans vergogne un million de sottises pour une belle id&eacute;e qu&rsquo;il nous abandonne&nbsp;; et cette chance m&ecirc;me ne vaudra finalement quelque chose que par le traitement qui l&rsquo;accommode &agrave; notre fin. C&rsquo;est ainsi que les minerais, inappr&eacute;ciables dans <span>leurs</span> g&icirc;tes et dans leurs filons, prennent leur importance au soleil, et par les travaux de la surface.<br />Loin donc que ce soient les &eacute;l&eacute;ments intuitifs qui donnent leur valeur aux &oelig;uvres, &ocirc;tez les &oelig;uvres, et vos lueurs ne seront plus que des accidents spirituels perdus dans les statistiques de la vie locale du cerveau. Leur vrai prix ne vient pas de l&rsquo;obscurit&eacute; de leur origine, ni de la profondeur suppos&eacute;e d&rsquo;o&ugrave; nous aimerions na&iuml;vement qu&rsquo;elles sortent, et ni de la surprise pr&eacute;cieuse qu&rsquo;elles nous causent &agrave; nous-m&ecirc;mes&nbsp;; mais bien d&rsquo;une rencontre avec nos besoins, et enfin de l&rsquo;usage r&eacute;fl&eacute;chi que nous saurons en faire, c&rsquo;est-&agrave;-dire,&nbsp; de la collaboration de tout l&rsquo;homme.<br /><br />&hellip;<br /><br /><br /></div>]]></content:encoded></item><item><title><![CDATA[Droit de cité, Louis Calaferte]]></title><link><![CDATA[https://www.moncarnetdelecture.com/essais-et-reacuteflexions/droit-de-cite-louis-calaferte]]></link><comments><![CDATA[https://www.moncarnetdelecture.com/essais-et-reacuteflexions/droit-de-cite-louis-calaferte#comments]]></comments><pubDate>Tue, 25 Apr 2023 14:15:07 GMT</pubDate><category><![CDATA[Calaferte]]></category><category><![CDATA[Droit de cit&eacute;]]></category><category><![CDATA[Louis Calaferte]]></category><guid isPermaLink="false">https://www.moncarnetdelecture.com/essais-et-reacuteflexions/droit-de-cite-louis-calaferte</guid><description><![CDATA[       La connaissance passe et passera toujours par l'&eacute;crit.L'image est une diversion encourag&eacute;e par les pouvoirs. Sans valeur approfondissante, elle est de la seule cat&eacute;gorie de la sensation et, &agrave; ce titre m&ecirc;me, de cat&eacute;gorie inf&eacute;rieure.Contr&ocirc;lant l'information par l'image, les politiques ont devin&eacute; sa capacit&eacute; r&eacute;ductrice, faisant en sorte de la valoriser en tous domaines au d&eacute;triment de ce qui peut, &eacute;ventu [...] ]]></description><content:encoded><![CDATA[<div><div class="wsite-image wsite-image-border-none " style="padding-top:10px;padding-bottom:10px;margin-left:0px;margin-right:0px;text-align:center"> <a href='https://www.moncarnetdelecture.com/uploads/3/0/7/8/30784827/342532355-247372497832855-2799998588654809573-n_orig.jpg' rel='lightbox' onclick='if (!lightboxLoaded) return false'> <img src="https://www.moncarnetdelecture.com/uploads/3/0/7/8/30784827/342532355-247372497832855-2799998588654809573-n_orig.jpg" alt="Image" style="width:auto;max-width:100%" /> </a> <div style="display:block;font-size:90%"></div> </div></div>  <div class="paragraph">La connaissance passe et passera toujours par l'&eacute;crit.<br />L'image est une diversion encourag&eacute;e par les pouvoirs. Sans valeur approfondissante, elle est de la seule cat&eacute;gorie de la sensation et, &agrave; ce titre m&ecirc;me, de cat&eacute;gorie inf&eacute;rieure.<br />Contr&ocirc;lant l'information par l'image, les politiques ont devin&eacute; sa capacit&eacute; r&eacute;ductrice, faisant en sorte de la valoriser en tous domaines au d&eacute;triment de ce qui peut, &eacute;ventuellement, repr&eacute;senter pour eux un risque : la r&eacute;flexion par l'&eacute;criture.<br />Sans &ecirc;tre grand clerc, aux masses se d&eacute;tournant du livre, il est ais&eacute; de pr&eacute;dire l'accroissement des oppressions de toute autorit&eacute;. Une telle d&eacute;saffection v&eacute;hicule les dangers d'un affadissement du fait d&eacute;mocratique.<br /></div>]]></content:encoded></item><item><title><![CDATA[André Breton a-t-il dit passe, Charles Duits]]></title><link><![CDATA[https://www.moncarnetdelecture.com/essais-et-reacuteflexions/andre-breton-a-t-il-dit-passe-charles-duits]]></link><comments><![CDATA[https://www.moncarnetdelecture.com/essais-et-reacuteflexions/andre-breton-a-t-il-dit-passe-charles-duits#comments]]></comments><pubDate>Mon, 03 Apr 2023 14:43:33 GMT</pubDate><category><![CDATA[Andr&eacute; Breton a-t-il dit passe]]></category><category><![CDATA[Charles Duits]]></category><category><![CDATA[Duits]]></category><guid isPermaLink="false">https://www.moncarnetdelecture.com/essais-et-reacuteflexions/andre-breton-a-t-il-dit-passe-charles-duits</guid><description><![CDATA[        	 		 			 				 					 						     					 								 					 						  &nbsp; L'homme est un prisme aux faces innombrables: sur chacune se dessine un reflet diff&eacute;rent.Je ne fais pas le portrait de Breton; je fais (je tente de faire) le portrait de son portrait. J'essaie de d&eacute;crire l'image que je conserve de lui.Image n&eacute;cessairement fragmentaire et partisane. Fragmentaire : je n'ai ^pas vu tous les aspects de mon personnage. Partisane : au nombre des aspects qui ont &eacute;t&ea [...] ]]></description><content:encoded><![CDATA[<div><div class="wsite-image wsite-image-border-none " style="padding-top:10px;padding-bottom:10px;margin-left:0px;margin-right:0px;text-align:center"> <a href='https://www.moncarnetdelecture.com/uploads/3/0/7/8/30784827/339446740-630738225626564-6690413926381867240-n_orig.jpg' rel='lightbox' onclick='if (!lightboxLoaded) return false'> <img src="https://www.moncarnetdelecture.com/uploads/3/0/7/8/30784827/published/339446740-630738225626564-6690413926381867240-n.jpg?1681307160" alt="Image" style="width:526;max-width:100%" /> </a> <div style="display:block;font-size:90%"></div> </div></div>  <div><div class="wsite-multicol"><div class="wsite-multicol-table-wrap" style="margin:0 -15px;"> 	<table class="wsite-multicol-table"> 		<tbody class="wsite-multicol-tbody"> 			<tr class="wsite-multicol-tr"> 				<td class="wsite-multicol-col" style="width:13.856209150327%; padding:0 15px;"> 					 						  <div class="wsite-spacer" style="height:50px;"></div>   					 				</td>				<td class="wsite-multicol-col" style="width:72.941176470588%; padding:0 15px;"> 					 						  <div class="paragraph">&nbsp; L'homme est un prisme aux faces innombrables: sur chacune se dessine un reflet diff&eacute;rent.<br />Je ne fais pas le portrait de Breton; je fais (je tente de faire) le portrait de son portrait. J'essaie de d&eacute;crire <em>l'image</em> que je conserve de lui.<br />Image n&eacute;cessairement fragmentaire et partisane. Fragmentaire : je n'ai ^pas vu tous les aspects de mon personnage. Partisane : au nombre des aspects qui ont &eacute;t&eacute; vus, il en est qui me paraissent plus importants que d'autres. Si je me trompais ? On ne peut que se poser la question.<br />C'est un<em> autre</em> qui a connu Breton, l'a aim&eacute;. L'un de mes fant&ocirc;mes, et je ne suis pas s&ucirc;r de porter sur les &ecirc;tres et les choses les m&ecirc;mes jugements que lui. Peut-&ecirc;tre l'admiration l'aveuglait-elle ou l'incitait-elle &agrave; conf&eacute;rer plus de signification &agrave; certaines paroles que ne l'e&ucirc;t fait un observateur impartial. Et aussi &agrave; minimiser d'autres paroles, violentes, injustes, cruelles. A faire trop largement la part du feu, en somme.<br />Pour &ecirc;tre tout &agrave; fait pr&eacute;cis : le lecteur peut &agrave; bon titre me reprocher de laisser dans l'ombre les petitesses de Breton. De mentir par omission, car ces petitesses sont nombreuses, et tr&egrave;s visibles dans ses livres, o&ugrave; bien des fois para&icirc;t un homme arrogant, trop s&ucirc;r de former une image exacte de l'avenir pour pardonner &agrave; ceux qui en forment une image diff&eacute;rente; tir&eacute; &agrave; hue par ses indignations et &agrave; dia par ses enthousiasmes; plus soucieux de persuader que de convaincre. Un homme qui avec trop de facilit&eacute; attribue &agrave; ses adversaires des intentions ignobles et se pla&icirc;t, si l'on peut ainsi parler, &agrave; dilater l'erreur en crime.<br />Que r&eacute;pondre ? Je ne suis pas un critique. Les puces du livre, je pense que je peux et m&ecirc;me que je dois laisser &agrave; ceux que la t&acirc;che int&eacute;resse le soin de les compter. Mon dessein est diff&eacute;rent. Je m'efforce de mettre en mots ce que je nomme en mon langage personnel un <em>psychoglyphe</em> : la figure complexe que dessine dans l'espace mental un ensemble de souvenirs. Et ce travail je le fais honn&ecirc;tement.<br /></div>   					 				</td>				<td class="wsite-multicol-col" style="width:13.202614379085%; padding:0 15px;"> 					 						  <div class="wsite-spacer" style="height:50px;"></div>   					 				</td>			</tr> 		</tbody> 	</table> </div></div></div>]]></content:encoded></item><item><title><![CDATA[Au-dessus de la mêlée, Romain Rolland]]></title><link><![CDATA[https://www.moncarnetdelecture.com/essais-et-reacuteflexions/au-dessus-de-la-melee-romain-rolland]]></link><comments><![CDATA[https://www.moncarnetdelecture.com/essais-et-reacuteflexions/au-dessus-de-la-melee-romain-rolland#comments]]></comments><pubDate>Wed, 29 Mar 2023 10:05:17 GMT</pubDate><category><![CDATA[Au-dessus de la m&ecirc;l&eacute;e]]></category><category><![CDATA[Rolland]]></category><category><![CDATA[Romain Rolland]]></category><guid isPermaLink="false">https://www.moncarnetdelecture.com/essais-et-reacuteflexions/au-dessus-de-la-melee-romain-rolland</guid><description><![CDATA[        	 		 			 				 					 						     					 								 					 						  Ainsi, les trois plus grands peuples d&rsquo;Occident, les gardiens de la civilisation, s&rsquo;acharnent &agrave; leur ruine ? [...] Ces guerres, je le sais, les chefs d&rsquo;&Eacute;tats qui en sont les auteurs criminels n&rsquo;osent en accepter la responsabilit&eacute; ; chacun s&rsquo;efforce sournoisement d&rsquo;en rejeter la charge sur l&rsquo;adversaire. Et les peuples qui suivent, dociles, se r&eacute;signent en disan [...] ]]></description><content:encoded><![CDATA[<div><div class="wsite-image wsite-image-border-none " style="padding-top:10px;padding-bottom:10px;margin-left:0px;margin-right:0px;text-align:center"> <a href='https://www.moncarnetdelecture.com/uploads/3/0/7/8/30784827/edited/83985800121e926931151472f0d70981.jpg' rel='lightbox' onclick='if (!lightboxLoaded) return false'> <img src="https://www.moncarnetdelecture.com/uploads/3/0/7/8/30784827/published/83985800121e926931151472f0d70981.jpg?1680084966" alt="Image" style="width:618;max-width:100%" /> </a> <div style="display:block;font-size:90%"></div> </div></div>  <div><div class="wsite-multicol"><div class="wsite-multicol-table-wrap" style="margin:0 -15px;"> 	<table class="wsite-multicol-table"> 		<tbody class="wsite-multicol-tbody"> 			<tr class="wsite-multicol-tr"> 				<td class="wsite-multicol-col" style="width:7.7126979890783%; padding:0 15px;"> 					 						  <div class="wsite-spacer" style="height:50px;"></div>   					 				</td>				<td class="wsite-multicol-col" style="width:84.970401574592%; padding:0 15px;"> 					 						  <div class="paragraph">Ainsi, les trois plus grands peuples d&rsquo;Occident, les gardiens de la civilisation, s&rsquo;acharnent &agrave; leur ruine ? [...] Ces guerres, je le sais, les chefs d&rsquo;&Eacute;tats qui en sont les auteurs criminels n&rsquo;osent en accepter la responsabilit&eacute; ; chacun s&rsquo;efforce sournoisement d&rsquo;en rejeter la charge sur l&rsquo;adversaire. Et les peuples qui suivent, dociles, se r&eacute;signent en disant qu&rsquo;une puissance plus grande que les hommes a tout conduit. On entend, une fois de plus, le refrain s&eacute;culaire : &laquo; Fatalit&eacute; de la guerre, plus forte que toute volont&eacute; &raquo;, &mdash; le vieux refrain des troupeaux, qui font de leur faiblesse un dieu, et qui l&rsquo;adorent. Les hommes ont invent&eacute; le destin, afin de lui attribuer les d&eacute;sordres de l&rsquo;univers, qu&rsquo;ils ont pour devoir de gouverner. Point de fatalit&eacute; ! La fatalit&eacute;, c&rsquo;est ce que nous voulons. Et c&rsquo;est aussi, plus souvent, ce que nous ne voulons pas assez. Qu&rsquo;en ce moment, chacun de nous fasse son mea culpa ! Cette &eacute;lite intellectuelle, ces &Eacute;glises, ces partis ouvriers, n&rsquo;ont pas voulu la guerre... Soit !... Qu&rsquo;ont-ils fait pour l&rsquo;emp&ecirc;cher ? Que font-ils pour l&rsquo;att&eacute;nuer ? Ils attisent l&rsquo;incendie. Chacun y porte son fagot.<br />&nbsp;&nbsp; Le trait le plus frappant de cette monstrueuse &eacute;pop&eacute;e, le fait sans pr&eacute;c&eacute;dent est, dans chacune des nations en guerre, l&rsquo;unanimit&eacute; pour la guerre. C&rsquo;est comme une contagion de fureur meurtri&egrave;re. [...] &Agrave; cette &eacute;pid&eacute;mie, pas un n&rsquo;a r&eacute;sist&eacute;. Plus une pens&eacute;e libre qui ait r&eacute;ussi &agrave; se tenir hors d&rsquo;atteinte du fl&eacute;au. Il semble que sur cette m&ecirc;l&eacute;e des peuples, o&ugrave;, quelle qu&rsquo;en soit l&rsquo;issue, l&rsquo;Europe sera mutil&eacute;e, plane une sorte d&rsquo;ironie d&eacute;moniaque. Ce ne sont pas seulement les passions de races, qui lancent aveuglement les millions d&rsquo;hommes les uns contre les autres, comme des fourmili&egrave;res, et dont les pays neutres eux-m&ecirc;mes ressentent le dangereux frisson ; c&rsquo;est la raison, la foi, la po&eacute;sie, la science, toutes les forces de l&rsquo;esprit qui sont enr&eacute;giment&eacute;es, et se mettent, dans chaque &Eacute;tat, &agrave; la suite des arm&eacute;es. Dans l&rsquo;&eacute;lite de chaque pays, pas un qui ne proclame et ne soit convaincu que la cause de son peuple est la cause de Dieu, la cause de la libert&eacute; et du progr&egrave;s humains. Et je le proclame aussi...<br />&nbsp;&nbsp; Allons, ressaisissons-nous ! Quelle que soit la nature et la virulence de la contagion-&eacute;pid&eacute;mie morale, forces cosmiques- &mdash; ne peut-on r&eacute;sister ? On combat une peste, on lutte m&ecirc;me pour parer aux d&eacute;sastres d&rsquo;un tremblement de terre. [...] Ainsi, l&rsquo;amour de la patrie ne pourrait fleurir que dans la haine des autres patries et le massacre de ceux qui se livrent &agrave; leur d&eacute;fense ? Il y a dans cette proposition une f&eacute;roce absurdit&eacute; et je ne sais quel dilettantisme n&eacute;ronien, qui me r&eacute;pugnent, qui me r&eacute;pugnent, jusqu&rsquo;au fond de mon &ecirc;tre. Non, l&rsquo;amour de ma patrie ne veut pas que je ha&iuml;sse et que je tue les &acirc;mes pieuses et fid&egrave;les qui aiment les autres patries. Il veut que je les honore et que je cherche &agrave; m&rsquo;unir &agrave; elles pour notre bien commun.<br />&nbsp;&nbsp; Vous, chr&eacute;tiens, pour vous consoler de trahir les ordres de votre Ma&icirc;tre, vous dites que la guerre exalte les vertus de sacrifice. Et il est vrai qu&rsquo;elle a le privil&egrave;ge de faire surgir des c&oelig;urs les plus m&eacute;diocres le g&eacute;nie de la race. Elle br&ucirc;le dans son bain de feu les scories, les souillures ; elle trempe le m&eacute;tal des &acirc;mes ; d&rsquo;un paysan avare, d&rsquo;un bourgeois timor&eacute;, elle peut faire demain un h&eacute;ros de Valmy. Mais n&rsquo;y a-t-il pas de meilleur emploi au d&eacute;vouement d&rsquo;un peuple que la ruine des autres peuples ? Et ne peut-on se sacrifier, chr&eacute;tiens, qu&rsquo;en sacrifiant son prochain avec soi ? Je sais bien, pauvres gens, que beaucoup d&rsquo;entre vous offrent plus volontiers leur sang qu&rsquo;ils ne versent celui des autres... Mais quelle faiblesse, au fond ! Avouez-donc que vous qui ne tremblez pas devant les balles et les shrapnells, vous tremblez devant l&rsquo;opinion soumise &agrave; l&rsquo;idole sanglante, plus haute que le tabernacle de J&eacute;sus : l&rsquo;orgueil de race jaloux ! Chr&eacute;tiens d&rsquo;aujourd&rsquo;hui, vous n&rsquo;eussiez pas &eacute;t&eacute; capables de refuser le sacrifice aux dieux de la Rome imp&eacute;riale. Votre pape, Pie X, est mort de douleur, dit-on, de voir &eacute;clater cette guerre. Il s&rsquo;agissait bien de mourir ! Le Jupiter du Vatican, qui prodigua sa foudre contre les pr&ecirc;tres inoffensifs que tentait la noble chim&egrave;re du modernisme, qu&rsquo;a-t-il fait contre ces princes, contre ces chefs criminels, dont l&rsquo;ambition sans mesure a d&eacute;cha&icirc;n&eacute; sur le monde la mis&egrave;re et la mort ! Que Dieu inspire au nouveau pontife, qui vient de monter sur le tr&ocirc;ne de Saint-Pierre, les paroles et les actes qui lavent l&rsquo;&Eacute;glise de ce silence !<br />&nbsp;&nbsp; Quant &agrave; vous, socialistes, qui pr&eacute;tendez, chacun, d&eacute;fendre la libert&eacute; contre la tyrannie - Fran&ccedil;ais contre le Kaiser-, &mdash; -Allemands contre le Tsar-, s&rsquo;agit-il de d&eacute;fendre un despotisme contre un autre despotisme ? Combattez-les tous deux et mettez-vous ensemble ! Entre nos peuples d&rsquo;Occident, il n&rsquo;y avait aucune raison de guerre. En d&eacute;pit de ce que r&eacute;p&egrave;te une presse envenim&eacute;e par une minorit&eacute; qui a son int&eacute;r&ecirc;t &agrave; entretenir ces haines, fr&egrave;res de France, fr&egrave;res d&rsquo;Angleterre, fr&egrave;res d&rsquo;Allemagne, nous ne nous ha&iuml;ssons pas. Je vous connais, je nous connais. Nos peuples ne demandaient que la paix et que la libert&eacute;. Le tragique du combat, pour qui serait plac&eacute; au centre de la m&ecirc;l&eacute;e et qui pourrait plonger son regard, des hauts plateaux de Suisse, dans tous les camps ennemis, c&rsquo;est que chacun des peuples est vraiment menac&eacute; dans ses biens les plus chers, dans son ind&eacute;pendance, son honneur et sa vie. Mais qui a lanc&eacute; sur eux ces fl&eacute;aux ? Qui les a accul&eacute;s &agrave; cette n&eacute;cessit&eacute; d&eacute;sesp&eacute;r&eacute;e, d&rsquo;&eacute;craser l&rsquo;adversaire ou de mourir ? Qui, sinon leurs &Eacute;tats, et d&rsquo;abord (&agrave; mon sens), les trois grands coupables, les trois aigles rapaces, les trois Empires, la tortueuse politique de la maison d&rsquo;Autriche, le tsarisme d&eacute;vorant, et la Prusse brutale ! Le pire ennemi n&rsquo;est pas au dehors des fronti&egrave;res, il est dans chaque nation ; et aucune nation n&rsquo;a le courage de le combattre. C&rsquo;est ce monstre &agrave; cent t&ecirc;tes, qui se nomme l&rsquo;imp&eacute;rialisme, cette volont&eacute; d&rsquo;orgueil et de domination, qui veut tout absorber, ou soumettre, ou briser, qui ne tol&egrave;re point de grandeur libre, hors d&rsquo;elle. Le plus dangereux pour nous, hommes de l&rsquo;Occident, celui dont la menace lev&eacute;e sur la t&ecirc;te de l&rsquo;Europe l&rsquo;a forc&eacute;e &agrave; s&rsquo;unir en armes contre lui, est cet imp&eacute;rialisme prussien, qui est l&rsquo;expression d&rsquo;une caste militaire et f&eacute;odale, fl&eacute;au non pas seulement pour le reste du monde, mais pour l&rsquo;Allemagne m&ecirc;me dont il a savamment empoisonn&eacute; la pens&eacute;e. C&rsquo;est lui qu&rsquo;il faut d&eacute;truire d&rsquo;abord. Mais il n&rsquo;est pas le seul. Le tsarisme aura son tour. Chaque peuple a, plus ou moins, son imp&eacute;rialisme ; quelle qu&rsquo;en soit la forme, militaire, financier, f&eacute;odal, r&eacute;publicain, social, intellectuel, il est la pieuvre qui suce le meilleur sang de l&rsquo;Europe. Contre lui, reprenons, hommes libres de tous les pays, d&egrave;s que la guerre sera finie, la devise de Voltaire !<br /><br /></div>   					 				</td>				<td class="wsite-multicol-col" style="width:7.31690043633%; padding:0 15px;"> 					 						  <div class="wsite-spacer" style="height:50px;"></div>   					 				</td>			</tr> 		</tbody> 	</table> </div></div></div>]]></content:encoded></item><item><title><![CDATA[La Guerre comme expérience intérieure, Ernst Jünger]]></title><link><![CDATA[https://www.moncarnetdelecture.com/essais-et-reacuteflexions/la-guerre-comme-experience-interieure-ernst-junger]]></link><comments><![CDATA[https://www.moncarnetdelecture.com/essais-et-reacuteflexions/la-guerre-comme-experience-interieure-ernst-junger#comments]]></comments><pubDate>Wed, 29 Mar 2023 07:29:51 GMT</pubDate><category><![CDATA[Ernst J&uuml;nger]]></category><category><![CDATA[J&uuml;nger]]></category><category><![CDATA[La Guerre comme exp&eacute;rience int&eacute;rieure]]></category><guid isPermaLink="false">https://www.moncarnetdelecture.com/essais-et-reacuteflexions/la-guerre-comme-experience-interieure-ernst-junger</guid><description><![CDATA[       &nbsp;De m&ecirc;me que l'homme s'&eacute;difie sur l'animal et ses contingences, de m&ecirc;me il s'enracine dans tout ce que ses p&egrave;res ont cr&eacute;&eacute; au cours des temps avec leurs poings, leur c&oelig;ur et leur cerveau. Ses g&eacute;n&eacute;rations ressemblent aux strates d'un &eacute;tat corallien ; pas le moindre fragment n'est pensable sans d'autres en nombre infini, depuis longtemps &eacute;teints, sur lesquels il se fonde. L&rsquo;homme est le porteur, le vaisseau  [...] ]]></description><content:encoded><![CDATA[<div><div class="wsite-image wsite-image-border-none " style="padding-top:10px;padding-bottom:10px;margin-left:0px;margin-right:0px;text-align:center"> <a href='https://www.moncarnetdelecture.com/uploads/3/0/7/8/30784827/edited/ef256320c3385c00ac5f6991a0fee37f.jpg' rel='lightbox' onclick='if (!lightboxLoaded) return false'> <img src="https://www.moncarnetdelecture.com/uploads/3/0/7/8/30784827/published/ef256320c3385c00ac5f6991a0fee37f.jpg?1680083341" alt="Image" style="width:auto;max-width:100%" /> </a> <div style="display:block;font-size:90%"></div> </div></div>  <div class="paragraph">&nbsp;De m&ecirc;me que l'homme s'&eacute;difie sur l'animal et ses contingences, de m&ecirc;me il s'enracine dans tout ce que ses p&egrave;res ont cr&eacute;&eacute; au cours des temps avec leurs poings, leur c&oelig;ur et leur cerveau. Ses g&eacute;n&eacute;rations ressemblent aux strates d'un &eacute;tat corallien ; pas le moindre fragment n'est pensable sans d'autres en nombre infini, depuis longtemps &eacute;teints, sur lesquels il se fonde. L&rsquo;homme est le porteur, le vaisseau sans cesse m&eacute;tamorphos&eacute; de tout ce qui avant lui fut fait, pens&eacute; et ressenti. Il est aussi l'h&eacute;ritier de tout le d&eacute;sir qui avant lui en a pouss&eacute; d'autres, avec une force irr&eacute;sistible, vers des buts au loin drap&eacute;s dans les brumes.<br />&nbsp; Les hommes continuent d'&oelig;uvrer &agrave; l'&eacute;rection d'une tour d'incommensurable hauteur, faite de leurs g&eacute;n&eacute;rations, des &eacute;tats de leur &ecirc;tre entass&eacute;s l'un sur l'autre, dans le sang, le d&eacute;sir et l'agonie.<br />&nbsp; Certes, la tour s'&eacute;lance &agrave; toujours plus abruptes hauteurs, ses merlons haussent l'homme au pavois du vainqueur supr&ecirc;me, le regard se repa&icirc;t de terres chaque fois plus grandes et plus riches, mais l'&eacute;dification n'en est pas pour autant r&eacute;guli&egrave;re et tranquille. Souvent l'ouvrage est menac&eacute;, des murs s'&eacute;croulent ou sont abattus par les sots, les d&eacute;courag&eacute;s, les d&eacute;sesp&eacute;r&eacute;s. Les contrecoups d'&eacute;tats de choses qu&rsquo;on a cru depuis longtemps surmont&eacute;s, les &eacute;ruptions des forces &eacute;l&eacute;mentaires qui bouillonnaient &agrave; gros remous sous la cro&ucirc;te raidie r&eacute;v&egrave;lent la puissante vitalit&eacute; des &eacute;nergies imm&eacute;moriales.<br />&nbsp; L&rsquo;individu se construit, pareillement, de pierres innombrables. Il tra&icirc;ne derri&egrave;re lui sur le sol la cha&icirc;ne sans fin des a&iuml;eux ; il est ligot&eacute; et cousu par mille liens et fils invisibles aux racines entrelac&eacute;es de la palud&eacute;enne et primordiale for&ecirc;t dont la fermentation torride a couv&eacute; son germe premier. Certes la sauvagerie, la brutalit&eacute;, la couleur crue propre &agrave; l'instinct se sont liss&eacute;es, polies, estomp&eacute;es au fil des mill&eacute;naires o&ugrave; la soci&eacute;t&eacute; brida la pulsion des app&eacute;tits et des d&eacute;sirs. Certes un raffinement croissant l'a d&eacute;cant&eacute; et ennobli, mais le bestial n&rsquo;en dort pas moins toujours au fond de son &ecirc;tre. Toujours il est en lui beaucoup de la b&ecirc;te, sommeillante sur les tapis confortables et bien tiss&eacute;s d'une civilisation lisse, d&eacute;grossie, dont les rouages s'engr&egrave;nent sans heurts, drap&eacute;e dans l'habitude et les formes plaisantes ; mais la sinuso&iuml;de de la vie fait-elle brusquement retour &agrave; la ligne rouge du primitif, alors les masques tombent : nu comme il l'a toujours &eacute;t&eacute;, le voil&agrave; qui surgit, l'homme premier, l&rsquo;homme des cavernes, totalement effr&eacute;n&eacute; dans le d&eacute;cha&icirc;nement des instincts. L&rsquo;atavisme surgit en lui, sempiternel retour de flamme d&egrave;s lors que la vie se rappelle &agrave; ses fonctions primitives. Le sang, qui dans le cycle machinal des villes, ses nids de pierre, irriguait froid et r&eacute;gulier les veines, bouillonne &eacute;cumant, et la roche primitive, longtemps froide et roide couch&eacute;e dans des profondeurs enfouies, fond &agrave; nouveau, chauff&eacute;e &agrave; blanc. Elle lui siffle &agrave; la face, jet de flamme dard&eacute;e qui le d&eacute;vore par surprise, s'il se risque &agrave; descendre au labyrinthe des puits. D&eacute;chir&eacute; par la faim, dans la m&ecirc;l&eacute;e haletante des sexes, dans le choc du combat &agrave; mort, il reste tel qu&rsquo;il fut toujours.<br />&nbsp; Au combat, qui d&eacute;pouille l'homme de toute convention comme des loques rapi&eacute;c&eacute;es d'un mendiant, la b&ecirc;te se fait jour, monstre myst&eacute;rieux resurgi des tr&eacute;fonds de l'&acirc;me. Elle jaillit en d&eacute;vorant geyser de flamme, irr&eacute;sistible griserie qui enivre les masses, divinit&eacute; tr&ocirc;nant au-dessus des arm&eacute;es. Lorsque toute pens&eacute;e, lorsque tout acte se ram&egrave;nent &agrave; une formule, il faut que les sentiments eux-m&ecirc;mes r&eacute;gressent et se confondent, se conforment &agrave; l'effrayante simplicit&eacute; du but : an&eacute;antir l'adversaire. Il n&rsquo;en sera pas autrement, tant qu'il y aura des hommes.<br /><br /></div>]]></content:encoded></item><item><title><![CDATA[La Folie du dix-septième siècle, Italie barbare, Curzio Malaparte]]></title><link><![CDATA[https://www.moncarnetdelecture.com/essais-et-reacuteflexions/la-folie-du-dix-septieme-siecle-italie-barbare-curzio-malaparte]]></link><comments><![CDATA[https://www.moncarnetdelecture.com/essais-et-reacuteflexions/la-folie-du-dix-septieme-siecle-italie-barbare-curzio-malaparte#comments]]></comments><pubDate>Sun, 06 Mar 2022 08:09:56 GMT</pubDate><category><![CDATA[Italie barbare]]></category><category><![CDATA[La Folie du dix-septi&egrave;me si&egrave;cle]]></category><category><![CDATA[Malaparte]]></category><guid isPermaLink="false">https://www.moncarnetdelecture.com/essais-et-reacuteflexions/la-folie-du-dix-septieme-siecle-italie-barbare-curzio-malaparte</guid><description><![CDATA[        	 		 			 				 					 						     					 								 					 						  Ces hommes d&eacute;lirants, souvent appel&eacute;s les "hommes de la Contre-R&eacute;forme", on les crut n&eacute;s de femmes latines viol&eacute;es par des barbares; en r&eacute;alit&eacute;, ils paraissaient issus d'un accouplement myst&eacute;rieux. Quoique le squelette et les traits r&eacute;v&eacute;laient leur souche tr&egrave;s ancienne et montraient clairement leur origine &eacute;trusque, ils n'avaient pas l'air d'avoi [...] ]]></description><content:encoded><![CDATA[<div><div class="wsite-image wsite-image-border-none " style="padding-top:10px;padding-bottom:10px;margin-left:0px;margin-right:0px;text-align:center"> <a href='https://www.moncarnetdelecture.com/uploads/3/0/7/8/30784827/edited/628f8d50762388266c0d2549ceb85583.jpg' rel='lightbox' onclick='if (!lightboxLoaded) return false'> <img src="https://www.moncarnetdelecture.com/uploads/3/0/7/8/30784827/published/628f8d50762388266c0d2549ceb85583.jpg?1646582040" alt="Photo" style="width:733;max-width:100%" /> </a> <div style="display:block;font-size:90%"></div> </div></div>  <div><div class="wsite-multicol"><div class="wsite-multicol-table-wrap" style="margin:0 -0px;"> 	<table class="wsite-multicol-table"> 		<tbody class="wsite-multicol-tbody"> 			<tr class="wsite-multicol-tr"> 				<td class="wsite-multicol-col" style="width:2.4199197967119%; padding:0 0px;"> 					 						  <div class="wsite-spacer" style="height:50px;"></div>   					 				</td>				<td class="wsite-multicol-col" style="width:95.29251740025%; padding:0 0px;"> 					 						  <div class="paragraph">Ces hommes d&eacute;lirants, souvent appel&eacute;s les "hommes de la Contre-R&eacute;forme", on les crut n&eacute;s de femmes latines viol&eacute;es par des barbares; en r&eacute;alit&eacute;, ils paraissaient issus d'un accouplement myst&eacute;rieux. Quoique le squelette et les traits r&eacute;v&eacute;laient leur souche tr&egrave;s ancienne et montraient clairement leur origine &eacute;trusque, ils n'avaient pas l'air d'avoir travers&eacute; nos quinzi&egrave;me et seizi&egrave;me si&egrave;cles tant ils semblaient diff&eacute;rents et d&eacute;traqu&eacute;s. Qui les vit de pr&egrave;s, dans les pays les plus inattendus, construire des &eacute;glises et des palais, jeter des ponts, r&eacute;aliser des machines et des engins de toutes sortes, planter des jardins, peindre des tableaux, couvrir des murs de fresques, sculpter des statues, qui les vit embrouiller, trahir, s&eacute;duire peuples et rois, &eacute;v&ecirc;ques et reines, attiser les b&ucirc;chers, exciter la pl&egrave;be ou conduire des arm&eacute;es, non avec la d&eacute;fiance perverse des contemporains de Laurent le Magnifique mais avec cette humeur folle et fantasque qu'on rel&egrave;ve chez tant d'Italiens du si&egrave;cle pr&eacute;c&eacute;dent - l'Ar&eacute;tin, Cellini, Bernin, Lasca et d'autres-, qui les vit de pr&egrave;s eut l'impression de fanatiques r&eacute;chapp&eacute;s de l'&eacute;croulement d'un temple ou de g&eacute;ants s'ouvrant le ventre dans des &eacute;clats de rire effroyables, des hurlements et des grimaces pour montrer le m&eacute;canisme de leur folie, sortes de Roi Lear d&eacute;lirant dans la temp&ecirc;te. (...)<br />Incapables d'interroger la nature avec l&rsquo;&oelig;il neuf des hommes du quinzi&egrave;me si&egrave;cle qui furent surtout curieux de d&eacute;couvrir ce qu'elle cachait, et occup&eacute;s &agrave; d&eacute;couvrir son sens en fonction de leur &acirc;me et selon leurs extraordinaires dispositions plastiques, incapables, donc, de r&eacute;v&eacute;ler l'herm&eacute;tisme du monde par une vision, une &eacute;valuation juste des &eacute;l&eacute;ments traditionnels et des inqui&eacute;tudes v&eacute;ritables, les hommes du dix-septi&egrave;me si&egrave;cle tourment&egrave;rent furieusement les choses pour essayer de les ouvrir; ne parvenant pas &agrave; bien distinguer, de leurs yeux brouill&eacute;s, ce qu'il y avait &agrave; l'int&eacute;rieur, ils devinrent des anatomistes de la nature, mais des anatomistes fous, et entreprirent de la fouiller, la vider, avec la rage des enfants qui &eacute;ventrent des jouets, sortant, en vrac, tout ce que leurs a&icirc;n&eacute;s avaient d&eacute;j&agrave; vu et mont&eacute; &agrave; leur mani&egrave;re, c'est-&agrave;-dire sans rien profaner ni ab&icirc;mer et feignant, consciemment, de n'avoir rien d&eacute;couvert.<br />Alors, des ruines et de la grande confusion qui s'ensuivirent, ces hommes extraordinaires, qui semblaient avoir perdu le sens de la mesure et &eacute;prouver l'orgueil de la disproportion et du gigantisme, r&eacute;ussirent &agrave; tirer et &agrave; composer un art qui tient du fantastique et de la g&eacute;ographie, riche d'impr&eacute;vu et de musique, d'&eacute;pouvantes et d'obsessions, comme agit&eacute; et boulevers&eacute; par un d&eacute;sir f&eacute;roce d'accouplements monstrueux.<br />Quand je contemple le spectacle troublant de l'art du dix-septi&egrave;me si&egrave;cle, l'architecture par exemple, mon imagination me r&eacute;v&egrave;le, dans les fa&ccedil;ades des palais et des &eacute;glises, les cours int&eacute;rieures, les colonnades, les vo&ucirc;tes, les coupoles, comme dans toute la vari&eacute;t&eacute; et la surabondance des motifs architecturaux du si&egrave;cle de Cardano, une profondeur et une amplitude qui font de cet art une imitation fantastique de la terre, de ses formes et de ses innombrables aspects - une sorte d'art g&eacute;ographique.<br />(...) La nature y est entr&eacute;e en ma&icirc;tre, a ouvert des espaces et des perspectives, &eacute;clair&eacute; des angles jamais vus, permis &agrave; l'ombre et &agrave; la lumi&egrave;re de jouer librement avec les aspects et les formes, comme, dans la r&eacute;alit&eacute;, les silhouettes jouent avec le paysage et le temps. Les hommes, qui seuls jusqu'alors avaient servi de mod&egrave;les &agrave; la sculpture, y sont repr&eacute;sent&eacute;s mais aussi les animaux, les plantes, l'eau, les rayons du soleil et toute chose naturelle, de sorte qu'on confondrait ais&eacute;ment cet art avec un genre particulier de peinture. Cela donne une id&eacute;e de la folie de ces hommes hors du commun qui, sachant tout faire avec la m&ecirc;me facilit&eacute;, ne distinguaient plus les arts entre eux et voyaient le monde en peintres, sculpteurs et architectes &agrave; la fois. Ainsi les formes ont-elles un relief incroyable en peinture; la lumi&egrave;re et l'ombre ne se m&eacute;langent pas comme dans les tableaux du quinzi&egrave;me si&egrave;cle, elles fa&ccedil;onnent d'une l'autre et proc&egrave;dent par contrastes aux effets imm&eacute;diats, efficaces mais grossiers et fugaces pour qui les regarde. Le traitement du relief et de la lumi&egrave;re n'est pas la seule nouveaut&eacute; qu'on y trouve : on est surpris par les innombrables reproductions d'animaux, d'arbres &eacute;tranges et exotiques, par la vari&eacute;t&eacute; des sujets - hommes, villages, poissons morts, verres et choses communes ou tr&egrave;s rares, abjectes ou raffin&eacute;es. J'y vois la preuve de l'obsession de la recherche, par ces artistes inou&iuml;s, du d&eacute;s&eacute;quilibre, le signe de la fureur aveugle qu'ils ont mise &agrave; &eacute;ventrer la nature et &agrave; en retirer ce qu'elle cache.<br />Le curieux qui voudrait savoir ce qui a pouss&eacute; les hommes du dix-septi&egrave;me si&egrave;cle &agrave; repr&eacute;senter des pays fantastiques, des plantes et des fleurs monstrueuses d&eacute;couvrirait combien ils ont &eacute;t&eacute; impressionn&eacute;s par les r&eacute;cits mal&eacute;fiques des navigateurs et comment les merveilles des Indes occidentales ont modifi&eacute; la perception claire et traditionnelle du paysage. Influence plus que regrettable quand on songe aux tableaux de Filippino Lippi et de L&eacute;onard de Vinci, qu'on les compare &agrave; ceux des peintres du dix-septi&egrave;me si&egrave;cle, ou aux affreuses d&eacute;corations des niches des statues des Fleuves au carrefour des Quatre Fontaines, ici &agrave; Rome.<br />Cependant pour bien comprendre la folie de ces hommes dont je parle depuis un moment, il faut penser au peuple qui, comme dans les trag&eacute;dies, leur a servi de ch&oelig;ur. Est-il besoin de le r&eacute;p&eacute;ter ? C'est r&eacute;ellement d'une trag&eacute;die dont il s'agit et non d'individus d&eacute;lirant dans leur coin; d'o&ugrave; l'importance capitale des personnages et histoires secondaires. Par exemple, on ne pourra n&eacute;gliger les po&egrave;tes flanqu&eacute;s de leur cornemuse, v&ecirc;tus de velours &agrave; l'espagnole, aux vastes collerettes de dentelle et manches bouffantes, la bouche en cul de poule lan&ccedil;ant des baisers et baragouinant mi&egrave;vreries et pr&eacute;ciosit&eacute;s cr&eacute;tines. Ou encore tous ces astronomes, physiciens, philosophes qui passaient leur temps &agrave; soulever les queues des com&egrave;tes de la pointe de leurs lunettes t&eacute;lescopiques, &agrave; jeter des balles d'ivoire du haut des tours comme Pascal de la tour Saint-Jacques et &agrave; transvaser l'air de tubes de verre dans le grand r&eacute;cipient de l'atmosph&egrave;re pour y d&eacute;couvrir la diabolique horreur du vide, &agrave; fonder des royaumes m&eacute;taphysiques et &agrave; traquer les diablotins et les humeurs rapides et oppos&eacute;es du corps humain. On ne devra pas non plus oublier les b&ucirc;chers de la Sainte Inquisition ou la tr&egrave;s longue main, grasse et bagu&eacute;e, de la Compagnie de J&eacute;sus qui expliquent tellement la peinture espagnole de ce si&egrave;cle, celle du Greco par exemple. Il ne faudra pas non plus lasser de c&ocirc;t&eacute;, en feignant de ne pas les voir &agrave; cause de leur petite stature, les nains de V&eacute;lasquez, masques farouches et tristes d&eacute;f&eacute;qu&eacute;s par des Grands d'Espagne mangeurs d'or.<br />Mais, avant tout, il faudra &eacute;voquer l'immense peuple en haillons, couvert de l&egrave;pre et de breloques, celui qui fourmille dans les gravures de Callot et dont nous sentons encore la puanteur. Alors seulement il nous sera donn&eacute; d'entrevoir, sautillant entre les colonnes et sous les arches en ruine, parmi les ordures, dans la multitude des mendiants et des sbires, contre les berlines et les velours pr&eacute;cieux des gentilshommes, les personnages principaux de la trag&eacute;die : Polichinelle, Arlequin, le docteur Balanzone, tout le cort&egrave;ge, imp&eacute;tueux et insaisissable, de la commedia dell'arte.<br /><br /></div>   					 				</td>				<td class="wsite-multicol-col" style="width:2.2875628030384%; padding:0 0px;"> 					 						  <div class="wsite-spacer" style="height:50px;"></div>   					 				</td>			</tr> 		</tbody> 	</table> </div></div></div>]]></content:encoded></item><item><title><![CDATA[Les Livres de Léon Bloy fourmillent de ces choses...Octave Mirbeau]]></title><link><![CDATA[https://www.moncarnetdelecture.com/essais-et-reacuteflexions/les-livres-de-leon-bloy-fourmillent-de-ces-chosesoctave-mirbeau]]></link><comments><![CDATA[https://www.moncarnetdelecture.com/essais-et-reacuteflexions/les-livres-de-leon-bloy-fourmillent-de-ces-chosesoctave-mirbeau#comments]]></comments><pubDate>Sat, 31 Jul 2021 08:55:54 GMT</pubDate><category><![CDATA[L&eacute;on Bloy]]></category><category><![CDATA[Octave Mirbeau]]></category><guid isPermaLink="false">https://www.moncarnetdelecture.com/essais-et-reacuteflexions/les-livres-de-leon-bloy-fourmillent-de-ces-chosesoctave-mirbeau</guid><description><![CDATA[ 	 		 			 				 					 						          					 								 					 						          					 							 		 	   &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Je chemine au-devant de mes pens&eacute;es en exil dans une grande c [...] ]]></description><content:encoded><![CDATA[<div><div class="wsite-multicol"><div class="wsite-multicol-table-wrap" style="margin:0 -15px;"> 	<table class="wsite-multicol-table"> 		<tbody class="wsite-multicol-tbody"> 			<tr class="wsite-multicol-tr"> 				<td class="wsite-multicol-col" style="width:50%; padding:0 15px;"> 					 						  <div><div class="wsite-image wsite-image-border-none " style="padding-top:0px;padding-bottom:10px;margin-left:0px;margin-right:0px;text-align:center"> <a href='https://www.moncarnetdelecture.com/uploads/3/0/7/8/30784827/edited/ff70a3b9f125aa9a4b14f41be78bc3e4.jpg' rel='lightbox' onclick='if (!lightboxLoaded) return false'> <img src="https://www.moncarnetdelecture.com/uploads/3/0/7/8/30784827/editor/ff70a3b9f125aa9a4b14f41be78bc3e4.jpg?1627724615" alt="Photo" style="width:349;max-width:100%" /> </a> <div style="display:block;font-size:90%"></div> </div></div>   					 				</td>				<td class="wsite-multicol-col" style="width:50%; padding:0 15px;"> 					 						  <div><div class="wsite-image wsite-image-border-none " style="padding-top:10px;padding-bottom:10px;margin-left:0;margin-right:0;text-align:center"> <a> <img src="https://www.moncarnetdelecture.com/uploads/3/0/7/8/30784827/published/da36deaaf6421983250beff6babfd1ee.jpg?1646555855" alt="Photo" style="width:327;max-width:100%" /> </a> <div style="display:block;font-size:90%"></div> </div></div>   					 				</td>			</tr> 		</tbody> 	</table> </div></div></div>  <div class="paragraph">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; <em>Je chemine au-devant de mes pens&eacute;es en exil dans une grande colonne de silence.<br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; L&eacute;on Bloy.</em><br /><br />On parlait derni&egrave;rement dans une &eacute;l&eacute;gante r&eacute;union d'hommes de lettres, de L&eacute;on Bloy et de son nouveau livre: <em>La Femme Pauvre,</em> autour duquel la l&acirc;chet&eacute; des uns, la rancune des autres et l'incompr&eacute;hension du plus grand nombre &eacute;tablissent une vaste zone de solitude et de silence, comme autour de la maison o&ugrave; meurt un pestif&eacute;r&eacute;. Il n'y avait &agrave; cette r&eacute;union que de fort c&eacute;l&egrave;bres personnages, f&eacute;ministes g&acirc;teux, et p&acirc;teux psychologiques, le col serr&eacute; par une cravate &agrave; triple torsion, la boutonni&egrave;re fleurie de toutes les l&eacute;gions d'honneur, et "qui tirent &agrave; dix mille exemplaires pour le moins", de petites histoires tristement "cochonnes", o&ugrave; s'exalte l'&acirc;me des femmes de chambre, les seules d'aujourd'hui qui osent encore affronter l'inaffrontable et morne ennui du roman moderne.<br />Il va sans dire que L&eacute;on Bloy fut copieusement &eacute;reint&eacute;. On l'accusa de toutes les vilenies, on le couvrit de tous les opprobres. Quelqu'un qui f&ucirc;t entr&eacute; l&agrave;, sans pr&eacute;paration, e&ucirc;t tout de suite pens&eacute; qu'il s'agissait d'un criminel, ayant invent&eacute; une nouvelle &eacute;pouvante. &Eacute;videmment, si au lieu d'&ecirc;tre coupable d'un beau et douloureux livre, L&eacute;on Bloy e&ucirc;t frapp&eacute; de sa canne des femmes, au Bazar de la Charit&eacute;, viol&eacute; des s&eacute;pultures et d&eacute;coup&eacute; de petits enfants en morceaux, on e&ucirc;t parl&eacute; de lui avec plus d'indulgence et moins d'indignation. On lui reprocha son ingratitude, son orgueil, son irr&eacute;missible pauvret&eacute;. Plusieurs pouss&egrave;rent la litt&eacute;rature et la psychologie jusqu'&agrave; lui d&eacute;nier toute esp&egrave;ce de talent et toute esp&egrave;ce de style. Le comique supr&ecirc;me fut atteint d'entendre une sorte de coiffeur de lettres, qui patauge dans ses phrases comme un hanneton tomb&eacute; dans un pot de pommade liquide, l'&eacute;craser d'un seul coup, en invoquant Pascal. Enfin, les vieilles l&eacute;gendes dont on crucifia jadis l'auteur du <em>D&eacute;sesp&eacute;r&eacute;</em>, et qui semblaient dormir dans les poussi&egrave;res des salles de r&eacute;daction, chacun se plut &agrave; les r&eacute;veiller. Je ne nommerai pas ces braves gens, car bien qu'ils soient tous illustres,ils n'ont, en r&eacute;alit&eacute;, pas de nom, ou ils ont le m&ecirc;me nom monosyllabique et disgracieux que vous savez et qui &eacute;quivaut &agrave; n'en n'avoir pas du tout.<br />Un jeune homme qui n'avait pas de smoking, qui ne portait aucune d&eacute;coration, pas m&ecirc;me celle de la reine de Roumanie, et qui n'avait pas encore ouvert la bouche, d&eacute;clara:<br />- Vous &ecirc;tes s&eacute;v&egrave;res, Messieurs, envers un homme qu'estima et aima Barbey d'Aurevilly.<br />Mais ce nom de d'Aurevilly sonna, dans ce milieu, comme une chose d&eacute;j&agrave; lointaine. L'on vit un sourire, un peu m&eacute;prisant, errer sur les l&egrave;vres de ces illustres personnages. Et ce fut tout ce qu'amena le souvenir de cette grande &acirc;me solitaire et royale.<br />Moi aussi, je ferai comme ce jeune homme, et c'est en me souvenant de d'Aurevilly que je parlerai de ce r&eacute;prouv&eacute; : L&eacute;on Bloy.<br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; *<br />Le cas de L&eacute;on Bloy est vraiment unique dans ce qu'on est convenu d'appeler: la litt&eacute;rature.<br />Voil&agrave; un homme d'une rare puissance verbale, le plus somptueux &eacute;crivain de notre temps, dont les livres atteignent, parfois, &agrave; la beaut&eacute; de la Bible. Ne cherchez ni dans Chateaubriand, ni dans Barbey d'Aurevilly, ni dans Flaubert, ni dans Villiers de L'Isle-Adam, une prose plus architecturale, d'une forme plus riche, d'un model&eacute; plus savant et plus souple. Dans quelques pages du <em>D&eacute;sesp&eacute;r&eacute;</em>, par del&agrave; d'antipathiques violences et des mal&eacute;dictions disproportionn&eacute;es, il s'est &eacute;lev&eacute; jusque vers les plus hauts sommets de la pens&eacute;e humaine. Pour peindre des &ecirc;tres et des choses, ila , souvent, trouv&eacute; d'&eacute;tonnantes, de fulgurantes images qui les &eacute;clairent en profondeur et pour jamais. De quels traits ineffa&ccedil;ables n'a-t-il point dessin&eacute; le glorieux X...et "ses r&eacute;veils d'affranchi" ? Parlant d'un mauvais homme, triste et l&acirc;che, pleutre au repos, il &eacute;crit: "Cependant, quand il avait bu quelques verres d'absinthe, ses pommettes flamboyaient au haut de son visage, comme deux falaises, par une nuit de m&eacute;chante mer..." Il fait dire &agrave; une pauvre fille: "Ma vie est une campagne o&ugrave; il pleut toujours..." La m&ecirc;me, d&eacute;bile et malade, raconte qu'elle a frapp&eacute;, presque &agrave; mort, un homme qui voulait la violer: "Quand j'ai frapp&eacute; monsieur Chapuis, j'ai cru qu'il me poussait un ch&ecirc;ne dans le coeur..." Je cite de m&eacute;moire et au hasard du souvenir. Les livres de L&eacute;on Bloy fourmillent de ces choses...Il en est d'incomparablement grandes et nobles. Elles naissent, &agrave; chaque page, sous sa plume, tout naturellement et sans efforts. Il est en &eacute;tat permanent de magnificence. Lisez, dans la Femme pauvre, cette invocation que je trouve, sans la chercher, en ouvrant le livre:<br />"Je suis ton p&egrave;re Abraham, &ocirc; Lazare, mon cher enfant mort, mon petit enfant, que je berce dans mon Sein pour la R&eacute;surrection bienheureuse. Tu le vois, c'est le grand chaos qui est entre nous et le cruel riche. C'est l'ab&icirc;me qu'on ne peut franchir des malentendus, des illusions, des ignorances invincibles. Nul ne sait son propre <em>nom</em>, nul ne connait sa propre <em>figure</em>. Tous les visages et tous les c&oelig;urs sont obnubil&eacute;s comme le front du parricide, sous l'imp&eacute;n&eacute;trable tissu des combinaisons de la P&eacute;nitence. On ignore pour qui on souffre, et on ignore pourquoi on est dans les d&eacute;lices. L'impitoyable dont tu enviais les miettes et qui implore maintenant la goutte d'eau du bout de ton doigt ne pouvait apercevoir son indigence que dans l'illumination des flammes de son tourment; mais il a fallu que je te prisse des mains des Anges, pour que te richesse, &agrave; toi, te f&ucirc;t r&eacute;v&eacute;l&eacute;e dans le miroir &eacute;ternel de cette face de Dieu. Les d&eacute;lices permanentes sur lesquelles avait compt&eacute; ce maudit ne cesseront pas, en effet, et ta mis&egrave;re non plus n'aura pas de fin. Seulement, l'Ordre ayant &eacute;t&eacute; r&eacute;tabli, vous avez chang&eacute; de place. Car, il y eut entre vous deux une affinit&eacute; si cach&eacute;e, si parfaitement inconnue, qu'il n'y avait que l'Esprit saint, visiteur des os des morts, qui eut le pouvoir de faire &eacute;clater ainsi, dans l'interminable confrontation!..."<br />M&ecirc;me dans la fr&eacute;n&eacute;sie de l'insulte, il est magnifique encore; il peut dire de lui-m&ecirc;me qu'il est un "joaillier en mal&eacute;dictions". Il sertit d'or l'excr&eacute;ment; il monte sur des m&eacute;taux pr&eacute;cieux, pr&eacute;cieusement ouvr&eacute;s, la perle noire de la bave. Quand il en arrive &agrave; ce point d'orf&egrave;vrerie et de ciselure, l'excr&eacute;ment lui-m&ecirc;me devient joyau. Nul n'a plus le droit d'en sentir l'originelle odeur, et tous peuvent s'en barbouiller la face de honte.<br />Quoi qu'il en soit, si ceux-l&agrave; qui ont charge de nous &eacute;duquer avaient la conscience de ce qu'est la beaut&eacute;, s'ils comprenaient la responsabilit&eacute; qu'est leur mission propagatrice, il y a longtemps qu'ils eussent choisi, dans les &oelig;uvres de cet admirable &eacute;crivain, tels paragraphes, tels chapitres ou telles phrases, pour en faire des mod&egrave;les d'&eacute;loquence. Il n'y en a, nulle part, de plus impeccable et de plus superbe.<br />Voil&agrave; cet homme. Eh bien! parmi les milliers et milliers d'&eacute;crivailleurs, dont les ouvrages encombrent les rayons des librairies et les cases - j'allais dire les caves, des cervelles bourgeoises - L&eacute;on Bloy est peut-&ecirc;tre le seul - le seul, vous entendez bien - &agrave; qui il soit interdit de vivre de son m&eacute;tier. Non seulement il ne peut pas en vivre, mais le miracle est qu'il n'en soit as mort. D'autres, h&eacute;las! et qu'il aimait, en sont morts, pr&egrave;s de lui! Il a connu dans ses bras l'agonie d'un pauvre enfant &agrave; qui il a &eacute;t&eacute; refus&eacute; que le grand talent de son p&egrave;re ne f&ucirc;t pas assez riche pour acheter les deux sous de lait pur n&eacute;cessaire &agrave; son innocente et fragile vie!<br />Lisez la <em>Femme pauvre</em>. C'est un livre dont on vous dira, peut-&ecirc;tre, qu'il est mal fait, qu'il manque d'unit&eacute;, de composition, de psychologie mondaine. C'est peut-&ecirc;tre vrai, mais lisez-le tout de m&ecirc;me, car il est rempli de choses in&eacute;galables.Et puis, sous l'orage des invectives et des vocif&eacute;rations, sous les grands &eacute;clats d'un orgueil intol&eacute;rable - j'en conviens - vous entendrez aussi saigner un coeur dans ce livre douloureux o&ugrave; chaque ligne est comme l'ahan, le cri de r&eacute;volte, et l'acceptation finale de cette mont&eacute;e au Calvaire que fut, jusqu'ici, la vie de L&eacute;on Bloy.<br />Oh! je sais bien, tout le monde pr&eacute;tendra que cette vie, c'est lui seul qui l'a faite. Par son intransigeance, par son orgueil, par sa fi&egrave;vre d'extermination, il a ouvert entre lui et les autres un espace infranchissable, que nul n'osa franchir, car il n'est peut-&ecirc;tre personne que ses invectives n'aient atteint et marqu&eacute; &agrave; la face. Sa situation, il l'a rendue si excessive que ceux-l&agrave; qui tenteraient de le d&eacute;fendre et de reconna&icirc;tre publiquement les dons sup&eacute;rieurs, les dons uniques, qui font de lui un si exceptionnel temp&eacute;rament d'&eacute;crivain, seraient engob&eacute;s dans la m&ecirc;me haine que lui. Tous se taisent, les uns par rancune, les autres pour ne point para&icirc;tre complices de ses m&eacute;pris, de ses d&eacute;go&ucirc;ts, de ses excommunications. Il y a beaucoup de l&acirc;chet&eacute; dans ce silence, soit; mais il y a autre chose, aussi, par o&ugrave; le malentendu s'accuse davantage, c'est que L&eacute;on Bloy n'est pas quelqu'un de notre temps; il est d&eacute;pays&eacute; dans ce si&egrave;cle qui ferme ses oreilles &agrave; la parole ardente des vieux proph&egrave;tes, aux anath&egrave;mes des vieux moines, ou qui en rit, comme d'une farce, quand il lui arrive de les &eacute;couter. Je me le repr&eacute;sente souvent, comme un Jean-Baptiste, allant traverser les d&eacute;serts, la bouche pleine d'impr&eacute;cations, ou comme quelque moine distribuant, du haut d'une chaire, dans une &eacute;glise du moyen-&acirc;ge, les anath&egrave;mes et les mal&eacute;dictions...<br />La gendarmerie nationale s'oppose aux apostolats errants: elle appelle &ccedil;a du vagabondage. Comme il n'y a plus de d&eacute;sert, L&eacute;on Bloy a trouv&eacute; un silo. Il s'est creus&eacute; lui-m&ecirc;me la fosse de ses mains; il a creus&eacute; son corps d'ulc&egrave;res liturgiques, il a bord&eacute; la fosse de culs de bouteilles, de clous, d'excr&eacute;ments d&eacute;clamatoires pour la rendre inaccessible, pour &ecirc;tre plus nu, pour &ecirc;tre plus seul avec son humilit&eacute; sainte et son saint orgueil, plus seul avec Dieu. De cette fosse, il jette aux passants des bouses de lumi&egrave;re et d'&eacute;ternit&eacute;, des haines d'or, le verbe le plus sauvage et le plus magnifique, lourd et p&eacute;n&eacute;trant comme la lave et l'a&eacute;rolite.<br />Le pire sadisme pour les martyrs, c'est d'avoir l'air de bourreaux : L&eacute;on Bloy a r&eacute;ussi.<br />Confesseur de la Pauvret&eacute;, de la Mort, de la Foi, portier farouche de la Porte de Vie, voil&agrave; l'homme que j'ai essay&eacute; d'admirer ce soir.<br /></div>]]></content:encoded></item><item><title><![CDATA[Autour des sept collines, Julien Gracq]]></title><link><![CDATA[https://www.moncarnetdelecture.com/essais-et-reacuteflexions/autour-des-sept-collines-julien-gracq]]></link><comments><![CDATA[https://www.moncarnetdelecture.com/essais-et-reacuteflexions/autour-des-sept-collines-julien-gracq#comments]]></comments><pubDate>Mon, 12 Apr 2021 15:28:17 GMT</pubDate><category><![CDATA[Autour des sept collines]]></category><category><![CDATA[Julien Gracq]]></category><guid isPermaLink="false">https://www.moncarnetdelecture.com/essais-et-reacuteflexions/autour-des-sept-collines-julien-gracq</guid><description><![CDATA[ A Rome tout est alluvion, et tout est allusion. Les d&eacute;p&ocirc;ts mat&eacute;riels des si&egrave;cles successifs non seulement se recouvrent mais s'imbriquent, s'entre-p&eacute;n&egrave;trent, se restructurent et se contaminent les uns les autres : on dirait qu'il n'y a pas de tuf originel, pas plus qu'il n'y a de couche r&eacute;ellement primitive dans la g&eacute;ologie de notre sous-sol. Et tout est allusion : le terreau culturel qui recouvre la ville est plus &eacute;pais et insondabl [...] ]]></description><content:encoded><![CDATA[<span class='imgPusher' style='float:left;height:0px'></span><span style='display: table;width:277px;position:relative;float:left;max-width:100%;;clear:left;margin-top:0px;*margin-top:0px'><a href='https://www.moncarnetdelecture.com/uploads/3/0/7/8/30784827/rubon11-9c265_orig.jpg' rel='lightbox' onclick='if (!lightboxLoaded) return false'><img src="https://www.moncarnetdelecture.com/uploads/3/0/7/8/30784827/published/rubon11-9c265.jpg?1618244236" style="margin-top: 10px; margin-bottom: 0px; margin-left: 0px; margin-right: 10px; border-width:0; max-width:100%" alt="Photo" class="galleryImageBorder wsite-image" /></a><span style="display: table-caption; caption-side: bottom; font-size: 90%; margin-top: -0px; margin-bottom: 0px; text-align: center;" class="wsite-caption"></span></span> <div class="paragraph" style="display:block;">A Rome tout est alluvion, et tout est allusion. Les d&eacute;p&ocirc;ts mat&eacute;riels des si&egrave;cles successifs non seulement se recouvrent mais s'imbriquent, s'entre-p&eacute;n&egrave;trent, se restructurent et se contaminent les uns les autres : on dirait qu'il n'y a pas de tuf originel, pas plus qu'il n'y a de couche r&eacute;ellement primitive dans la g&eacute;ologie de notre sous-sol. Et tout est allusion : le terreau <em>culturel</em> qui recouvre la ville est plus &eacute;pais et insondable encore : le Forum, le Capitole, et tout ce qui s'ensuit, sont ensevelis sous les mots plus encore que sous les terres rapport&eacute;es. Aucune ville n'a jamais fl&eacute;chi sous le poids d'un volume aussi &eacute;crasant de <em>Consid&eacute;rations</em> (principalement sur la grandeur et la d&eacute;cadence). Je ne me sentais, en y allant, pas la moindre envie d'y ajouter. J'avais envie d'user de cette ville comme de tout autre - les villes &eacute;tant faites pour &ecirc;tre habit&eacute;es- et de laisser irr&eacute;v&eacute;rencieusement toute leur importance aux particularit&eacute;s qui r&egrave;glent en elle pour le visiteur le manger, le fl&acirc;ner, le regarder, le marcher et le dormir. Oublier tout &agrave; fait mes lectures, il n'en &eacute;tait pas question : &agrave; propos de Rome, autant essayer de retirer toutes les peaux &agrave; un oignon. Mais j'entendais ne pas en &ecirc;tre prisonnier. Quelques lecteurs jugeront, ne serait-ce que pour cette seule raison, qu'il y a peu de respect dans ce petit livre. Peut-&ecirc;tre n'ont-ils pas tort : le respect est une attitude dans laquelle je ne brille pas beaucoup. Et qui d'ailleurs confine souvent &agrave; l'indiff&eacute;rence. Je n'ai pas &eacute;t&eacute; tout &agrave; fait conquis par Rome. En revanche - et cela compte- je ne m'y suis jamais ennuy&eacute;.<br /></div> <hr style="width:100%;clear:both;visibility:hidden;"></hr>]]></content:encoded></item><item><title><![CDATA[Conférence-lecture "Ésotérisme et poésie au 19e siècle"]]></title><link><![CDATA[https://www.moncarnetdelecture.com/essais-et-reacuteflexions/conference-lecture-esoterisme-et-poesie-au-19e-siecle]]></link><comments><![CDATA[https://www.moncarnetdelecture.com/essais-et-reacuteflexions/conference-lecture-esoterisme-et-poesie-au-19e-siecle#comments]]></comments><pubDate>Sat, 20 Mar 2021 19:12:18 GMT</pubDate><category><![CDATA[Uncategorized]]></category><guid isPermaLink="false">https://www.moncarnetdelecture.com/essais-et-reacuteflexions/conference-lecture-esoterisme-et-poesie-au-19e-siecle</guid><description><![CDATA[Pendant les Nuits de la lecture 2021, la bibliothèque Sainte-Geneviève (BSG) a organisé une conférence-lecture "Ésotérisme et poésie au 19e siècle" en partenariat avec La Voix d'un texte (ENS). Au programme : une sélection de poèmes de Nerval, Mallarmé et Laforgue lus par Mélanie Traversier, comédienne et maîtresse de conférence en histoire moderne à l'Université de Lille, et accompagnés des commentaires éclairés de Bertrand Marchal, professeur des universités en littératur [...] ]]></description><content:encoded><![CDATA[<h2 class="wsite-content-title"><span>Pendant les Nuits de la lecture 2021, la biblioth&egrave;que Sainte-Genevi&egrave;ve (BSG) a organis&eacute; une conf&eacute;rence-lecture "&Eacute;sot&eacute;risme et po&eacute;sie au 19e si&egrave;cle" en partenariat avec La Voix d'un texte (ENS). Au programme : une s&eacute;lection de po&egrave;mes de Nerval, Mallarm&eacute; et Laforgue lus par M&eacute;lanie Traversier, com&eacute;dienne et ma&icirc;tresse de conf&eacute;rence en histoire moderne &agrave; l'Universit&eacute; de Lille, et accompagn&eacute;s des commentaires &eacute;clair&eacute;s de Bertrand Marchal, professeur des universit&eacute;s en litt&eacute;rature fran&ccedil;aise &agrave; l'Universit&eacute; Paris-Sorbonne.</span><br></h2><div><div id="401924882954841394" align="center" style="width: 100%; overflow-y: hidden;" class="wcustomhtml"><iframe width="560" height="315" src="https://www.youtube.com/embed/uZ5AwUBHGiA" title="YouTube video player" frameborder="0" allow="accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture" allowfullscreen=""></iframe></div></div>]]></content:encoded></item><item><title><![CDATA[Notre besoin de consolation est impossible à rassasier, Stig Dagerman]]></title><link><![CDATA[https://www.moncarnetdelecture.com/essais-et-reacuteflexions/notre-besoin-de-consolation-est-impossible-a-rassasier-stig-dagerman]]></link><comments><![CDATA[https://www.moncarnetdelecture.com/essais-et-reacuteflexions/notre-besoin-de-consolation-est-impossible-a-rassasier-stig-dagerman#comments]]></comments><pubDate>Tue, 28 Apr 2020 15:12:47 GMT</pubDate><category><![CDATA[Uncategorized]]></category><guid isPermaLink="false">https://www.moncarnetdelecture.com/essais-et-reacuteflexions/notre-besoin-de-consolation-est-impossible-a-rassasier-stig-dagerman</guid><description><![CDATA[Mais tout ce qui m'arrive d'important et tout ce qui donne &agrave; ma vie son merveilleux contenu : la rencontre avec un &ecirc;tre aim&eacute;, une caresse sur la peau, une aide au moment critique, le spectacle du clair de lune, une promenade en mer &agrave; la voile, la joie que l'on donne &agrave; un enfant, le frisson devant la beaut&eacute;, tout cela se d&eacute;roule totalement en dehors du temps. Car peu importe que je rencontre la beaut&eacute; l'espace d'une seconde ou l'espace de cen [...] ]]></description><content:encoded><![CDATA[<div class="paragraph">Mais tout ce qui m'arrive d'important et tout ce qui donne &agrave; ma vie son merveilleux contenu : la rencontre avec un &ecirc;tre aim&eacute;, une caresse sur la peau, une aide au moment critique, le spectacle du clair de lune, une promenade en mer &agrave; la voile, la joie que l'on donne &agrave; un enfant, le frisson devant la beaut&eacute;, tout cela se d&eacute;roule totalement en dehors du temps. Car peu importe que je rencontre la beaut&eacute; l'espace d'une seconde ou l'espace de cent ans. Non seulement la f&eacute;licit&eacute; se situe en marge du temps mais elle nie toute relation entre celui-ci et la vie.<br />Je soul&egrave;ve donc de mes &eacute;paules le fardeau du temps et, par la m&ecirc;me occasion, celui des performances que l'on exige de moi. Ma vie n'est pas quelque chose que l'on doive mesurer. Ni le saut du cabri ni le lever du soleil ne sont des performances. Une vie humaine n'est pas non plus une performance, mais quelque chose qui grandit et cherche &agrave; atteindre la perfection. Et ce qui est parfait n'accomplit pas de performance : ce qui est parfait &oelig;uvre en &eacute;tat de repos. Il est absurde de pr&eacute;tendre que la mer soit faite pour porter des armadas et des dauphins. Certes, elle le fait- mais en conservant sa libert&eacute;. Il est &eacute;galement absurde de pr&eacute;tendre que l'homme soit fait pour autre chose que pour vivre. Certes, il approvisionne des machines et il &eacute;crit des livres, mais il pourrait tout aussi bien faire autre chose. L'important est qu'il fasse ce qu'il fait en toute libert&eacute; et en pleine conscience de ce que, comme tout autre d&eacute;tail de la cr&eacute;ation, il est une fin en soi.<br />Il repose en lui-m&ecirc;me comme une pierre sur le sable.<br />Je peux m&ecirc;me m'affranchir du pouvoir de la mort. Il est vrai que je ne peux me lib&eacute;rer de l'id&eacute;e que la mort marche sur mes talons et encore moins nier sa r&eacute;alit&eacute;. Mais je peux r&eacute;duire &agrave; n&eacute;ant la menace qu'elle constitue en me dispensant d'accrocher ma vie &agrave; des points d'appui aussi pr&eacute;caires que le temps et la gloire.<br /></div>  <div><div class="wsite-image wsite-image-border-none " style="padding-top:10px;padding-bottom:10px;margin-left:0px;margin-right:0px;text-align:center"> <a href='https://www.moncarnetdelecture.com/uploads/3/0/7/8/30784827/edited/64e66b77f7f36e93c282d941615acb13.jpg' rel='lightbox' onclick='if (!lightboxLoaded) return false'> <img src="https://www.moncarnetdelecture.com/uploads/3/0/7/8/30784827/published/64e66b77f7f36e93c282d941615acb13.jpg?1588089870" alt="Photo" style="width:auto;max-width:100%" /> </a> <div style="display:block;font-size:90%"></div> </div></div>  <div class="wsite-spacer" style="height:50px;"></div>]]></content:encoded></item><item><title><![CDATA[L'Arbre des amis, Jorge Luis Borges]]></title><link><![CDATA[https://www.moncarnetdelecture.com/essais-et-reacuteflexions/larbre-des-amis-jorge-luis-borges]]></link><comments><![CDATA[https://www.moncarnetdelecture.com/essais-et-reacuteflexions/larbre-des-amis-jorge-luis-borges#comments]]></comments><pubDate>Tue, 07 Apr 2020 07:00:00 GMT</pubDate><category><![CDATA[Jorge Luis Borges]]></category><category><![CDATA[L'Arbre des amis]]></category><guid isPermaLink="false">https://www.moncarnetdelecture.com/essais-et-reacuteflexions/larbre-des-amis-jorge-luis-borges</guid><description><![CDATA[Il existe des personnes qui nous rendent heureux dans la vie, par le simple hasard de les avoir rencontr&eacute;es sur notre chemin. Quelques-unes parcourent le chemin en entier &agrave; nos c&ocirc;t&eacute;s, et voient passer beaucoup de lunes, mais il en est d&rsquo;autres que nous voyons &agrave; peine, d&rsquo;un pas &agrave; l&rsquo;autre. Toutes, nous les appelons amies, et il en est plusieurs sortes.Chaque feuille d&rsquo;un arbre pourrait caract&eacute;riser un de nos amis. Les premiers [...] ]]></description><content:encoded><![CDATA[<div class="paragraph">Il existe des personnes qui nous rendent heureux dans la vie, par le simple hasard de les avoir rencontr&eacute;es sur notre chemin. Quelques-unes parcourent le chemin en entier &agrave; nos c&ocirc;t&eacute;s, et voient passer beaucoup de lunes, mais il en est d&rsquo;autres que nous voyons &agrave; peine, d&rsquo;un pas &agrave; l&rsquo;autre. Toutes, nous les appelons amies, et il en est plusieurs sortes.<br />Chaque feuille d&rsquo;un arbre pourrait caract&eacute;riser un de nos amis. Les premiers &agrave; &eacute;clore du bourgeon sont notre papa et notre maman qui nous enseignent ce qu&rsquo;est la vie. Ensuite, viennent les amis fr&egrave;res, avec lesquels nous partageons notre espace pour qu&rsquo;ils puissent fleurir comme nous.<br />Nous en arrivons &agrave; conna&icirc;tre toute la famille des feuilles, nous la respectons et lui souhaitons du bien.<br />Mais le destin nous pr&eacute;sente d&rsquo;autres amis, ceux dont nous ne savions pas qu&rsquo;ils allaient croiser notre chemin. Parmi ceux-l&agrave;, il y en a beaucoup que nous appelons amis de l&rsquo;&acirc;me, du c&oelig;ur. Ils sont sinc&egrave;res et vrais. Ils savent lorsque nous n&rsquo;allons pas bien, ils savent ce qui nous rend heureux.<br />Parfois un de ces amis de l&rsquo;&acirc;me &eacute;tincelle en notre c&oelig;ur, nous l&rsquo;appelons alors ami amoureux. Il met du brillant dans nos yeux, de la musique sur nos l&egrave;vres, fait danser nos pieds et chatouiller notre estomac.Il existe aussi des amis d&rsquo;un temps, peut-&ecirc;tre de vacances, de quelques jours ou de quelques heures. Pendant ce temps o&ugrave; nous sommes &agrave; leurs c&ocirc;t&eacute;s, ils s&rsquo;habituent &agrave; mettre de nombreux sourires sur nos visages.<br />Parlant de pr&egrave;s, nous ne pouvons oublier les amis lointains, ceux qui se trouvent au bout des branches et qui, lorsque souffle le vent, apparaissent d&rsquo;une feuille &agrave; l&rsquo;autre.<br />Passe le temps, s&rsquo;en va l&rsquo;&eacute;t&eacute;, l&rsquo;automne s&rsquo;approche et nous perdons quelques unes de nos feuilles, certaines na&icirc;tront lors d&rsquo;un autre &eacute;t&eacute; et d&rsquo;autres restent pendant plusieurs saisons.<br />Mais ce qui nous r&eacute;jouit le plus, c&rsquo;est de nous rendre compte que celles qui tomb&egrave;rent continuent d&rsquo;&ecirc;tre proches, en alimentant notre racine de joie. Ce sont les souvenirs de ces moments merveilleux lorsque nous les avons rencontr&eacute;s.<br />Je te souhaite, feuille de mon arbre, paix, amour, sant&eacute;, chance et prosp&eacute;rit&eacute;. Aujourd&rsquo;hui et toujours&hellip; tout simplement parce que chaque personne qui passe dans notre vie est unique. Elle laisse toujours un peu d&rsquo;elle-m&ecirc;me et emporte un peu de nous. Il y a celles qui auront emport&eacute; beaucoup, mais il n&rsquo;y en a pas qui n&rsquo;auront rien laiss&eacute;.C&rsquo;est la plus grande responsabilit&eacute; de notre vie et la preuve &eacute;vidente que deux esprits ne se rencontrent pas par hasard.<br /></div>  <div><div class="wsite-image wsite-image-border-none " style="padding-top:10px;padding-bottom:10px;margin-left:0px;margin-right:0px;text-align:center"> <a href='https://www.moncarnetdelecture.com/uploads/3/0/7/8/30784827/d49fb6adbc0f01bf5077e0791025b46b_orig.jpg' rel='lightbox' onclick='if (!lightboxLoaded) return false'> <img src="https://www.moncarnetdelecture.com/uploads/3/0/7/8/30784827/published/d49fb6adbc0f01bf5077e0791025b46b.jpg?1586265103" alt="Photo" style="width:692;max-width:100%" /> </a> <div style="display:block;font-size:90%"></div> </div></div>  <div class="wsite-spacer" style="height:50px;"></div>]]></content:encoded></item><item><title><![CDATA[L'extase matérielle, J. M. G. Le Clézio (2)]]></title><link><![CDATA[https://www.moncarnetdelecture.com/essais-et-reacuteflexions/lextase-materielle-j-m-g-le-clezio-2]]></link><comments><![CDATA[https://www.moncarnetdelecture.com/essais-et-reacuteflexions/lextase-materielle-j-m-g-le-clezio-2#comments]]></comments><pubDate>Mon, 18 Nov 2019 21:56:33 GMT</pubDate><category><![CDATA[J. M. G. Le Cl&eacute;zio (2)]]></category><category><![CDATA[L'extase mat&eacute;rielle]]></category><guid isPermaLink="false">https://www.moncarnetdelecture.com/essais-et-reacuteflexions/lextase-materielle-j-m-g-le-clezio-2</guid><description><![CDATA[Rien, rien n'est jamais r&eacute;solu. Dans le mouvement vertigineux de la pens&eacute;e, il n'y a pas de fin, il n'y a pas de commencement. Il n'y pas de SOLUTION, parce qu'il n'y a &eacute;videmment pas de probl&egrave;me. Rien n'est pos&eacute;. L'univers n'a pas de cl&eacute;; pas de raison. Les seules possibilit&eacute;s offertes &agrave; la connaissance sont celles des encha&icirc;nements. Elles donnent &agrave; l'homme le pouvoir d'apercevoir l'univers, non de le comprendre.&nbsp; Mais l' [...] ]]></description><content:encoded><![CDATA[<div class="paragraph">Rien, rien n'est jamais r&eacute;solu. Dans le mouvement vertigineux de la pens&eacute;e, il n'y a pas de fin, il n'y a pas de commencement. Il n'y pas de SOLUTION, parce qu'il n'y a &eacute;videmment pas de probl&egrave;me. Rien n'est pos&eacute;. L'univers n'a pas de cl&eacute;; pas de raison. Les seules possibilit&eacute;s offertes &agrave; la connaissance sont celles des encha&icirc;nements. Elles donnent &agrave; l'homme le pouvoir d'apercevoir l'univers, non de le comprendre.<br />&nbsp; Mais l'homme ne voudra jamais accepter ce r&ocirc;le de t&eacute;moin. Il ne pourra jamais se r&eacute;signer aux limites. Alors il continuera &agrave; induire, pour lutter contre le n&eacute;ant qu'il croit hostile, contre le vide, contre la mort dont il a fait une ennemie.<br />&nbsp; Pour admettre les limites, il lui faudrait admettre brutalement, qu'il n'a cess&eacute; de se tromper depuis des si&egrave;cles de civilisation et de syst&egrave;me, et que la mort n'est rien d'autre que la fin de son spectacle. Il lui faudrait admettre aussi que la gratuit&eacute; est la seule loi concevable, et que l'action de sa connaissance n'est pas une libert&eacute; mais une participation conditionn&eacute;e. Il n'aura jamais la force de renoncer au pouvoir enivrant de la finalit&eacute;. Peut-&ecirc;tre devine-t-il confus&eacute;ment que s'il reniait cette &eacute;nergie directrice, il tuerait en m&ecirc;me temps ce qui est en lui, puissance de l'essor, progression. Car c'est apr&egrave;s tout ici que les choses se passent. S'il avait le choix, s'il avait la libert&eacute;, il aurait aussi la d&eacute;composition; laissant revenir sur le monde l'&eacute;paisseur opaque de l'inamovible, de l'immobile, de l'inexprimable, il deviendrait sourd &agrave; l'entente avec le monde. Son univers est maintenu en &eacute;tat d'hypnose sous son regard; mais qu'il baisse les yeux un instant, et le chaos retombera sur lui et l'engloutira.<br />&nbsp; Qu'il cesse d'&ecirc;tre le centre du monde des hommes, un jour, et les objets s'&eacute;paississent, les mots s'&eacute;miettent, les mensonges ne soutiennent plus l'&eacute;difice qui s'&eacute;croule.<br /></div>  <div><div class="wsite-image wsite-image-border-none " style="padding-top:10px;padding-bottom:10px;margin-left:0px;margin-right:0px;text-align:center"> <a href='https://www.moncarnetdelecture.com/uploads/3/0/7/8/30784827/edited/63f800008dd8428e5f64cdc1b7283b08.jpg' rel='lightbox' onclick='if (!lightboxLoaded) return false'> <img src="https://www.moncarnetdelecture.com/uploads/3/0/7/8/30784827/published/63f800008dd8428e5f64cdc1b7283b08.jpg?1580485995" alt="Photo" style="width:auto;max-width:100%" /> </a> <div style="display:block;font-size:90%"></div> </div></div>  <div class="wsite-spacer" style="height:50px;"></div>]]></content:encoded></item><item><title><![CDATA[L'extase matérielle, J. M. G. Le Clézio]]></title><link><![CDATA[https://www.moncarnetdelecture.com/essais-et-reacuteflexions/lextase-materielle-j-m-g-le-clezio]]></link><comments><![CDATA[https://www.moncarnetdelecture.com/essais-et-reacuteflexions/lextase-materielle-j-m-g-le-clezio#comments]]></comments><pubDate>Mon, 18 Nov 2019 21:37:11 GMT</pubDate><category><![CDATA[J. M. G. Le Cl&eacute;zio]]></category><category><![CDATA[L'extase mat&eacute;rielle]]></category><guid isPermaLink="false">https://www.moncarnetdelecture.com/essais-et-reacuteflexions/lextase-materielle-j-m-g-le-clezio</guid><description><![CDATA[Pour dire d'un homme qu'il est civilis&eacute;, on dit souvent "cultiv&eacute; ". Pourquoi ? Qu'est-ce que cette culture ? Souvent, trop souvent, cela veut dire que cet homme sait le grec ou le latin, qu'il est capable de r&eacute;citer des vers par coeur, qu'il conna&icirc;t les noms des peintres hollandais et des musiciens allemands. La culture sert alors &agrave; briller dans un monde o&ugrave; la futilit&eacute; est de mise. Cette culture n'est que l'envers d'une ignorance. Cultiv&eacute; po [...] ]]></description><content:encoded><![CDATA[<div class="paragraph">Pour dire d'un homme qu'il est civilis&eacute;, on dit souvent "cultiv&eacute; ". Pourquoi ? Qu'est-ce que cette culture ? Souvent, trop souvent, cela veut dire que cet homme sait le grec ou le latin, qu'il est capable de r&eacute;citer des vers par coeur, qu'il conna&icirc;t les noms des peintres hollandais et des musiciens allemands. La culture sert alors &agrave; briller dans un monde o&ugrave; la futilit&eacute; est de mise. Cette culture n'est que l'envers d'une ignorance. Cultiv&eacute; pour celui-ci, inculte pour celui-l&agrave;. &Eacute;tant relative, la culture est un ph&eacute;nom&egrave;ne infini ; elle ne peut jamais &ecirc;tre accomplie. Qu'est-il donc, cet homme cultiv&eacute; que l'on veut nous donner pour mod&egrave;le ?<br />&nbsp; Trop souvent aussi on r&eacute;duit cette notion de culture au seul fait des arts. Pourquoi serait-ce l&agrave; la culture ? Dans cette vie, tout est important. Plut&ocirc;t que de dire d'un homme qu'il est cultiv&eacute;, je voudrais qu'on me dise : c'est un homme...<br />&nbsp; La culture n'est rien ; c'est l'homme qui est tout. Dans sa v&eacute;rit&eacute; contradictoire, dans sa v&eacute;rit&eacute; multiforme et changeante. Ceux qui se croient cultiv&eacute;s parce qu'ils connaissent la mythologie grecque, la botanique, ou la po&eacute;sie portugaise se dupent eux-m&ecirc;mes. M&eacute;connaissant le domaine infini de la culture, ils ne savent pas ce qu'ils portent de vraiment grand en eux : la vie.<br />&nbsp; Ces noms bizarres et insolites qu'ils lancent dans leurs conversations m'irritent. Croient-ils m'impressionner vraiment avec leurs citations, leurs r&eacute;f&eacute;rences aux philosophes pr&eacute;socratiques ? Leur pr&eacute;tendue richesse n'est que pauvret&eacute; qui se masque. La v&eacute;rit&eacute; est &agrave; un autre prix. Savoir ce qu'un homme comprend de mis&egrave;re, de faiblesse, de banalit&eacute;, voil&agrave; la vraie culture. Avoir lu, avoir appris n'est pas important. L'art, respectable entit&eacute; bourgeoise, signe de l'homme cultiv&eacute;, civilis&eacute;, de l'homme du monde; de l'"honn&ecirc;te homme" : mensonge, jeu de soci&eacute;t&eacute;, perm&eacute;abilit&eacute;, futilit&eacute;. &Ecirc;tre vivant est une chose s&eacute;rieuse. Je la prends &agrave; c&oelig;ur. Je ne veux pas qu'on d&eacute;guise, qu'on affabule. Si l'on fait ce voyage, il ne faut pas que ce soit en "touriste" qui passe vite et se d&eacute;p&ecirc;che de ne retenir que l'essentiel, ce pauvre essentiel qui permet de briller &agrave; peu de frais, en parlant du "Japon" ou du "mythe tauromachique dans l'&oelig;uvre d'Hemingway". Les d&eacute;tails de la vie sont bien plus enivrants.<br />&nbsp; Certes, le produit des hommes n'est pas n&eacute;gligeable. Lire Shakespeare, conna&icirc;tre l'&oelig;uvre de Mizogushi est aussi important. Mais que celui qui lit Shakespeare ou qui regarde Mizogushi le fasse de toute son &acirc;me, et pas seulement pour sacrifier au snobisme de la culture. Qu&rsquo;il le fasse en sachant que s&rsquo;il lit Shakespeare, il ne lira pas Balzac, Joyce, ou Faulkner. - Et que s&rsquo;il regarde Mizogushi, il ne verra pas Eisenstein, Donsko&iuml;, Renoir, Welles. Qu&rsquo;il sache qu&rsquo;il sacrifie des milliers d&rsquo;autres choses &agrave; celle-la; qu&rsquo;il soit conscient en toute humilit&eacute; qu&rsquo;il ne conna&icirc;tra qu&rsquo;une bribe infime, d&eacute;risoire, de l&rsquo;&acirc;me humaine, imparfaitement.<br />&nbsp; La culture n'est pas une fin. La culture est une nourriture, parmi d'autres, une richesse mall&eacute;able qui n'existe qu'&agrave; travers l'homme. L'homme doit se servir d'elle pour se former, non pour s'oublier. Surtout, il ne doit jamais perdre de vue que, bien plus important que l'art et la philosophie, il y a le monde o&ugrave; il vit. Un monde pr&eacute;cis, ing&eacute;nieux, o&ugrave; chaque seconde qui passe lui apporte quelque chose, le transforme, le fabrique. O&ugrave; l'angle d'une table a plus de r&eacute;alit&eacute; que l'histoire d'une civilisation, o&ugrave; la rue, avec ses mouvements, ses visages familiers, hostiles, ses s&eacute;ries de petits drames rapides et burlesques, a mille fois plus de secret et de p&eacute;n&eacute;trabilit&eacute; que l'art qui pourrait l'exprimer.<br /></div>  <div><div class="wsite-image wsite-image-border-none " style="padding-top:10px;padding-bottom:10px;margin-left:0px;margin-right:0px;text-align:center"> <a href='https://www.moncarnetdelecture.com/uploads/3/0/7/8/30784827/edited/039150be07b171b7f511fe41f8e4c31b_2.jpg' rel='lightbox' onclick='if (!lightboxLoaded) return false'> <img src="https://www.moncarnetdelecture.com/uploads/3/0/7/8/30784827/published/039150be07b171b7f511fe41f8e4c31b_2.jpg?1580488145" alt="Photo" style="width:auto;max-width:100%" /> </a> <div style="display:block;font-size:90%"></div> </div></div>  <div class="wsite-spacer" style="height:50px;"></div>]]></content:encoded></item><item><title><![CDATA[Sur Stendhal, Papiers collés III, Georges Perros]]></title><link><![CDATA[https://www.moncarnetdelecture.com/essais-et-reacuteflexions/sur-stendhal-papiers-colles-iii-georges-perros]]></link><comments><![CDATA[https://www.moncarnetdelecture.com/essais-et-reacuteflexions/sur-stendhal-papiers-colles-iii-georges-perros#comments]]></comments><pubDate>Mon, 15 Jul 2019 13:39:38 GMT</pubDate><category><![CDATA[Georges Perros]]></category><category><![CDATA[Papiers coll&eacute;s III]]></category><category><![CDATA[Sur Stendhal]]></category><guid isPermaLink="false">https://www.moncarnetdelecture.com/essais-et-reacuteflexions/sur-stendhal-papiers-colles-iii-georges-perros</guid><description><![CDATA[Stendhal semblait savoir que ce ne sont pas les &eacute;crivains les plus directs, assez rares malgr&eacute; l'apparence, qui sont le mieux lus dans l'imm&eacute;diat de leur manifestation. Il suffit de parler sans interm&eacute;diaire &agrave; ses contemporains pour &ecirc;tre remis soit au lendemain soit aux calendes. Pour provoquer chez eux soit le haussement d'&eacute;paules du " encore un qui raconte sa vie", et n'avons-nous pas la n&ocirc;tre, qu'on ne raconte pas - et pour cause ! - soit  [...] ]]></description><content:encoded><![CDATA[<div class="paragraph" style="text-align:justify;">Stendhal semblait savoir que ce ne sont pas les &eacute;crivains les plus directs, assez rares malgr&eacute; l'apparence, qui sont le mieux lus dans l'imm&eacute;diat de leur manifestation. Il suffit de parler sans interm&eacute;diaire &agrave; ses contemporains pour &ecirc;tre remis soit au lendemain soit aux calendes. Pour provoquer chez eux soit le haussement d'&eacute;paules du " encore un qui raconte sa vie", et n'avons-nous pas la n&ocirc;tre, qu'on ne raconte pas - et pour cause ! - soit la moue du monsieur qui ne comprend pas car il y a aussi un herm&eacute;tisme naturel. Celui de Stendhal est branch&eacute; sur les mille et une pulsations du langage, ou plut&ocirc;t du commerce amoureux. Pulsations qui l'alimentent, le font survivre &agrave; lui-m&ecirc;me, sans le changer fondamentalement. Ce n'est pas le langage de Stendhal qui change, mais sa mani&egrave;re d'aller, de prendre vie entre deux courants d'air, comme s'il s'&eacute;tait retourn&eacute; sur lui-m&ecirc;me, dans un mouvement de soup&ccedil;on, et Stendhal ne f&ucirc;t-il pas le premier &agrave; sentir ce vent-l&agrave; passer - nous passons du g&eacute;nie de la folie au g&eacute;nie du soup&ccedil;on, c'est ce qu'il &eacute;crit, &agrave; peu pr&egrave;s, dans le Journal - langage ne s'attachant plus qu'&agrave; d&eacute;crire minutieusement ces mille et une pulsations. Tropismes, d&eacute;j&agrave;. Retirez les noms pr&eacute;noms des personnages de Stendhal, mettez X. Y. Z. , vous obtenez un monde qui serait l'exact contraire de celui de Kafka, les &ecirc;tres humains foisonnant, se multipliant, dans un d&eacute;sert privil&eacute;gi&eacute;. C'est ce qu'il y avait encore un peu d'espoir.<br /></div>  <div><div class="wsite-image wsite-image-border-none " style="padding-top:10px;padding-bottom:10px;margin-left:0px;margin-right:0px;text-align:center"> <a href='https://www.moncarnetdelecture.com/uploads/3/0/7/8/30784827/edited/867f90241222fc1483b0cf96ea6bda61.jpg' rel='lightbox' onclick='if (!lightboxLoaded) return false'> <img src="https://www.moncarnetdelecture.com/uploads/3/0/7/8/30784827/published/867f90241222fc1483b0cf96ea6bda61.jpg?1563200334" alt="Photo" style="width:712;max-width:100%" /> </a> <div style="display:block;font-size:90%"></div> </div></div>  <div class="wsite-spacer" style="height:50px;"></div>]]></content:encoded></item></channel></rss>